LA COLLINE AUX CIGALES

Dépotoir et déposoir de mots, de pensées... Ici repose mon inspiration et mon imaginaire ; une sorte de maïeutique effrénée et dubitative et il me plait de pouvoir partager à qui veut bien.

31-10-09

E - 001 - Le silence est dans sa croute.

marie_vorobieff_2Langue d’héritage, langue perdue en mutation constante sur le fil électrique des jours où se rassemblent les hirondelles pour un nouveau voyage. Langue de corbeau aveugle des ciseaux qui subsistent après le dire, dans le recueillement des envolées où se médite l’effacement dans la parodie des ombres. La parole défaillante recluse dans la gangue des inventaires et qui cherche sa force aux besoins des autres. Le mot se dérobe. Cache-cache dans le face-à-face. Le futur cherche sans doute à en découdre avec cet immédiat immobile. Le passé comme une lame affûtée rase de prés l’existence à naître.

Paradoxe. Nous n’avons rien à dire et nous parlons, parlons comme des pies bavardent. Des voix occupent l’espace. Moulins de paroles où se brassent et se malaxent nos farines. Nous n’avons rien à dire et nous parlons, parlons jusqu’à époumoner nos carences, jusqu’à livrer à la compensation les tourments de nos discordes, jusqu’à déloger l’ennui qui resserre à l’étau le souffle du désir.

Dans le face-à-face avec le silence l’air s’effondre. Le vide s’écroule pour laisser place à un autre vide. Un autre temps mort se réfugie sous la langue. Les joues se dilatent emprisonnant la voix. Dans la gorge le nid des murmures s’épuise à l’attente. A la suspension. Tout y flotte comme un sentiment sans amarre. Le désir inflamme et la parole devient une toux, un tic, un mimétisme, un toc, un son irréductible, une musique d’outre-tombe.

L’insoluble miasme est inutile et délétère. Reste au paradoxe l’abondance d’une solitude neuve où s’entrechoquent les accents des mots, où se dé-existe l’épuisement à dire dans un total désistement, dans un renoncement achoppé de blanc que la moindre lumière efface. Dans l’incarnation narrative des soupirs qui trouent nos carapaces et dénudent nos apparences. A l’envers de l’endroit chaotique se retisse le poème d’un exil. On a beau dire et taire, on reste soi-même et le mot nous déshabille autant que son silence nous afflige et nous paralyse à une forme d’oubli. Te parler est mon unique bien, ma seule compétence à lâcher prise sur les registres désordonnés d’une bibliothèque à sentiments. Dans cette alcôve où s’épure l’émotion à l’acide du bien-entendu. La parole dort comme de l’eau qui boue.

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-- ^^ --  TROISIEME CHAPITRE  -- ^^ --

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30-10-09

Michel SERRES

« …Nous avons tous besoin d’un récit pour exister… ». 

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29-10-09

^^-4-^^

Je suis venu te chercher jusqu’au fond de mon désespoir. Le pli de tes yeux rivé sur ma douleur. Tu disais que tu voulais m’aimer au-delà des larmes sacrificielles qui décapitent toute exigence. Grattant le ciel des songes où les heures s’impatientent. Mordant la brûlure comme une pomme rouge posée sur l’extrémité.

Dans le silence un état latent où l’expression se construit et s’émaille d’éphémère. Les ondes cherchent une voix. Dans la marge l’enfouissement des gargouillis, un murmure de laitance ruisselant comme une fontaine d’errances inépuisables.

Nos mots se sont offerts comme des suicides. Nos mains se sont données, enflées des copeaux et des sciures à nos retranchements. Chacun et ensemble occupant l’hémorragie de nos faiblesses. Puisant en l’autre ce qui n’y est pas. Fouillant en soi les images les moins encombrées. Nous nous sommes discrédités de nos êtres et n’habitons plus que des recoins.

Nous nous sommes enterrés au fond de notre jardin noir, au pied du jour qui pousse prés d'un olivier.

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28-10-09

^^-3-^^

La diseuse de flammes baigne dans la rumeur du feu. La lumièmarie_vorobieff_1re crépite comme des braises abandonnées. Tu voulais me dire un adieu parfumé de cendre et voilà que le bûcher s’effondre. Rondeaux de bois éparpillés, tes mots s’enchevêtrent aux mailles de fer qui ne craignent pas la brulure. L’intemporel se cache dans la poudre grise. Et nous buvons des yeux tout notre dépit.

Nos respirations sont des souffles de poussière. L’amour conserve toujours un désir d’avant le monde. Un point cousu au temps que rien n’effiloche. Je t’écoute et le silence est une respiration qui traverse nos êtres.

L’ombre pénètre la lumière et dedans tout est blanc comme une buée aveuglante. Des émotions entières tombent comme des murailles de visages sans lèvres. Nous sommes vivants de nos morts les plus tenaces. Rien ne dit plus le cortège de nos cercueils qui vont rejoindre les fosses où peluche le ciel et où les étoiles s’enterrent. A l’horizon un trait bleu semble être les ruines qui bavent l’essoufflement. La mémoire à mille jours et barbotte dans nos vases comme un têtard quand tout à coup la lune s’éteignit.

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27-10-09

^^-2-^^

L’ombre d’une dentelle plane encore, légère. Quelque chose de toi perle comme une sueur tiède. Le frémissement te parle et la peau de chagrin crisse. Si tu n’étais pas cette craie qui s’efface aux chiffons des soupirs, peut-être pourrions-nous lire quelques-uns des secrets qui t’emportent. Si tu n’étais pas cette chair musicale où se jouent les opéras d’hymnes inconnus, peut-être entendrions-nous la source qui dégouline dans ta gorge.

Le nécessaire obstrue toujours trop. Nous plongeons en l’autre sans nous soucier de l’air utile aux poumons de l’amour. L’utile saborde. Il oblige à se résoudre à remonter pour respirer, pour reprendre respiration. Seule l’apnée nous tenait dans sa bouche, sous vide. Seuls nos cœurs s’entendent du rythme. L’air pur n’existe pas ailleurs que dans nos accolades liées à l’apesanteur de nos étreintes.

Le fil de nos regards tisse un instant le miroir. Des ombres sans tain, squelettes de lumières temporisent l’évidence, tes yeux sont des lacs solitaires où s’appuient les reflets de nos âmes. L’appui est dans la danse. Le seuil est aux pieds de nos tremblements. Tout autour, du sable mouvant. La craie redevient argile, nos chants redeviennent rumeurs et grondements. Nos haleines sont ces visages où s’essuie la réalité. Dans nos bras, le monde se frotte jusqu’à l’inflammation.

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marie_vorobieff

L’oubli répare. Lorsqu’on se sépare des berceaux de l’errance, dans la tâche infinie de ma solitude, j’approfondis mon exil aux entraves de mon identité. Le chemin n’est pas dans aucune prophétie, il longe le mendiant qui nous suit, défait et dénudé de toute appartenance. « Par le corps de l'autre, je reconnais ma vérité qui se renouvelle à chaque soupir ». La rencontre de nos râles installe le paradoxe de l'être dans la mêlée des souffles, des voix, des sexes, des corps, et des mondes.

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26-10-09

SCHOPENHAUER

« Mon corps n'est pas autre chose que ma volonté devenue visible. »

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maria_008

Je suis né dans la réalité. J’ai posé mes pieds et mes yeux partout où je me sens oublié. Je ne peux le voir mais je le sens. Suis-je ailleurs et plus indéfini ? Si immense que l’infini plongerait dans le tourbillon de ma tasse à café que je remue machinalement ? Dans ce clos immobile quelque chose bouge. Le visage du chaos se réduit. L’expression de la perte ressasse en boucle le mensonge qui me fait toucher l’horizon. La réalité est née en moi comme une griffe. Ma vie est un bruit qui se recompose. Ce matin, j’ai goûté à la première gorgée du jour comme une perspective. Une survie de la mémoire qui m’habite. Il n’y avait rien. Rien d’autre qu’une bouffée de sanglots qui se dépose comme une buée devenue visible. Tout l’humain qui est en moi assiège le temps qui n’est pas. Dans le jour qui monte, mon être se défait. Dans le soliloque ma vie est un autre monde. Quelque chose en moi s’épuise. Se renouvelle. Une peau morte jonche l’arbitraire qui s’enfuit.

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25-10-09

→ B 028 – Morsure.

Marguerite_Seger

Dans l’intime paradoxe du silence est la légation du noir et de son pouvoir à faire parler la langue végétale enfouie dans le cimetière de nos héritages.

Peu à peu, l’écriture me déchiffre et ma langue me parle. Ecriture, je me souviens d’elle alors qu’elle ne faisait que me dévisager, muette comme une algue. Elle ne se souvient pas de moi. Elle est moi. Elle est ce Je qui occupe tout mon espace dans des formes alphabétiques réinventées. Elle est accoutumée à élancer, à surprendre, à parler ma langue dans la salive de ma voix.

Elle est la forme et la matière, le rythme, le message, le rapport du geste et du poignet, et ce plaisir incompréhensible à livrer ce qui remonte, ce qui afflue comme des gorgées de sel cryptées. Ce qui se vomit par saccades, par saturation, par trop plein, par accumulation d’éclats de lumières superposées qui obstruent et ne peut être digéré, c’est encore elle.

Le mot est un dessin sans projet. Il trace, aligne, copie, réfère. Des ombres terrassées concubines à la pensée irréfléchie viennent dire des mémoires comme si une langue morte, une mer morte réinvestissait la danse des fumées qui sortent de la terre éventrée après une éruption bouillonnante de son magma. Le flot, la vague, l’abime même se déverse et avant même que l’esprit n’intervienne, atteint la chair et s’y écoule comme une crue incompressible qui inonde tout sur son passage.

Le désir est cette part d’addiction par laquelle j’éructe. Désir des mots, désirs du désir à construire les paniers où s’amoncellent les fleurs coupées pour en faire une tisane. Décoction et infusion que la raison s’accapare pour ordonner et orienter l’invisible vers le tangible tangos des doutes, des oppositions, et des propositions. Ballets de mots attachés et livrés en pâture au spectacle de la parole qui s’évertue à écrire une guirlande virtuelle pour l’ancrer dans le brouillard des ondes. Cohortes de mots et navires de phrases lancées à l’assaut des vides comme des soldats de plomb en bataille de vaines accroches solides, de vaines matières à encrer nos souvenances molles comme de la ouate imbibée de nos failles léthargiques.

La voix se mord la langue et se répète l’infini qu’elle doit mettre en musique. Le mot épouse toutes les empreintes, prend la forme de toutes nos circonvolutions et nos volutes ressassent le feu de nos cris d’épouvante lorsqu’enfant dans le noir de la nuit profonde, la peur nous trahissait à l’exultation du hurlement primitif.

Rappelles-toi, je suis pourtant venu te dire l’imparfait message des recoins d’ombres où se cache l’amour dans la peur d’être défait de ses habits de lumière. Je t’ai donné les mots qui s’agglutinaient comme des torches flamboyantes au fond de ma gorge. Je t’ai parlé de ce noir en forme de tourbillon où s’envolent les peaux qui se décrochent des mots sûrs. Tu sais, ce qui sont compacts comme des rocs et qui nous semblent incontournables à nos facéties et à nos grimaces lorsque nous voulons résumer le monde à nos seuls cœurs. Rappelles-toi, tu m’as répondu que la bave des crapauds n’atteint pas la blanche colombe…

La mémoire du silence est gondolée. Les mots s’agenouillent et la voix crécelle comme une feuille de métal brisant l’air. Ce qui est clair n’est qu’une possibilité. Le limpide n’est pas une sagesse mais un dédain de ce qui est flou. On ne se parle pas, on se mord. Nos préhistoires s’accomplissent souverainement dans le sang de nos discordes à nous dire l’impensable que nous alignons à nos impossibles comme des fresques peintes dans nos grottes les plus anciennes.

Je bois à ma mémoire les cendres de ta voix. Tu es présente comme une ligne bleutée rampant à l’horizon. Vibrent encore de la dissonance et du jazz. L’assourdissement est un relief sur lequel viennent mourir les échos. Les basses donnent le rythme. Nos chaloupes sont des bruits sourds et glauques. L’entredire est bruyant comme les murmures du tonnerre qui précède l’abattement des pluies du vertige.

La parole est si souvent un rendez-vous manqué. Un silence qui n’a pu se taire. Une vibration que le sophisme des êtres reflue comme une vague invisible se fracassant contre les parois de nos gramophones d’émotions, là où s’engendre l’écume et les leurres de la mousse qui colle à nos peaux. Le derme du son a le frisson aigu et dévastateur. Sous l’écorce de l’éloquence la parole de vérité, la parole perdue, la parole courage et la parole qui marche sur la pointe de la langue, au sommet de la musique incarnée au poids d’une humanité impossible à élucider.

L’extrême difficulté d’extirper la parole prisonnière à l’ineffable, et de recueillir le fruit de nos échos et de nos alluvions les plus énigmatiques ne suffit pas à l’interprétation rationnelle d’une compréhension. Le mot lui-même est senti, perçu, abordé dans le reniflement de nos architectures où la nature dicte des accents, des cris, des plaintes et des joies.

Dans les plus anciens mots inventés, les premières langues furent chantantes et passionnées avant d'être simples et méthodiques. Parce que les premières langues sont nées avec les passions. Toi et moi nous nous évoquons de désirs, c’est Dame Jacasse qui entretient le dire même si rien n’est à dire. Dans l’éloquence du désir, la parole vive anime les langues mortes. Nos Dixit et nos hiatus offrent au ressentir le choix de la traduction qui transperce. Une morsure.

Posté par lacollineauxciga à 18:43 - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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