LA COLLINE AUX CIGALES

Dépotoir et déposoir de mots, de pensées... Ici repose mon inspiration et mon imaginaire ; une sorte de maïeutique effrénée et dubitative et il me plait de pouvoir partager à qui veut bien.

12-11-09

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myst

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11-11-09

E - 005 - Presque rien.

MODLE__1

Je ne crois pas que l’on puisse dépasser, outrepasser ce que la vie dans sa souffrance soulage. Au bord du gouffre de la mort irréelle et cependant matérielle, nos océans sont des artefacts et nos errances des quêtes désespérées. La vie n’est pas le témoignage d’un quelconque héritage autre que cette chaîne incompréhensible qui perdure au-delà des générations.

Vivre n’est ni une question, ni une réponse, c’est juste ressentir le malaise de l’artifice qui nous est promue dés le premier jour, dés le premier cri.

Ce que nous savons de la saveur n’est que le visage du monde que nous transportons comme des bêtes chargées, des mules ignorantes grimpant nos sacrifices à nous résoudre à n’être rien d’autre que vivants. Je dis sacrifices parce que nos rêves ne sont que les serments hypothétiques d’une réalité accablante, cuisante comme un feu à rôtir nos yeux, nos regards portés et posés sur des représentations inoculés de symboles humains. Faits de chair et de sang, faits de glaise et d’alluvions souterraines. Nous ne savons même pas ce que nous transportons exactement. Mais nous sommes là. Vivants et révoltés, vivants et domestiqués à des destins en forme d’entonnoir évasé à l’arrivée, réduit à un simple conduit étroit à l’autre bout. Et nous terminons tous par la même terminaison comme un verbe inconjugable demeurant irrémédiablement à l’infinitif quoiqu’on fasse ou advienne.

Il ne s’agit en rien d’être fataliste ou consumériste ce qui ne jugule pas davantage nos désarrois à prendre conscience de nos incapacités et de nos impossibilités à prétendre dompter une nature bien plus puissante que tous les projets réunis des hommes.

Il ne nous reste que l’amour pour tenter encore de croire que la vie n’est pas seulement une tragédie de fait et qu’elle peut aussi nous offrir la transcendance indispensable à nos petites existences. Nous possédons la chance, une chance fantastique, nous pouvons nous extraire de nous-mêmes pour être bien plus que des surhommes, mais la vie elle-même. Suffit de presque rien… suffit juste d’être le souffle dans le souffle, l’eau dans la mer, l’air dans l’apesanteur de nos déterminations.

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10-11-09


Par Coeur - Luchini part 5/5
envoyé par Tread01. -

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E - 004 - La bête humaine.

ModiglianiNuAssis_copie_1

Que de voix qui entourent, que de bruits et de fracas.

Dans cette existence on ne réalise jamais ce que l’on veut. On se réjouit ou pas de ce qu’elle nous propose. Aurions-nous satisfaits nos envies de fracasser ce qui nous terrasse qu’il nous reviendrait à l’esprit des doutes ou pire des culpabilités d’avoir commis à un détail prés un acte de soulagement, mais un acte réprimandable par nos morales incestueuses lorsqu’elles se déploient frugales et bestiales dans la cruauté.

Que de musique qui veillent en nous comme des bougies, que d’innombrables malentendus qui obstruent le réel consommé. Serions-nous seulement des bêtes de Sodome que nous nous renverserions, la bouche pleine d’ignorance et le regard promptement fiévreux, dans un désintéressement sans correction possible. Même sur le flanc, la tête courbée, le corps dans son dégorgement, l’animal qui nous possède roupille à faux et fait mine de dormir.

De vagues compromis rassurent nos volontés de dominance, d’auto-dominance. L’immaîtrisable étant recueilli comme une déficience à laquelle on s’empressera de donner le nom de faiblesse ou mieux de vulnérabilité afin de faciliter l’absorption et la complaisance qui nous traduit dans une acceptation molle et fourbe.

Nous sommes ce que nous sommes et nos défauts nous les balayons d’un revers, d’un soufflet. Nous n’avons d’ailleurs des défauts uniquement parce que les autres existent. De nous-mêmes, nous arrivons toujours à nous accorder dans une suffisance, dans un défraîchi, dans une absence de nous-mêmes.

Et quand bien même, nos raisons voudraient nous cisailler, nous raisonner, nous ouvrons une brèche dans le noir de la nuit pour y cacher l’infâme qui dérange. Et nous dormons du sommeil des justes en incisant la vérité et le savoir qui nous feraient supposer que nos gènes ne transportent pas seulement du désespoir et de la misère mais aussi une cruauté bestiale qui nous échappe.

Nous savons tous, nous excuser de nos vulgarités réactives et de nos infamies actives. Nous évoquons l’amour comme un projet, tel un défi, un désir à parfaire nos incapacités, à améliorer notre sort. Nous aimons d’ailleurs que lorsque nous avons d’abord appris à souffrir. Si nous n’avions nulle difficulté à vivre, nous n’aurions nul besoin que nos sentiments se nourrissent d’émotions et nous nous incarnerions en statues sur des stèles immobiles avec des symboliques immuables. Or, la vie est mouvement permanent. Or, nous muons, nous nous déplions chaque jour comme des rubans de tissu de nos rouleaux à habiller le monde. Or, nous aimons d’une seule respiration, d’un seul souffle et nos bouffées sont les syllogismes de nos êtres. Nos antagonismes sont les forges puissantes de nos chemins matriciels vers la félicité. La bête qui est dans le regard de l’autre me dévoile et son silence perce mes rugissements.

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07-11-09

P83 -

Nous sommes jalonnés d’escapades, de fuites et d’échecs.

Suspendus à l’attente qui ne s’apprend pas, qui ne s’adopte pas.

À l’éclairage des profondeurs qu’aucune lumière n’identifie

Sur les visages immatériels des masques du simulacre ;

Artificiels d’une immobilité creuse, à ce factice carnaval d’ombres

Tombés dans le trou du temps

Comme une respiration improvisée, haletante,

Boiteuse, essoufflée.

Condamnés que nous sommes à demeurer dans le corps

Comme dans Mizhak_on_deviantARTun ravin, une cavité insondable.

Malgré l’écrasement, malgré la volonté de fuir,

Malgré le gravé de l’indélébile aux peaux de la volonté.

Une dent ronge l’âme comme un désespoir de gangrène qui se répand là où tout se fige.

D’une affirmation qui se répudie, ne sachant plus ce qui confirme :

Un réel en jachère, un rêve fripé comme un parachute qui refuse de s’ouvrir.

L’handicap du désœuvrement, des amas d’infortune, l’arbitraire à genou ;

L’identité déshabitée, la parole dans le play-back asséché

Des foules anonymes qui hurlent comme des loups le soir de pleine lune.

Les crocs féroces prêts à morde les ondes des espérances et les folies

Improvisées, haletantes, qui se débattent aux moments lâches et déserteurs.

Aux moments de frugalité, aux famines accumulées

Empruntées aux trébuchements des avancées qui ne font que du sur-place.

Nos yeux ne sont plus que les deux trous d’une vie buissonnière

Et l’attente une bouche sans voie, un désert sans sable.

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06-11-09

P82 -

Les yeux dans le hasard dans un face-à-face sans retenu

Sans complexe, sans scrupule et nus de défi volontaire

C’est le vent qui souffle dans le rêve qui est un poète pas le rêve

Tout s’en va, tout part dans la déchirure d’aimer

A l’inaccessible quête la tentation de cueillir

La force du désespoir insuffle, l’éclair foudroie la fièvre

Qui incube comme la passion flotte sans contact avec la pME0000053302_1laie

Le hasard comme un non-dit, un acte manqué

Se révèle un chant, une berceuse, un hiatus

Entre le cœur et les étoiles, entre le drap du désir

Et la peau percée et fleurie où couve la présence invisible

Du néant qui se console à l’infusion de l’imprévisible

De cette main qui fouille les veines bouillantes

Où va se baigner le tumulte de nos plaintes.

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05-11-09

P81 -

Percée, tenailles dans l’entrailles

Percée, le jour qui descend au fond la mer

Percée, le gel qui craint le feu

A quelle improbable paix devons-nous cette marche forcée ?

A quel espoir défunt prions-nous la délivrance ?

Je n’ai plus de voix, je n’ai plus de costumes

Pour raconter le mensonge d’un rêve

Aussi long et aussi éphémère qu’une vie

Un parfum de poudre de sang

Sur le bout de la langue, sur le lit de mes yeux

Une odeur âcre de pluie de lumière

Dormant sous les paupières

Qu’une larme rend aveugle.

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04-11-09

E - 003 - Sur un fil…

maxa_nordau_webLa vie ne tient qu’à un fil. Un fil qui se prolonge de bout en bout. Un simple fil flottant, léger et fragile. A la ruine de mon théâtre de mots, mon sang s’éprouve dans le bouillon tumultueux des chemins et des croisées innombrables. Le vaste protège et liquéfie tout à la fois. Ma laine de lumière s’effiloche dans les toiles, dans les trames d’une caravelle linguale transitoire et chétive, dans l’étrave cutanée du dire, dans l’écume de l’expression où je patauge replié à la brume translucide de ton haleine. Dire et te dire. Des vagues s’enroulent dans ma bouche. Des pigments se dégagent du socle. Des brindilles décollées. Des fragments de parole inaudibles gravitent dans ma gorge comme une nuée d’insectes autour d’une fleur. Comme des hommes regroupés autour d’un oracle.

Le fil se tend et se détend laissant s’égrener des mots comme des bouts de pistils jonchant le sol et formant une pellicule fine changeant la couleur de la terre. Un laisser-dire incontrôlable s’échappe sans qu’aucun mot ne se lie. Sans qu’une phrase puisse construire sa musique. C’est un temps de silence involontaire. Un silence pas tout à fait silencieux, fait de murmures crissant comme des feuilles mortes, comme des lambeaux d’être froissés qu’une main invisible fouille sous la peau.

Sur un fil. La voix ne tient qu’à un fil. Te parler c’est sortir de la mort, extirper et arracher au muet. Je creuse cette ombre insaisissable. J’ausculte le vide qui porte mes jambes, qui porte tes bras, qui se prête à la confusion où la vie s’arrête de vivre pour n’écouter que ton sable et mon sable se mélanger, se brasser grain par grain, se filtrer et se re-mélanger à nouveau. C’est dans le désir qu’on arrête de mourir.

Vivre et aimer. Inconjugable présence d’être.

Tiré à flanc, on finit sa course dans l’insoluble légèreté de l’être, en quelque sorte. Rasé et coupé à flanc. Nos peaux mortes emportent avec elles une part de ce qui a transité par nos déserts, dans nos champs de blés, dans nos foins, au cœur de nos moissons.

Ecoute le hors de moi où je m’accomplis. Je transgresse la matière, je désintègre le vide, j’occupe l’absence. Je te parle de là où je ne suis pas. De là où je ne suis pas mais où j’existe. Sur le fil d’un écho. Sur la branche inventée où se pose l’oiseau. Dans un ciel inondé d’étoiles. Ecoute se nouer les fibres. Ecoute se tisser l’émotion qui rassemble la poussière et les os pour fricoter avec le désordre, à l’interstice où se fabrique la voix. Ecoute dans nos chairs le froid qui s’anime et s’active à construire du chaud.   

Ecoute le mot qui racle le temps aux parois des heures. Râleur parmi les râles des ouragans assassins qui dessinent l’histoire au pays des charbons noirs. Aux épures éthyliques des langues d’huile, graisseuses de la mort qui s’associe aux vulgates de dérisoires prières. Le mot qui se dresse comme un champignon vénéneux sur la part égarée du visage de nos ombres portant la ride d’un verbe comme une blessure du temps.

Ce qui se dénoue comme des fluorescences faisant des clapotis bleutés dans la nuit de nos cendres. Ce qui se déploie comme la lumière d’une déflagration. Ce qui nous happe vers le blanc qui se traduit en frisson, c’est le laisser dire qui va puiser aux racines, là où ruisselle le mercure des grammaires. Dans la bouillie d’atomes où gigote le crachat du néant, l’absolue vérité du vivant, le secret qui se mâche entre les voix, entre les lèvres de caoutchouc qui régurgitent les sons et les bruits de notre chaos d’avant. D’avant le monde, d’avant la parole, d’avant la signification du symbole.

Si je reste muet pour te dire quelle torpeur décline des baves constantes de mes sources ensevelies, c’est que je rampe sur ce fil, de tes cheveux jusqu’au firmament. Cherchant à m’enfuir de moi-même, de cet emmurement de syllabes qui tâtonnent constamment les rafales tournoyantes qui me font démâter et perdre l’équilibre.

Le laisser-dire que l’on habite comme une fiction où se prolonge la conscience qui ne se dispute plus avec le réel nous rappelle que nos lèvres sont des plaies et que nous apprenons à aimer avec.

L’irrévélé saigne comme une douleur suspendue au soleil. La douleur accompagne la délivrance. Elle est la sueur des souffles de jouissances qui s’accouchent comme un silence désarmé. Elle est l’épuisement de la mémoire dans des volutes de mirages. Elle est ce spectacle confus que la parole voudrait greffer à la peau de chaque mot. La vie, la mort, d’un seul jet, d’une seule ligne, sur un même appendice.

Du trop comme du pas assez dans ce trop plein où s’étouffe le vide, où l’apnée condensée ôte au souffle le sens du contenu. Il faut clarifier, il faut élaguer, il faut porter au dire la légèreté de sa trace, de son fil de soie, de sa substance moelleuse. Ne plus se méfier de la peur, ne plus défier la crainte, mais les avaler chacune pour les introduire, les intégrer à la voix afin qu’elle chante comme une fontaine.

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02-11-09

E - 002 - Refuge.

Marina_Abramovic_thomas_lips__the_star_Je vois le jour chiner et creuser dans l’épaisseur de tes hésitations. Je le vois et je le sens, équarrissant la pudeur que tu lui as consacrée. Il vient charmer jusqu’à tes plaintes afin que tu lui accordes tes faveurs. Il vient séduire tes doutes comme un agitateur intemporel. T’obligeant à effacer les pannes qui te retenaient engourdie dans le sommeil bruineux de tes maux et de tes querelles.

Toujours ce trop loin qui pousse au bout du monde. Toujours cette emphase et cet enthousiasme qui prodiguent leurs effets de lances et de javelots poignardant l’immédiat.

Toujours des mots comme des codes aux enjeux occultes repliant réalité et illusion dans une même couverture. Des mots trop humains pour ne pas chavirer dans le chaos invisible du vivant comme des troncs d’arbres alourdis de sel. Comme des troncs d’arbres gravés d’histoires à coups de couteaux.

Une vague idée flotte sur les lèvres en attente. C’est la solitude brute qui occupe le leurre. Tout est incomplet, du verbe à la parole. Les phrases sont des lignes qui se noient dans l’océan de nos bavardages. Le verbe s’ensable et disparaît comme un coquillage, pour ne rien laisser voir de ce qui se trame. Pour conserver. Pour transformer sans déduire. Pour déduire sans réduire.

C’est l’écorce qui s’encanaille des sèves montantes. La candeur plonge dans le soleil où l’enfance rebondit avec ces accents de grimoires illisibles.

Tes lèvres sont devenues le cercueil vivant des aurores qui se lèvent pour chercher à boire. Une buée sur le pouls de la brûlure. Muettes.

Tu as pris ton envol comme les papillons épousent de leurs ailes légères la brise souple des courants de l’air qui ondine sur les douces tempes d’une aube épurée, légère et silencieuse. Sans le savoir tu as encore confiée au jour tes espoirs et tu te plies aux présages qu’il pourrait te signifier. Le jour clapote et c’est dans sa vase que tu piétines comme une armée désorganisée tente une progression par temps de pluie.

Hier n’a pas été de tout repos. Toi qui as battu en retraite, tu t’étais juré de ne plus acquiescer aux promesses trompeuses que ta confiance porte aux heures blanches. A ces serments nus de tout fard qui déplient leurs voilures comme des navires en partance vers de nouveaux horizons, de nouvelles terres. 

Ce que j’ai laissé en toi, c’est ma chair. Ce qui reste de toi, en moi, c’est ton absence, alourdie de ton silence comme un vide porte la nonchalance.

L’amour le plus beau est celui qui en donne. Il laisse les traces de l’apocalypse sur les plis de chaque main repliée, de chaque regard alangui.

Le silence est dans sa croute. La parole est aux pinacles de l’exploration. Le taire est dans la prouesse de ce qui voudrait s’échapper. L’échappatoire ressemble aux failles intérieures, à ces cheminées par lesquelles s’évadent des fumées comme des signes, des métaphores de l’inexpliqué.

Comme si rien n’avait existé, comme si le présent absorbait toute la lumière.

Dans le bouillon du jour qui cherche à naître, une odeur de feu colle à la langue. Le désir se lubrifie aux instances des peut-être. Il ravive cette folle volonté à unifier les rêves aux flagrances d’un réel obstiné à prendre les devants du possible.

Tu as pourtant archivé dans ta chair les douleurs cuisantes des échecs sur le fil saillant des rigueurs. Tu sais l’empreinte des mémoires qui te maintiennent comme une ancre au fond des océans. Mais, ce bouillonnement qui parcourt tes fibres, il ne peut se résoudre à un quelconque renoncement. Il fait chavirer tes forteresses tendres et tes remparts cimentés de rectitudes. Il défie le temps et te défie toi-même lorsque tu te blottis dans le contre-jour des attentes prolongées et impatientes. Ce désir ardent comme une braise sans cesse animée, c’est ta vie. C’est ce royaume de parfums fragiles que tu habites. C’est ce poème de sang mêlé aux visages du cœur des hommes. C’est ce qui te fait sortir de la mort pour tenter d’apprivoiser le bonheur déchiré des siècles de chimères.

Tu t’es dressée aux cimes de tes peurs et de tes rancunes. Et glisse comme une luge ce qui est resté tapie trop longuement sur le sol de tes désespoirs. Aussi haut qu’il t’est possible, aussi désespérément qu’une lettre jamais postée, aussi droite qu’un trajet d’éclair, debout comme un arbre de prouesses et de vœux, dans un face-à-face avec tes rêves les plus audacieux. Tu expies. Tu ressuscites.

Tu prends dans ta main tous les oublis fracassés aux tenailles des destins d’étaux d’acier et tu déloges le poids du marbre qui écrase l’amour pour lui offrir le risque du dénuement des os et des gestes. Nos corps s’épongent des morts agglutinées dans nos entrailles macabres. Nos peaux se désenclavent des torpeurs frigides que nulles audaces n’avaient sues rendre à la souvenance du vivre. Et nous boitons encore un peu de nos résurgences funestes avant qu’un baiser nous installe sur le toit du monde. Nos ventres deviennent alors la caverne de nos émotions. Nos laits coulent comme des torrents joyeux qui scellent leurs mousses dans le murmure des coulis que nos âmes ont préservés pour cette rencontre. Nos mémoires se vident dans le silence de l’autre et nous avons la sensation d’être des géants.

Le silence est si lourd à porter, que mes yeux restent rivés sur toi, que mon cœur t’invente là où tu t’effaces. Sans doute, l’amour est-il aussi tenace et aussi perturbant qu’il dénonce ce qui est vide, qu’il terrasse l’absence comme une foudre plonge à l’intérieur de soi.

Et ma peau appelle la tienne. Non comme un pèlerinage. Non. Mais pour une nouvelle embrasée, pour refaire fleurir le feu de nos espoirs à occuper l’horizon ensemble. Pour que se lavent nos peurs. Pour que se recousent nos langues.

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31-10-09

E - 001 - Le silence est dans sa croute.

marie_vorobieff_2Langue d’héritage, langue perdue en mutation constante sur le fil électrique des jours où se rassemblent les hirondelles pour un nouveau voyage. Langue de corbeau aveugle des ciseaux qui subsistent après le dire, dans le recueillement des envolées où se médite l’effacement dans la parodie des ombres. La parole défaillante recluse dans la gangue des inventaires et qui cherche sa force aux besoins des autres. Le mot se dérobe. Cache-cache dans le face-à-face. Le futur cherche sans doute à en découdre avec cet immédiat immobile. Le passé comme une lame affûtée rase de prés l’existence à naître.

Paradoxe. Nous n’avons rien à dire et nous parlons, parlons comme des pies bavardent. Des voix occupent l’espace. Moulins de paroles où se brassent et se malaxent nos farines. Nous n’avons rien à dire et nous parlons, parlons jusqu’à époumoner nos carences, jusqu’à livrer à la compensation les tourments de nos discordes, jusqu’à déloger l’ennui qui resserre à l’étau le souffle du désir.

Dans le face-à-face avec le silence l’air s’effondre. Le vide s’écroule pour laisser place à un autre vide. Un autre temps mort se réfugie sous la langue. Les joues se dilatent emprisonnant la voix. Dans la gorge le nid des murmures s’épuise à l’attente. A la suspension. Tout y flotte comme un sentiment sans amarre. Le désir inflamme et la parole devient une toux, un tic, un mimétisme, un toc, un son irréductible, une musique d’outre-tombe.

L’insoluble miasme est inutile et délétère. Reste au paradoxe l’abondance d’une solitude neuve où s’entrechoquent les accents des mots, où se dé-existe l’épuisement à dire dans un total désistement, dans un renoncement achoppé de blanc que la moindre lumière efface. Dans l’incarnation narrative des soupirs qui trouent nos carapaces et dénudent nos apparences. A l’envers de l’endroit chaotique se retisse le poème d’un exil. On a beau dire et taire, on reste soi-même et le mot nous déshabille autant que son silence nous afflige et nous paralyse à une forme d’oubli. Te parler est mon unique bien, ma seule compétence à lâcher prise sur les registres désordonnés d’une bibliothèque à sentiments. Dans cette alcôve où s’épure l’émotion à l’acide du bien-entendu. La parole dort comme de l’eau qui boue.

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-- ^^ --  TROISIEME CHAPITRE  -- ^^ --

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30-10-09

Michel SERRES

« …Nous avons tous besoin d’un récit pour exister… ». 

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29-10-09

^^-4-^^

Je suis venu te chercher jusqu’au fond de mon désespoir. Le pli de tes yeux rivé sur ma douleur. Tu disais que tu voulais m’aimer au-delà des larmes sacrificielles qui décapitent toute exigence. Grattant le ciel des songes où les heures s’impatientent. Mordant la brûlure comme une pomme rouge posée sur l’extrémité.

Dans le silence un état latent où l’expression se construit et s’émaille d’éphémère. Les ondes cherchent une voix. Dans la marge l’enfouissement des gargouillis, un murmure de laitance ruisselant comme une fontaine d’errances inépuisables.

Nos mots se sont offerts comme des suicides. Nos mains se sont données, enflées des copeaux et des sciures à nos retranchements. Chacun et ensemble occupant l’hémorragie de nos faiblesses. Puisant en l’autre ce qui n’y est pas. Fouillant en soi les images les moins encombrées. Nous nous sommes discrédités de nos êtres et n’habitons plus que des recoins.

Nous nous sommes enterrés au fond de notre jardin noir, au pied du jour qui pousse prés d'un olivier.

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28-10-09

^^-3-^^

La diseuse de flammes baigne dans la rumeur du feu. La lumièmarie_vorobieff_1re crépite comme des braises abandonnées. Tu voulais me dire un adieu parfumé de cendre et voilà que le bûcher s’effondre. Rondeaux de bois éparpillés, tes mots s’enchevêtrent aux mailles de fer qui ne craignent pas la brulure. L’intemporel se cache dans la poudre grise. Et nous buvons des yeux tout notre dépit.

Nos respirations sont des souffles de poussière. L’amour conserve toujours un désir d’avant le monde. Un point cousu au temps que rien n’effiloche. Je t’écoute et le silence est une respiration qui traverse nos êtres.

L’ombre pénètre la lumière et dedans tout est blanc comme une buée aveuglante. Des émotions entières tombent comme des murailles de visages sans lèvres. Nous sommes vivants de nos morts les plus tenaces. Rien ne dit plus le cortège de nos cercueils qui vont rejoindre les fosses où peluche le ciel et où les étoiles s’enterrent. A l’horizon un trait bleu semble être les ruines qui bavent l’essoufflement. La mémoire à mille jours et barbotte dans nos vases comme un têtard quand tout à coup la lune s’éteignit.

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27-10-09

^^-2-^^

L’ombre d’une dentelle plane encore, légère. Quelque chose de toi perle comme une sueur tiède. Le frémissement te parle et la peau de chagrin crisse. Si tu n’étais pas cette craie qui s’efface aux chiffons des soupirs, peut-être pourrions-nous lire quelques-uns des secrets qui t’emportent. Si tu n’étais pas cette chair musicale où se jouent les opéras d’hymnes inconnus, peut-être entendrions-nous la source qui dégouline dans ta gorge.

Le nécessaire obstrue toujours trop. Nous plongeons en l’autre sans nous soucier de l’air utile aux poumons de l’amour. L’utile saborde. Il oblige à se résoudre à remonter pour respirer, pour reprendre respiration. Seule l’apnée nous tenait dans sa bouche, sous vide. Seuls nos cœurs s’entendent du rythme. L’air pur n’existe pas ailleurs que dans nos accolades liées à l’apesanteur de nos étreintes.

Le fil de nos regards tisse un instant le miroir. Des ombres sans tain, squelettes de lumières temporisent l’évidence, tes yeux sont des lacs solitaires où s’appuient les reflets de nos âmes. L’appui est dans la danse. Le seuil est aux pieds de nos tremblements. Tout autour, du sable mouvant. La craie redevient argile, nos chants redeviennent rumeurs et grondements. Nos haleines sont ces visages où s’essuie la réalité. Dans nos bras, le monde se frotte jusqu’à l’inflammation.

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marie_vorobieff

L’oubli répare. Lorsqu’on se sépare des berceaux de l’errance, dans la tâche infinie de ma solitude, j’approfondis mon exil aux entraves de mon identité. Le chemin n’est pas dans aucune prophétie, il longe le mendiant qui nous suit, défait et dénudé de toute appartenance. « Par le corps de l'autre, je reconnais ma vérité qui se renouvelle à chaque soupir ». La rencontre de nos râles installe le paradoxe de l'être dans la mêlée des souffles, des voix, des sexes, des corps, et des mondes.

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26-10-09

SCHOPENHAUER

« Mon corps n'est pas autre chose que ma volonté devenue visible. »

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maria_008

Je suis né dans la réalité. J’ai posé mes pieds et mes yeux partout où je me sens oublié. Je ne peux le voir mais je le sens. Suis-je ailleurs et plus indéfini ? Si immense que l’infini plongerait dans le tourbillon de ma tasse à café que je remue machinalement ? Dans ce clos immobile quelque chose bouge. Le visage du chaos se réduit. L’expression de la perte ressasse en boucle le mensonge qui me fait toucher l’horizon. La réalité est née en moi comme une griffe. Ma vie est un bruit qui se recompose. Ce matin, j’ai goûté à la première gorgée du jour comme une perspective. Une survie de la mémoire qui m’habite. Il n’y avait rien. Rien d’autre qu’une bouffée de sanglots qui se dépose comme une buée devenue visible. Tout l’humain qui est en moi assiège le temps qui n’est pas. Dans le jour qui monte, mon être se défait. Dans le soliloque ma vie est un autre monde. Quelque chose en moi s’épuise. Se renouvelle. Une peau morte jonche l’arbitraire qui s’enfuit.

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25-10-09

→ B 028 – Morsure.

Marguerite_Seger

Dans l’intime paradoxe du silence est la légation du noir et de son pouvoir à faire parler la langue végétale enfouie dans le cimetière de nos héritages.

Peu à peu, l’écriture me déchiffre et ma langue me parle. Ecriture, je me souviens d’elle alors qu’elle ne faisait que me dévisager, muette comme une algue. Elle ne se souvient pas de moi. Elle est moi. Elle est ce Je qui occupe tout mon espace dans des formes alphabétiques réinventées. Elle est accoutumée à élancer, à surprendre, à parler ma langue dans la salive de ma voix.

Elle est la forme et la matière, le rythme, le message, le rapport du geste et du poignet, et ce plaisir incompréhensible à livrer ce qui remonte, ce qui afflue comme des gorgées de sel cryptées. Ce qui se vomit par saccades, par saturation, par trop plein, par accumulation d’éclats de lumières superposées qui obstruent et ne peut être digéré, c’est encore elle.

Le mot est un dessin sans projet. Il trace, aligne, copie, réfère. Des ombres terrassées concubines à la pensée irréfléchie viennent dire des mémoires comme si une langue morte, une mer morte réinvestissait la danse des fumées qui sortent de la terre éventrée après une éruption bouillonnante de son magma. Le flot, la vague, l’abime même se déverse et avant même que l’esprit n’intervienne, atteint la chair et s’y écoule comme une crue incompressible qui inonde tout sur son passage.

Le désir est cette part d’addiction par laquelle j’éructe. Désir des mots, désirs du désir à construire les paniers où s’amoncellent les fleurs coupées pour en faire une tisane. Décoction et infusion que la raison s’accapare pour ordonner et orienter l’invisible vers le tangible tangos des doutes, des oppositions, et des propositions. Ballets de mots attachés et livrés en pâture au spectacle de la parole qui s’évertue à écrire une guirlande virtuelle pour l’ancrer dans le brouillard des ondes. Cohortes de mots et navires de phrases lancées à l’assaut des vides comme des soldats de plomb en bataille de vaines accroches solides, de vaines matières à encrer nos souvenances molles comme de la ouate imbibée de nos failles léthargiques.

La voix se mord la langue et se répète l’infini qu’elle doit mettre en musique. Le mot épouse toutes les empreintes, prend la forme de toutes nos circonvolutions et nos volutes ressassent le feu de nos cris d’épouvante lorsqu’enfant dans le noir de la nuit profonde, la peur nous trahissait à l’exultation du hurlement primitif.

Rappelles-toi, je suis pourtant venu te dire l’imparfait message des recoins d’ombres où se cache l’amour dans la peur d’être défait de ses habits de lumière. Je t’ai donné les mots qui s’agglutinaient comme des torches flamboyantes au fond de ma gorge. Je t’ai parlé de ce noir en forme de tourbillon où s’envolent les peaux qui se décrochent des mots sûrs. Tu sais, ce qui sont compacts comme des rocs et qui nous semblent incontournables à nos facéties et à nos grimaces lorsque nous voulons résumer le monde à nos seuls cœurs. Rappelles-toi, tu m’as répondu que la bave des crapauds n’atteint pas la blanche colombe…

La mémoire du silence est gondolée. Les mots s’agenouillent et la voix crécelle comme une feuille de métal brisant l’air. Ce qui est clair n’est qu’une possibilité. Le limpide n’est pas une sagesse mais un dédain de ce qui est flou. On ne se parle pas, on se mord. Nos préhistoires s’accomplissent souverainement dans le sang de nos discordes à nous dire l’impensable que nous alignons à nos impossibles comme des fresques peintes dans nos grottes les plus anciennes.

Je bois à ma mémoire les cendres de ta voix. Tu es présente comme une ligne bleutée rampant à l’horizon. Vibrent encore de la dissonance et du jazz. L’assourdissement est un relief sur lequel viennent mourir les échos. Les basses donnent le rythme. Nos chaloupes sont des bruits sourds et glauques. L’entredire est bruyant comme les murmures du tonnerre qui précède l’abattement des pluies du vertige.

La parole est si souvent un rendez-vous manqué. Un silence qui n’a pu se taire. Une vibration que le sophisme des êtres reflue comme une vague invisible se fracassant contre les parois de nos gramophones d’émotions, là où s’engendre l’écume et les leurres de la mousse qui colle à nos peaux. Le derme du son a le frisson aigu et dévastateur. Sous l’écorce de l’éloquence la parole de vérité, la parole perdue, la parole courage et la parole qui marche sur la pointe de la langue, au sommet de la musique incarnée au poids d’une humanité impossible à élucider.

L’extrême difficulté d’extirper la parole prisonnière à l’ineffable, et de recueillir le fruit de nos échos et de nos alluvions les plus énigmatiques ne suffit pas à l’interprétation rationnelle d’une compréhension. Le mot lui-même est senti, perçu, abordé dans le reniflement de nos architectures où la nature dicte des accents, des cris, des plaintes et des joies.

Dans les plus anciens mots inventés, les premières langues furent chantantes et passionnées avant d'être simples et méthodiques. Parce que les premières langues sont nées avec les passions. Toi et moi nous nous évoquons de désirs, c’est Dame Jacasse qui entretient le dire même si rien n’est à dire. Dans l’éloquence du désir, la parole vive anime les langues mortes. Nos Dixit et nos hiatus offrent au ressentir le choix de la traduction qui transperce. Une morsure.

Posté par lacollineauxciga à 18:43 - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

24-10-09

Comme à Ostende..
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Posté par lacollineauxciga à 19:55 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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