LA COLLINE AUX CIGALES

samedi 16 août 2014

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mercredi 12 mars 2014

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mardi 11 mars 2014

Je rentre chez moi, sur la colline.

HS0774_1340625065Un espoir partagé à l’unisson des branches et du vent nous laisse supposer que la durée existe jusqu’à ce nos âmes la tarisse. Je connais des moments fugitifs où la vie semble moins aléatoire. Je les ai touchés lorsque mes prières, mes rêves et la réalité se sont synchronisés. A vrai dire, je crois que la valeur d’un amour dépasse de beaucoup l’espoir que l’on s’en fait. La foi incrémentée dans le cœur est une réponse à nos prières. Le hasard se joue des coïncidences lorsqu’il détermine nos actes.

Je ne suis pas grand-chose, fumée volant sous les arcanes de lumière. Mais, je veux continuer à partager un peu de ce blanc aveuglant dans la pénombre douce de nos émotions.

L’amour se succède toujours à lui-même. Je veux rebondir sur la crique qui t’habille. Ma main dérape, j’ai perdu l’habitude d’escalader le soleil. Mais, je suis toujours là, vivant sous ta poitrine comme le feu de la Saint Jean. Troubadours en goguette, allons cueillir quelques flammes pour composer le bouquet de nos déraisons.

N’écoute que ton coeur.

Viens te prélasser sur les landes arides entourant mon volcan. Vois les jets chauds jaillissants comme une fontaine de jouvence. Il y a un monde dans le monde, une aire calme dans le paysage turbulent, un lieu que nul ne peut franchir sans le consentement de l’autre. Ma peau frissonne là où, polissonne, l’hirondelle va chercher les lames du soleil pour y dorer ses ailes.

« … J’ai étendu mes rêves sous tes pieds ; Marche doucement car tu marches sur mes rêves."  - William Butler Yeats 

Un cœur pour deux, le nombre étouffe. La quantité désespère la teneur d’une seule boucle d’air. Je suis replié au fond de moi-même à la recherche de l’extase suprême. Je cohabite avec la mémoire de l’humanité. Seul, sans l’être jamais vraiment, je plie les draps de mon histoire dans le grand tiroir des ondes muettes. Ce que je fus et ce que je deviens traverse l’heure comme un boulet de sens en fusion qui a perdu sa cible. 

Je ne peux pas croire que l’on ne puisse plus. L’amour est une terre exempte de commentaire. On ne la cherche pas, c’est notre navire qui cogne dessus. Souvent par inadvertance ou par lâcher prise. Mais qu’importe, il y a ce qui soulève et ce qui enterre.

A mon sens, il ne peut y avoir de vertige extrême sans préalablement avoir fait table rase de toutes antériorités à l’intérieur de son royaume de vie. Nous sommes neufs de chaque lumière nouvelle. Nos corps et nos gènes se chargent bien assez à notre place de retenir la mémoire du temps passé. 

Quelqu’un écrivait : « Il faut que les fleurs meurent pour que les fruits poussent. » L'amour, c'est la folie du réel bousculée par l’utopie régénératrice. Toute l’existence est une prise de risque et la peur de vivre, comme celle de mourir, habite le langage sincère de nos richesses et de nos désarrois.

Peu de gens sont prêts à oser. Trop de refoulements et de peurs grégaires envahissent nos raisons boursouflées de survies impétueuses. Nous refusons la dépendance et la souffrance. Nos âmes se culbutent aux miradors des folies ravageuses. L’alphabet de la conscience y perd son latin. Nous sommes des oxymorons en quête de salut. Nous oublions de nous asseoir pour regarder la lune s’ébahir lorsque la lumière passe sa main sur sa face arrondie.  

Partir, c’est revenir ajouré par d’autres lueurs consacrées.

L’Amour est toujours une première fois. Il n’est pas l’expression d’un désir, mais il est la manifestation de la vérité intérieure dans sa plus absolue cohérence. Il ne s’agit pas de le capturer mais de couler avec lui comme une fonte des neiges. 

Il faut à présent se dépouiller de tous nos projets avortés pour renaître à la vérité du monde.

Ta mort retourne à la vie. Elle scande l’unité totale entrevue par la tristesse et le saut de joie qui nous illumine jusqu’aux profondeurs indiscernables de l’être. 

Je dispose d’un cœur pour deux jusqu’à l’aube de mon dernier voyage.

Après toi, je suis redevenu le trait insignifiant, le mouvement absurde de la forge éternelle, l’enfance inexorable qui marche vers la mort. Ta clarté sans pareille m’a rendu le masque du silence immaculé. Tu m’as guérie de l’angoisse qui inonde les cœurs déchirés. Je rentre chez moi, sur la colline, la vie grandie par l’espace que je t’ai consentie.  

L’espoir se dissolve au toucher. L’amour le remplace.

 

 

Extrait de : L’Amour, ce désastre indispensable

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©

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lundi 10 mars 2014

Porte ton cœur tout en haut de la falaise.

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Nombreux sont les renoncements que le rêve a transformés. Est-ce bien moi qui poursuis le chemin frayé dans l’absence ou bien est-ce seulement ma pensée défroquée qui longe cette forêt devenue un désert ? 

Nous ne sommes qu’un bruit qui court. La multitude est une bonne cachette. Que serait le « je » sans la correspondance du « nous » ?

Dans le miroir de l’eau se cache le trouble reflet d’une blancheur sans écho. Tes cendres pour seules preuves de vie, je me relis sans me reconnaître. L’ombre de ton feu est arrimée à mon sang. Je ne te vois plus, tu es dans toutes les ombres. Les mains vides, j’arpente du regard la robe froissée que tu as laissée sur le cintre de l’armoire. Ma mémoire se consume et tu te dissimules. Je ne te sens plus, tu es dans tous les parfums.

Le cœur est à sec et les cailloux brillent dans un ciel désert, dans une brèche de silence. Tu t’es décollée du temps, mais quelque chose craque parmi la désincarnation de la lumière. Des jours blessés courent dans mes poumons. Les couleurs s’assèchent dans la tentative désespérée d’occuper les formes vides. La palette s’émiette entre les doigts du souvenir. Comme chaque fois, le soulagement file avec la béance de l’air. La fracture est un mouvement qu’aucune cicatrice ne peut souder. 

Je suis un autre avec la prédominance de mes lacunes. Mais, je demeure identique à ce que j’étais dans un long couloir d’isolement où s’effeuille le temps.

Te voilà enfin, beauté endormie et flammes vacillantes. Nous voilà, couple à deux visages, sur le même chemin. Une louve au cœur fragile et une meute de rêves hurlants à l’intérieur de la colline, pain réuni sur de la braise, mer vagabonde sur la bosse du monde, baisers qui dansent comme un serpent au bout d’un bâton. 

La clarté a surgi de la vie qui se précipite par-dessus l’horizon. Ballets d’âmes sœurs accrochées à la crinière du vent, nous courons après la valse d’émotions éternelles. Entends ma voix sur les radeaux du ciel. Porte ton cœur tout en haut de la falaise et marchons ensemble sur l’instant infini. Il pleut des comètes déjantées et nos cœurs sont nos derniers parapluies.  

L’écriture est une étoile filante qui traverse notre chair comme un souffle soulève des feuilles mortes d’un point à un autre. J’ai pris du plaisir à extraire de moi les graines qui un temps ont germé dans mon jardin.

Le bonheur n’est-il pas ce qui est malgré nos défaillances ? 

L’amour est un miracle de jeunes ronces dont personne ne guérira jamais.

 

 

- Bruno Odile -Tous droits réservés ©

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samedi 8 mars 2014

Devenir, c’est avoir été.

femme_n__16_2012___corine_you___c_yu_mailTout est invisible pour mes sens. Je me construis dans la lumière qui agonise. Dehors, c’est ici et maintenant. Mon chagrin sculpte les osselets de la mémoire, des os s’entrechoquent dans un épais brouillard. Le grand chapelet de tes sourires s’éteint sous mes doigts. Mon refuge ressemble à la dispersion de tes cendres. Incertain de moi-même, j’habite un temps la porte qui nous sépare. Ma raison a longtemps traficoté avec les faussaires de la perte, étayant le moindre recoin d’abstinence. Le souffle interrompu n’a rien d’une cicatrice, je respire des flaques de poussière recouvrant ton prénom. Nous avons laissé derrière nous un grimoire de silence, une auge à demi camouflée de prétentions inassouvies. Nous n’avons pas pu terminer et c’est cela qui grince dans mes poumons. C’est cette sensation d’arrachement avant le terme qui lamente mon désir. Je t’ai perdue en plein cœur de mon évolution et cela nuit à l’affranchissement de mon âme. A mon tour de fermer les paupières et d’accabler la défaite. J’ai perdu le goût où s’éventrent les sentiments. Je n’ai conservé de toi que la route qui mène à demain. Sur le chemin aux hautes courbes, mon cœur s’est retourné contre le tien, mon amour palpite et tu ne dis plus rien. Le sol est habitable autant que le vide qui semble de l’air. Je ne pars pas, je reviens. 

Le passé toujours nous rattrape, nous sommes ce que nous avons vécu. Il n’y a pas d’ombre plus grande que l’expérience accumulée. Dans cette condition, oublier serait se détourner de soi. 

Je suis le résultat de ce chemin par lequel j’ai traversé le temps. Il convient dès lors d’accepter, d’intégrer et de digérer les heures avalées. Mon esprit et mon corps ont besoin d’une forme de cohérence pour entreprendre sereinement la route à venir.

Aujourd’hui est forcément un jour neuf à appréhender. Etre dans l’immédiat, c’est l’intégrer de tout ce qui résulte de soi sans occulter ses sens. C’est offrir à son appréciation tout ce qui nous est perceptible. C’est intégrer la mort, l’absence et l’inachevé de nous-mêmes pour faire feu de tout bois. Devenir, c’est avoir été. Sans cette notion capitale, l’oubli ne serait qu’une fuite et une parade. Nos fantômes sont des trésors. Des braises toujours prêtes à la renaissance du feu.

L’attente a vécu ses justes moments. Celui du vent tissant vingt grammes de semence, celui du rêve qui se dégourdit les jambes. L’instant est net lorsqu’il frappe à ma porte. Mon cœur s’ébruite comme un violon sans corde que tes mains caressent dans l’ombre. Mon âme insomniaque rivalise d’éternité sous la fenêtre où ton visage fait les cents pas. Le goût des jours heureux n’a pas de posture, il salive dans la mémoire bernée par les heures qui s’enchevêtrent les unes aux autres.

 

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©

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vendredi 7 mars 2014

Tout toi est resté en moi.

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Tout a changé, tout est pareil. Le temps écoulé a filtré nos voix et nos cœurs. Rien de ce qui a été ne demeure intact. La mémoire, elle-même, ne conserve que des bribes de souvenir. Elle s’use comme l’eau incessante de la rivière qui traverse la terre avant de rejoindre le nuage redistribuant la pluie. Des poussières de lune comme des flocons lumineux ensemencent la nuit d’une multitude de gouttes jaunes. Sommes-nous encore loin des racines de nos cœurs ? Ma conscience se dissipe, mon corps s’évanouit peu à peu dans le grand siphon des rides. Je m’éloigne du monde sensible pour devenir à mon tour une émotion tourbillonnante. Nous avons rendez-vous derrière l’orage qui termine son manège d’éclairs et de foudres tonitruantes. Nos mains sont des poignées enfoncées dans les ronces, nos bouches tiennent entre leurs lèvres une graine nouvelle. Une fleur est née de la tempête, elle s’accouple au soleil comme une feuille s’enroule à l’arbre qui la porte. Nous sommes corps à corps dans l’unisson des hymnes fraternels. Je danse avec ton sourire et tu valses avec moi dans le tue-tête des joies sans limites.

« Dans le moulin de ma solitude, vous entriez comme l'aurore, vous avanciez comme le feu. Vous alliez dans mon âme comme un fleuve en crue, et vos rires inondaient toutes mes terres. Quand je rentrais en moi, je n'y retrouvais rien : là ou tout était sombre un grand soleil tournait. Là où tout était mort, une petite source dansait. Une femme si menue, qui prenait tant de place : je n'en revenais pas. Il n'y a pas de connaissance en dehors de l'amour. Il n'y a dans l'amour que de l'inconnaissable. »  - Christian Bobin - Une petite robe de fête -

Le vide absolu n’existe pas. De rien en rien, j’ai traîné mes sens comme une couverture sur le sol du long couloir qui me ramène à toi. Dans le courrier de la poussière, des notes intimes flirtent avec l’air de passage. Je suis un yoyo qui monte et qui descend. Chaque faille m’arraisonne davantage aux salins de mon sang. Il n’y a pas d’autres espaces que le vide que j’occupe. Je me tiens debout entre tes lèvres et la colline aux cigales. Mon tambourin chante le Mistral lorsqu’il prend le large pour rejoindre ta mer. J’ai franchi la pente au-dessus du rocher et mon cœur a foulé la terre où nous avons duré. Tout toi est resté en moi et maintenant, je te vois rejoindre la grande migration du temps. D’autres morts fécondent la matière et absente tu n’es que le bord de l’absence. Le manque a confisqué au réel la visite de la chair, mais tu demeures couchée sur le grand lit de tendresse où je t’ai connue. Je t’effleure comme le rebord d’une coupe d’eau et de thym.

 

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©

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jeudi 6 mars 2014

L’heure de quitter le calendrier.

edb431f1f2ff32db68703573ac314b8blasauvageonne- « Il faut faire avec ce que l’on a reçu », me disais-tu, « il faut faire avec ce que l’on est. Il n’existe pas d’alternative, il n’y a pas d’autre chemin que celui qui nous conduit au fond de nous-mêmes. »

À quoi je répondais, candide : « Oui mais, si on reçoit de la bonté et de la tendresse, l’existence ne peut être totalement désastreuse. »

- « On reçoit le meilleur comme le pire », m’avais-tu répondu, « le meilleur nous laisse exempt de toute fioriture et le pire nous expatrie de nous-mêmes. Il nous délave et nous assombrit, il nous dépèce et nous redimensionne à l’état larvaire. Force est de constater que les bestioles du désastre pourrissent nos vies et occupent toujours plus de place. »

- « Je me refuse à croire que l’existence est comme tu la décris. Il n’y a pas d’un côté le noir et de l’autre le blanc. Cela serait réduire nos possibilités à deux faces opposées. Et, je suis certain qu’elles sont bien plus nombreuses que cela. »  

- « Oui, en apparence, elles le sont. Mais leurs cheminements chutent toujours soit d’un côté soit de l’autre, comme sur les deux arpents d’une montagne. »

- « J’imagine bien que l’on fasse avec ce que l’on reçoit. Mais, j’ai toujours résisté à cette probabilité en me disant, c’est par le refus à la résignation que l’on parvient peu à peu à s’extirper de cette malle comparse où s’abat une pluie noire. J’habite le fossé où mes yeux s’engloutissent. Je rêve de sûreté et de grandes rides nourries d’illusions torrides. Je ne connais rien d’autre que la résonance, le retentissement où tes yeux pleurent et rient dans les miens. »

Et sur les berges infinies, le noir et le bleu développent des fouets de lumières écrues. Au cœur de l’hiver s’emmitoufle le scintillement des cœurs partageant le reflet des gouttes d’argent. Tu provoques la gelure pour lui infliger la douceur des rêves et l’émerveillement qui jamais ne sature l’horizon.

Que tous les cœurs du monde deviennent des ballons d’espérance. Flottons haut et dérivons vers des îles familières, dans l’embrassade des sillons et des vagues gorgées de savoureuses écumes.

Nos cœurs sont des ponts. Des passerelles fragiles où parfois les pieds glissent. Tiens-toi à la rampe et avance doucement. Un pied après l’autre, viens. Nos cœurs sont des voyages, nous traverserons les quais de gares et nous volerons vers des refuges où nous attendent quelques bougies, un mur de pierre et des souvenirs.

Un viaduc stellaire nous conduit au fond de nos racines. 

Le temps est tenu si près qu’il se pavane sur les parois de l’horloge. Les aiguilles vont se dresser, droites, élancées vers le haut et il sera l’heure de quitter le calendrier pour sauter sur une toile nouvelle. Des fleurs, des prés et puis des chants pour ce nouveau voyage. Et nos cœurs seront accompagnés par la dictée des amours heureuses.

 

 - Bruno Odile - Tous droits réservés ©

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mercredi 5 mars 2014

Tout devient stone.

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Ta rupture avec la vie immerge au-dessus de ma langue. Ce qui nous précède ressemble aux jours sans lendemain que je dépose sous les bûches du chagrin. J’ai l’armoirie du désastre entre mes côtes et elle pèse le poids d’une lumière fanée. L’ignorance n’arbitre rien ni du délai, ni de la patience. Elle s’active dans le paraître de mon âme vidée de son contenu. Le choix est réduit à un simple hoquet qui me fait sursauter. Il n’y a aucun courage à avancer malgré la tornade. L’immobilité se désintègre dans l’absence. Ma mémoire est une aurore boréale et je couronne le cercle qui s’échappe de nos identités gazeuses. Un halo précaire fredonne des comptines inapprivoisées mais la marelle s’est effacée. La musique du souvenir trompe la valse migrante vers l’inconnu. D’un amour plein et total, il ne reste qu’une architecture désuète. Un brin de paille accroché sur un croissant de lune.  

Je sais que lorsque j’aurais réglé tous les conflits avec la vie, j’accéderais à la mort avec la souplesse de la sérénité. Chaque plaisir accompagnera la joie qui a mûri dans la chair. Des étincelles plein la tête berceront la veillée qui s’accomplit par delà l’ornière du quotidien. Dans mes rêves, cette nuit encore, je t’ai encaissée plein cœur et je t’ai déballée de ma mémoire perdue comme un émerveillement.

Lorsque je te vois, tu es en retrait. L'absence que je porte comme une fausse fourrure coupe ma vie en deux. C'est le plus inexorable de mes actes. Pourquoi simules-tu la clôture et l'unité ? Je ne sais plus où se situe le verbe être. Je suis à chaque fois l'ultime forme du franchissement. Je crève doucement dans la proximité qui précède l'Approche. Opposeras-tu longtemps ton inertie aux injonctions de mon manque ? 

Je colmate l’inconnu qui me happe avec des brindilles de colline et des anecdotes parfumées. Je rampe dans la boue du sentiment et je bois l’eau qui recouvre la plaie. Existe-t-il autre chose qui puisse dépasser la pensée ? Je suis et je reste cloué au vide qui m’embrigade. Je participe à son scellement avec l’air désabusé et la cognée de la lumière qui s’évente devant moi. Le vide absorbe aussi sûrement qu’une ventouse d’amour dissolvant les nuages. L’amour a mis son pyjama, je ronfle dans une ivresse perdue. Quand je dors, l’alcool dépoussière la nuit de sa robe d’enfant. Elle brame son délabrement à n’être que du noir. Elle convertit la lumière en brûlure et laisse bailler la dictée d’un autre monde, d’une autre tempête.

Tout devient stone. C’est la foire aux délits, l’empoigne des contradictions, le cri démuselé des étoiles consternées. Mon cœur est une rue, mon âme un cimetière. Des fleurs en plastique ornent les allées. Mon cœur est un tourbillon où tes yeux balancent comme des girouettes placées au-dessus des portes et des fenêtres. C’est la rade aux noyades, le débarcadère aux prières que rien n’a exaucé. Je ne me prive plus. Je suis un autre. J’escalade sans corde la falaise de l’hiver et je grimpe plus haut encore, les yeux rivés sur le grand métronome. Le temps me bouffe, l’heure est dans un circuit à double sens. Tout est stone et je glisse comme une marée se retire du sable qu’elle tenait dans la gueule. 

 

 

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©

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mardi 4 mars 2014

Les scaphandres des mots.

DY106S0930_1354872425Louis, mon petit fils, le petit dernier, sourit sur la page. Ses yeux portent la lumière que j’avais perdue sous la poitrine du désespoir. Le dernier grain d’amour craque et se disloque, une page nouvelle vient de naître. Tout recommence, et je suis perdu. Qui pourrais-je être plus loin que moi-même ?

Plus je t’aime, moins j’ai le cœur lourd, et plus le monde devient un jardin fréquentable.

Entre hier et maintenant, qu’ai-je oublié ? Demain, je retournerai sur le chemin qui mène à la colline. La tristesse démuselée, j’irai comme en procession tarir la tombe des jours anciens. L’amour me prête ses lumières, il éclaire les prières qu’il suscite. Les étoiles que j’abrite n’ont pas besoin d’autres ciels.

Plus l’enfance s’éloigne, moins je résiste au temps, et plus mon cœur s’essore comme une vieille chemise après l’orage. Je suis dépourvu d’épilogue, nous sommes un rendez-vous constant.

Une vague de fragilité passe, elle emporte avec elle l’angoisse qui me tiraille. Mon ignorance est marquée de toutes parts par le sceau des vertus et l’empreinte d’une éducation perforée de questionnement. Pourquoi faire ceci plutôt que cela ? Pourquoi mon cœur ne doit-il pas éclairer mes pas en toutes circonstances ? Toujours cette impression lascive d’être bâillonné à l’intérieur d’un moule de convenances, et qu’il existe un devoir à ne pas franchir certaines frontières.

« Écoute, écoute... Dans le silence de la mer, il y a comme un balancement maudit qui vous met le coeur à l'heure, avec le sable qui se remonte un peu, comme les vieilles putes qui remontent leur peau, qui tirent la couverture. »      - Léo Ferré, Il n’y a plus rien.

Je suis glacé, je suis tout à la fois le geôlier et le prisonnier de la misère. Les grilles de fer sont tombées et j’occupe dix mètres carrés de liberté. Je te vois derrière les barreaux, tu es là, jouvencelle comme une truite qui remonte la ravine insensée de l’infranchissable frontière du temps. Tu es sauvage comme une fleur intouchable par la main de l’homme. Tu rayonnes dans le désordre des choses établies. Tes lèvres sont les scaphandres des mots retenus dans la mort. Elles conservent indéfiniment le silence du jour où se cache la nuit. 

 

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©

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lundi 3 mars 2014

Tous les casiers de mon cœur sont tombés.

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Le silence est le berceau du monde. Il affranchit la route du temps. Toute la vie meurt dans son infini. Les ruisseaux de la conscience méditent sur les berges de la lumière. L’amour absolu est désappointé par le vide, la fusion est aérienne. Elle subjugue l’instant de l’union et lui confère le sceau de l’infini. Le vide n’est autre chose que l’énergie suprême. La vie n’a d’ordre que lorsqu’on ne la pense pas. Il est impossible de se désencanailler de l’air qui nous est indispensable. Je te respire aux rives de ton dernier voyage comme un bouquet de tendresse cloîtré sous ma poitrine.

Je ne veux plus que la pensée qui me conduit vers toi soit un bouclier. Je veux me libérer du désir qui occupe mon énergie vitale. Je revendique l’espace infini qui nous relie. Sans lui, toi et moi, nous ne sommes qu’une illusion que le réel rejette. Dans le vide désemparé de la raison, mon existence ne peut connaître que la rigueur morale de l’humanité. Or, l’Amour dont je te parle, est l’accomplissement de ma course vers une lumière absolue, une identité illuminée. Une symbiose avec le tout rugissant des méandres. L’instant est une intuition. Je suis l’événement de ma propre construction. Le mouvement le plus sûr est resté suspendu dans l’immobilité de mes songes. Avec ta présence proche, je retourne en moi d’une seule boucle et d’un seul tenant. Je n’avais pas compris que ce que je possède vraiment est insaisissable. Je voyage dans un cercle. Tout est rondeur, de la terre à la lune, en passant par l’œil et la goutte d’eau. Je ruisselle d’ondes comme notre cabane d’enfance. Le temps et l’amour ne s’habitent pas, ils se rêvent. Je suis le chapitre bouleversé de mon propre rêve.

De poche en poche, l’oiseau sautille. De peur que je m’en approche, il donne des coups de bec, des coups de griffe. Toutes ailes déployées, il file sur la rive d’en face, s’installe sur une branche et continue à siffler dans son latin la grande messe de l’aube où le jour pétille d’impatience.

Tous les casiers de mon cœur sont tombés. Les chemins sont inondés et la voie raccourcie qui me conduit à toi a disparu sous ma langue. Lascaux sur son cheval, lascar dans la pénombre, le bruit du stylo reste ma seule boussole. Il faut achever l’écriture et rire du point qui la termine. Le nom de ta chair est en partance, l’inachevé plante son regard devant. Une épine nous suit, l’œil sanguinolent, je regarde après. Demain est rouge comme le feu que j’ai quitté.

 

 

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©

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dimanche 2 mars 2014

Les heures enfuies.

DSC_0144_France_Nu_Femme_grande_chaumiere_0_43x0_56La source ne tarit pas. L’eau brûle nos figures. Le feu est un bouquet du premier jour. Un sentier de mouchoirs borde le Mistral qui nous pousse dans le dos. Salves d’air en remous, tourbillons remontant nos narines. 

Il fallait creuser dans l’ombre longeant le mur. Alors, j’ai ramassé des pierres et des glycines. Un peu de lierre dans la buée des choses sans nom. Nos empreintes se touchent, ta voix est une croche dans mon soupir. Nos terres regorgent d’amour et le ciel à l’unisson nous accompagne de ses mélodies hors nature. Dans l’extrémité où planent des moineaux, des platanes s’envolent laissant place au canal criblé de nuages blancs.

Nos voix sont fermées à clef, de l’intérieur, et les mots d’amour incendiés se retrouvent dans le désastre des gestes incompréhensibles.

A toi qui n’es pas là, je peux le dire, si la mémoire flambe aujourd’hui comme un feu de forêt, c’est que mon cœur s’acharne à brûler l’aube qui t’a suivie. 

Caravane d’émotions transbahutée dans le jour replié sous la terre. Tes yeux au-dessus de tout soupçon, à la lisère des souffles. Crémaillère accrochée au silence, je bute encore sur le linge où tu te caches. 

Il appartient aux étoiles de travailler à la construction de l’infini. Nous parlerons à la terre, aux herbes et aux fruits. Un mot suffira à dilater nos clapotis d’enfant. Nous ressusciterons comme les vieux troncs d’oliviers fendus par le froid sibérien. De jeunes pousses sont déjà incrustées à la paume de nos mains. Dorénavant pour saisir les heures enfuies, nous tremblerons avec l’air lorsque le tonnerre claquera sur nos cœurs. 

Rien n’a plus d’audace que le jour

pour terrasser toute une nuit.

 

 

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©

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samedi 1 mars 2014

Nos collines brûlent sans bruit.

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Trop d’espace me déconcentre. Détestable saveur du monde, ma main vieillit dans cet amour basculé. A l’aube, elle n’écrit plus que des choses usées. La vie maintient le ciel hors de portée. Nos cœurs amenuisent les distances en resserrant la lumière.Une montagne devient papier. Des rires circulent sur une trottinette. La mer se déchaîne dans le fond d’un verre. D’un regard, je remplis l’entonnoir par lequel tu t’es dissipée.

Je réalise ce que la providence articule en moi pour y faire naître ce que je suis. Elle gouverne l’immense part qui échappe à la raison. L’amour pulvérise la blancheur où s’effacent les griefs que le temps amoncelle. Il gicle et s’échappe du lit de nos cratères. Moins pour suffoquer le réel que pour vivre, revivre et s’étonner.    

La mort est l’intermédiaire où la matière se défait, elle exclut tout avenir et pose le présent dans le sac noir de l’éternité. Nous chantons à tue-tête malgré cela. Ta voix récite l’ouvrage des fleurs à l’intérieur de la musique du vent.

Rien n’est écrit sur l’évidence de la nécessité. Rien n’est écrit comme une finalité. L’amour, dans son hasard de merveilles, subjugue et met en lumière l’immensité des espaces ignorés. Et aujourd’hui, j’assume pleinement cet indéfini créateur. C’est à lui que je dois mon étonnement profond.

Dans une simple bouffée d’air, voilà venir l’événement insensé c’est ce que l’on est.

L’amour que l’on a en soi nous suit toujours, partout, où que l’on soit.

Toi, et seulement toi !

Je sais maintenant la tache que tu avais au fond de l’œil.

Toute l’existence repose sur la rencontre. Elle ne peut tolérer la défection d’un lien intime et amoureux. Toute perte est une chute. C’est une avalanche de tristesse qui déboule de la montagne où le loup s’est caché. Plus aucun bruit de branches, la nuit disparaît sous les couvertures du rêve insolent où remuent des images défectueuses.

Le cauchemar ne connaît pas de distinction entre le jour et la nuit. Lumière aigre de la première lampe au fond du couloir, mes mains cherchent la rampe. Tu restes éveillée de ta seule présence dans mon esprit. Nos collines brûlent sans bruit.

Quand un soupir, une grimace et une minuscule fissure séparent l’amour de la colère, les mots s’enchevêtrent à nos cils. Il devient impératif de jaillir de nos paupières closes, il faut aller dehors. Le thym traverse notre jardin au pas de course. Le parfum n’arrive pas à se poser, l’air non plus. C’est un chassé-croisé entre nos cœurs percés d’aiguilles tendres.

 

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vendredi 28 février 2014

A la pointe de l’asphyxie.

DSC_0067_France_nu_Concours_Beaux_Arts_Paris_avant_guerre_0_24x0_32Nos poussières se forgent lentement dans la paume pliée de nos mains, et nos cœurs s’accoudent doucement sur l’éternité. La brume est passée au tamis, l’eau est bue par le rayon du soleil, tout est rendu au centuple à la pierre qui saigne. Tu es ma déesse Fortune. Celle qui incarne le hasard subjectif et l’échec de la pensée. Le bonheur bizarrement s’est immiscé à l’enjeu que m’impose l’épanouissement. Je reconnais humblement postuler à sa providence chaque fois que ma vie inquiète te souhaite comme un aveu nécessaire. 

Les baisers qui sortent de la vase n’ont pas encore eu le temps de fleurir. Pourtant, les tiges fièrement élancées se dirigent vers le cayeu des lèvres où tout est inhabitable. Le mot plus que toute autre chose.

Dépossédés, nous sommes le rayonnement de toutes les opportunités. A présent, il nous suffit d’enfourcher l’aube comme une monture ailée.

L’amour est redevenu lui-même : aveugle et fou. Il domine la vallée verte comme les cheveux d’un arbre décoiffé. Mon cœur est cintré de bouffées rouges et mes frissons décapitent les silhouettes qui ne te ressemblent pas. Nous tirerons à la courte paille celui de nous deux qui devra embrasser l’autre le premier. 

Mon cœur est sur la route, tes mains aux carrefours. Je m’enflamme comme une Nova sacrifie sa pudeur aux scintillements célestes.

Au-delà des lignes et de la parole, le rétablissement de nouveau pied à terre. La même clarté ramenée à l’échelle humaine. Ton ombre sous mes paupières, et puis l’emportement, le cheminement des rêveries claires comme du verre. Nos haleines dépouillées des gargouilles de la salive, neuves, de nouveau prêtes à sculpter les vapeurs accumulées dans le désarroi de la rupture.  A la pointe de l’asphyxie, nous ne tenions plus qu’une lampe d’écume frelatée.

Tout se retire d’un ressac. Même l’ombre qui nous suivait se dérobe sous les pas musclés du vertige. La marche est poudreuse. Elle nous conduit l’un à l’autre, clairsemés. 

 

- Bruno Odile -Tous droits réservés ©

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jeudi 27 février 2014

La joie vient combler le manque.

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Sous le brouet de fumigène, ma langue s’alanguie dans l’épaisseur des verves muettes. Je suis un soldat d’utopie en faction. Immobile comme les galons d’un général, je veille sur la bataille des fantômes qui peuplent mes souvenirs. L'illusion a la lourde tâche d’inventer le réel. Le silence parle la langue ancienne et méconnue des pâturages préhistoriques. Des cerceaux d’air s’échappent des cavernes.  

Je me découvre fourmillant d’étincelles au milieu de l’immensité implacable. La joie ne se cultive pas, elle surgit à l’improviste comme une lumière béate. J’aime te savoir dépossédée comme je le suis. Nos ruines jointées, les mots peuvent mieux graviter sur la corde de fumée transparente où la mort a eu lieu. Nos chagrins sont désavoués par l’amour replié dans nos chairs.

Nos vies s’entravent à l’urgence soutenue que le passé remonte de ses caves insalubres. Nos lacunes répondent par défaut à l’insistance de l’émotion imprimée à l’esprit. Le manque se traduit dans le dédoublement de la parole précipitée. J’aime le bruit du torrent que tu fais jaillir dans mon sang. Je dois admettre que l’amour n’est pas qu’une liturgie fantastique. Il est également la passerelle qui nous permet de traverser les ravins. Il colmate les brèches de l’absence et le vide n’est plus aussi effrayant.

La joie vient combler le manque. Elle mastique les fentes de nos jardins ébréchés. Une douce chaleur se relève dans l’obscurité. Nous sommes assis au-dessus de l’ombre. L’amour se coupe comme du papier. Nos encres piochent sous nos peaux le souffle qui emporte. Nous sommes éblouis. La nuit agrandit la lumière.

 

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mercredi 26 février 2014

La nuit la plus extrême.

133225083443Chaque journée grimpe au mât des contraintes, et l’enfer du monde se noie dans son dégoût. Je n’irai plus à toi comme un déversoir d’orages émaciés, toutes les braises de la terre s’étalent au couteau. Tu ne viendras plus à moi comme un désert assoiffé d’eau claire. Immergés sous nos cathédrales en talus de fumée, nous marcherons dans la blancheur, à l’intérieur même de la blancheur. Nous sommes concassés de prières arrogantes. Nous sommes des poussières abruptes. Un pas de trop, et ce serait la chute. 

Nous flirtons dans le bout de monde, non loin des tumultes du silence profond, et nous grappillons notre part d’amour retaillée dans la pierre noire. Le jour est la géode osseuse de la nuit. Nous devenons des blancheurs alignées sur le vertige des silences. Assis sur le rebord de l’éternité, nous contemplons l’audace des heures qui meurent et qui renaissent. L’affrontement entre la nuit et le jour semble être une usure sans salive. Nous sommes toujours vaincus par la couleur des mille feuilles et nos âmes coulent profondément dans les saisons vierges où les fleurs se métamorphosent. Quoi d’autre que des fruits bien mûrs pour répandre des parfums enivrants ?

Tu as pénétré ma solitude comme une farine se dilue à l’eau. Une course liquide est debout, à nouveau. Une droite horizontale soutient la parole au-dessus des étoiles. Un trait rouge s’est enfoncé dans la marge, à la périphérie des jours dénivelés. Nos jardins en escaliers gravissent le passage bariolé des mots dans l’opaque centrifugeuse des rêves. 

Dans l'ébriété des cendres entassées, une griffe insolente vient titiller la mansuétude avec la précision d’un horloger. Nous avons avalé puis ingurgité la réparation de nos fibres. La première clarté de ta beauté ne luira que dans la nuit la plus extrême. Parce que le noir possède des vertus insoupçonnées, le rêve aime y piocher les pigments aigus qui troublent la réalité.  

 

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©

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mardi 25 février 2014

Je suis déjà lié aux soupirs du ciel.

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Après le blanc, tout deviendra bleu. C’est presque certain. Nos roches légères s’envoleront dans l’obscurité. Nous attendrons demain, un gousset à la place de nos langues. Aujourd’hui n’est qu’une sieste molle. Le ciel est dans l’eau comme un clair abri à la surface des yeux. Demain, c’est le trou ouvert dans nos poitrines. Nos lueurs superposées résonneront comme une musique d’opéra où les chœurs grimpent si haut que les étoiles paraîtront de simples cailloux fluorescents sur nos chemins de nuit.

J’irai lire le petit jour qui se déhanche dans le corps du matin neuf. Les bras cassés de la plume, j’irai écrire les notes muettes de l’abîme sous tes paupières de cristal.

Tout est redevenu comme avant : un jour où les orties brûlantes ne poussaient pas sur ton visage. Un tableau où la lumière refusait de couler dans l’ombre, derrière la vitre.

Goutte d’air rebrisée sans fin, ouverte aux mots levés dans le cœur, je marcherai sur cette route qui ne conduit à aucune maison, sur cette corde où nos pieds se dessinent. Nos lèvres sont tremblantes et la terre collée dessus nous embrasse. La mémoire pèse le silence des foudres que l’amour ignore. 

A te chercher en ce monde, ma voix s’est épuisée. Ton absence a enveloppé le pavé des histoires mortes. Lumineuse, tu survis dans l’intervalle où se déroule la vague tendre qui tapisse l’horizon et rien ne m’encourage davantage à déplacer le temps de sa course effrénée. Nous sommes matelassés dans les signes qui nous portent. Nous prolongeons le temps dans le coton imbibé à notre respiration. Les codes paraissent lointains, ils n’en sont pas moins réanimés. Ce matin, j’ai pris le réveil sur la table de nuit et j’ai ouvert son boîtier. J’ai posé mes doigts sur la mécanique éventrée et j’ai senti le tic tac modifié de la cadence de mon pouls. 

Il n’y a pas de zones neutres dans l’escarcelle des émotions qui nous animent. Ma charrette est remplie de terre et de cendres mélangées. Toutes les balises encore vivantes crépitent et se tonifient dans cet amas nostalgique. Ma peau touche à l’engrais des impulsions instinctives. Je suis déjà lié aux soupirs du ciel. J’entends remuer derrière les nuages. Quelque chose s’agite. Peut-être les épousailles des étoiles et des terreaux fertiles ?

 

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©

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lundi 24 février 2014

Où se trouve le sursaut ?

4f281c0052691c68855b5fbda48075cf21Je n’attends plus dieu dans la fissure. Sucre fœtal alangui, le trac suprême fait office. Qu’est-ce qui doute ? Le camouflé du réel rangé dans un placard sordide. Des balais et des serpillières. Des copeaux d’air brûlé reposent dans une bouteille d’alcool. Eau de vie sans vergogne, un enfant meurt toutes les trois secondes. Le miel de la mer bafouille quelques vagues insonores. La récolte des courbes se fait dans les arbres. Et dans mon cœur, j’ai la vision du lait que l’on refuse aux chatons. 

Liqueur d’oliviers répandue dans les champs archaïques, hublot refermé sur la plénitude des couteaux. La lumière s’est rétractée au fin fond de l’intime ombilic. Jets de pétoncles, huîtres écaillées, et encore des couteaux plongés dans le sable. Reptile ordinaire en vrilles jaillissantes, la terre mordue et le venin artisan du soufflet des forges. Où se trouve le sursaut ?

Un seul et unique mot pour dire tous les autres :

 

                                        Chemise au col défait

                                            Bouton décousu tombé par terre

                                                Fermeture sous l’éclair tiré par le bas 

 

                                           Un seul et unique sens pour livrer la terre

                                   Collée sur la poitrine du vide

                         Ta parole fourche et la poésie nous cherche 

 

                Le retour solitaire des sans visage

                                  Nomme les aveugles étourdis

                                          Et les citadelles éclairées veillent sur le noir

                                                           Précipice des mémoires perforées 

 

                                                               Chacun roule sa brûlure

                                                         Et peuple le feu

                                                 Au milieu de la place enneigée

                                                 Où s’abîme le ciel 

 

                                      J’ai appris la vie

                                Dans le baiser d’un songe 

 

                       Je parle le dialecte des pierres

               Où la mousse cherche un refuge

         Des tourbillons dans les yeux

   M’empêchent de voir l’ombre qui danse 

 

Un amour où se ferme le regard

Contient le tourment du feu

Qui meurt dans la flamme

Je brûle et cela ne se voit pas.

 

 

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©

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dimanche 23 février 2014

Récapitulatif. 2.00

L’espoir, dans sa robe décousue, n’advient qu’après la culbute des ombres. Il lui faut évacuer toutes les bourres de crasses spongieuses et tous les duvets sales amassés dans la brouette d’amertume.   

Tu as préféré la haute voltige dans sa forme la plus désespérée et la plus crispée. L’acte définitif enfante des murmures étalés sur les buées inhalées. Je me suis saoulé à petites gorgées, j’ai recousu l’empreinte de nos souffles et je l’ai recouvert du châle d’amour que je te tends par-delà les rideaux frustrés.

Tu as rejoint les paradoxes, l’aliénation du non-être dans ses apparences accolées au vivant qui bouscule, au vivant qui transgresse. Tu es parvenue à cette démesure qui se reflète sur des cadrans déréglés et obsolètes. Désormais, tu veilles par-dessus les ramures du ciel illuminé comme un phare invraisemblable posé sur le chaos.

La vie comme le vent, c’est le mastic des heures mouillées. La nuit qui s’éclaire dans le balbutiement des souffles inédits, c’est le dérisoire qui devient extravagant. Il y a dans la force de la mort tous les regards restés coincés entre les rives. Nous deux, nous sommes le cadeau hors norme forçant la légitimité de l’être. L’amour

Criblé de balles à blanc, nous étions les victimes consentantes des baisers qui s’envolent. Une colombe éternelle plane sur nos cœurs. Le vent acquiesce au calme qui le suit. Le vent n’attend qu’un signe pour ôter le désespoir du monde. La terre aime le soleil, la terre aime le vent. 

Le travail du vent jusqu’à nous. 

Presque rien, et pourtant quelque chose se régule à l’intérieur de moi sans que je sois complice à ce mouvement. Mon amour est une bergère qui grimpe la colline. Une fleur promène sur les sentiers sauvages sillonnant l’exquise broussaille piquante qui se profile à perte de vue. Sur mes lèvres, ton parfum est une saison lavandière. Je mâchonne une tige douce comme une tétine.  

Ma plaie incontinente s’écoule sur les pentes solitaires. Une cicatrice traverse la montagne. J’ai vu mourir tant de choses animées qu’à cette heure avancée je ne distingue plus le jour qui se cache dans les ombres. Je suis un peu de cette eau retirée à la pluie. Devant moi, des moutons broutent l’arpent sucré et je ne vois qu’une couverture de laine blanche. J’ai chaud et j’ai froid en même temps. Sous mes paupières, tu passes et tu repasses avec ton chapeau de paille. Et, mes yeux frictionnés par tes allées et venues s’enflamment comme une mèche allaitée par la mémoire brûlante. Peu à peu, nos fronts disparaissent dans les foudres, les boulines du jour agrémentent déjà demain.

Le souffle de la lumière retentit au-dessus de nos figures. Je te cherche là où tu n’es plus. Je repère ton visage en forme de citron couché sur l’écho tremblant de la paille. Tout le jaune, vois-tu, est une liqueur qui s’arrache au trop plein. Il ajoure les sols habités. Il débride les regards, il scrute la face de l’eau debout dans l’éternité.

D’abord corseté par des conservatismes et des lâchetés acculant l’émotion à l’immobilisme, nous avons discuté dans la morosité de l’ennui. Mais après nos lugubres prières, tout est redevenu comme au premier jour. Un morceau d’amour tombé sur nos cœurs en jachère a élagué l’axe des terres fragiles. Au loin, dans la clarté essartée, une foulée de tendresse goguenarde a sauté l’air et nous existons à nouveau dans l’étincelle qui parle de nous.

Nous nous sommes embronchés à l’écosystème de nos humeurs parturientes. Parfois, le vide lié à ton départ mâchonne l’inhabité dans un murmure incolore. Mais nous arrêterons là notre prospection tout azimut pour ne pas vexer l’étendue qui ne nous a pas connus. 

Tout revient toujours par le cœur. Chemins de boucles, chemins de rondes, la lumière se cache dans la nuit et les lueurs séparées aèrent les êtres les uns des autres sans jamais rompre les ombres distendues qui les raccordent. 

Maintenant, la terre est comblée, elle parle aux feuilles jaunies, elle s’incruste à l’automne pour ouvrir l’hiver. L’été s’étend sur une litière défaite des nœuds d’herbes vertes. La terre comble toutes les lacunes du ciel. L’heure est gravement mélodieuse mais l’ajour assèche les débordements. Et désormais nos cœurs traversent sans brûlure l’emplacement du soleil.

Un pied puis l’autre, la vie s’avance, la vie court, la vie s’espace. Elle ne sait occuper les terrains vagues autrement que par la rencontre des êtres. Elle ne sait rien de l’aventure qui la happe comme une spirale habile. Elle grimpe, roule, tourne, vire, dégringole du vent qui la porte. Son histoire est coincée entre les branches de la mémoire nourricière.

Planté entre la vie et la mort, le présent se conjugue dans la récurrence des actes qui le compromettent. Il n’a d’autre alternative que celle de s’essuyer à la torture d’un temps enseveli où le verbe est intemporel et lacunaire.

Sur ce mur de sang séché, une craintive orbevoie* s’implante dans le renouveau comme une fraîche délivrance. Il faudra retrouver au fond de soi ce qui n’est ni raison, ni pensées, ni spécificités, ni certitude. * Orbevoie : Fenêtre ou arcade simulée dans un mur, sur un meuble.

Il y a un fil de verre dans la mince épaisseur de l’air où se rétracte l’ombre de ta silhouette. Nous sommes intégralement étalés sur toute la surface de l’univers. L’oubli aux poignets, nous traversons le feu avant que demain ne soit plus qu’une paille sèche. Sans plus attendre, nous brodons l’intervalle où nous sommes blottis comme des œufs dans un nid douillet.  

Mystère de l’écriture, se relire est souvent pénible. Je ne retrouve pas dans mes pénates ce que je voulais exprimer. Les phrases sont lourdes, trop lourdes. Elles grossissent jusqu’à la nausée ce que je souhaite te raconter simplement. 

Je modifie la réalité et elle me change à son tour. Je filtre et j’écume l’émotion retentissante. Tout dévale face à moi avant de m’irradier d’une mélancolie gluante. La présence simulée a brisé le miroir posé sur le jour pour voir au-delà. La glace a fondu. Le verre froid a rejoint la terre. L’eau figée s’en est allée. Nos vies coulent à présent comme des fontaines où les cigales viennent se désaltérer. Pourtant, j’éprouve cette sensation de grumeau, de pâté d’encre à chacune de mes relectures. Tout est rempli par le bruit du sang, l’afflux du brouillard se mélange à la poussière. Nos vies s’entrecoupent comme des lignes droites. Tout est un dialecte éolien, un aède comprimé sur l’autre face du ravin. Je me retrouve sur un intervalle secondaire où se dissèquent les souvenirs. Je déchiffre à contre-jour l’espace qui s’éteint. Ecrire saigne les plaies. Les croûtes se dénouent. Plus jeune, l’écriture connaissait la marée sensuelle qui emporte vers les courants tumultueux. A présent de nouvelles images soulèvent plus haut que la matière brute. La vie est plus élevée que le vivant. Je n’arrive pas à éclaircir le trait du langage sans projeter les mots sur le mur de feu qu’il y a entre le soleil et la lumière.    

Je tombe à la renverse, je me relève. La neige est réprimée par la chaleur évacuée par ma bouche. Ma peau est trop chaude et mon cœur trop fiévreux. Les mots et les phrases sont des impostures qui ne remplaceront jamais la densité édifiante d’un baiser soufflé de la main.

L’écriture continue sa marche acérée mais l’insaisissable demeure. Nous avons retourné la terre comme une charrue écorche la surface plane des matières durcies, et les oiseaux sont venus picorer nos sillons ouverts. Le soleil résonne encore de nos pas informulés. L’amour a retiré son épingle brûlante pour la fixer à l’intérieur de nos fronts. Nous avons les rides de nos de racines, des visages pliés par l’affût des souffles. La vie morte s’est cachée sur le seuil de la porte.                                                     

Il faut faire cesser les heurts, les torgnoles, les rossées, les coups d’épée dans l’eau, les coups de poings déformant l’échine, les coups de reins que la semence éjacule sur l’étreinte conditionnée par sa propre ferveur névralgique. Il est temps d’ouvrir les cages, de desserrer le minuscule des lèvres encore écluses et d’intercepter le rire endormi qui bivouaque dans notre jardin. 

L’existence servile se brasse outrageusement sous nos paupières. Nous mélangeons nos sangs à la texture du monde. Nous nous envahissons à l’écorchure de nos êtres. Nous devenons un vieux tango où se frottent les pas appliqués à la cadence. Nous marchons sur des paroles qui nous équarrissent. Une musique douce pleure les fêtes dépitées loin derrière. La mort est aussi solide que ce roc où, enfants, nous avions inscrit nos initiales. Elle ne cèdera pas, elle ne s’effacera pas. La mémoire se cherche dans le royaume des morts. La solitude signe sur l’air tout ce qu’elle a d’inacceptable. 

Avec le temps, les coups sont devenus des orbes dépeuplés. Pour espérer te rejoindre, je reviens de l’escarpement de nos premières syllabes. Celles qui semblaient un cri jaillissant de l’alphabet morse. A présent, il faut se livrer nu, désencombré des trajets collectifs où se résume le monde. Il n’est plus temps d’effeuiller les fagots de notre amour. De toute façon, nous émargerons de ce fragment de gravier resté dans notre cœur. C’est une poussière chargée des diamants de la terre. Et puis, nous nous retrouverons toujours dans la tendresse recluse. Nous revisiterons à loisir les ombres de nos feux anciens.

Peu à peu, nos rages sont mordues par d’autres rages et la révolte flétrie comme une pierre sans eau. J’habite le repère où tes lèvres balbutient une poésie pour les vignes et les foins coupés. Elle clapote dans l’épaisseur des jours ténébreux. Je te rattrape là où tout s’interrompt.  

Je me découvre dans l’écriture malgré le renoncement qu’elle semble traduire. Mon soupir est une croche valant deux blanches. L’absence crée un espace dédoublé, un temps rythmé par les calanques buvant la mer.

Tout s’accomplit dans cette partition aphone où rien vraiment ne nous chasse des portées invisibles. C’est un requiem, une triste musique accompagnant un faux repos. Il n’y a nul répit à l’amour. Les yeux brillants durent l’éternité. 

Paradoxe organique, j’ai la vue dessillée et le regard incolore. La chair est résolument trop nue et bien trop tendre pour accomplir ce labeur invariablement assigné à l’exil de toutes les symphonies de soi. Le passé va trop vite, pourtant il ne s’agit plus de reculer. Que fais-je ici ? Ne serais-je pas mieux là-bas, sur le toit du monde ? 

Nous voilà maintenant rabotés et lustrés comme de vieilles planches rafraîchies. Nos mains imbibées d’huile d’amande sont des copeaux de bois nostalgiques. De la sciure sombre tombe de nos bouches. Des granulés secs remplissent les caniveaux avant de se dissoudre comme un langage écumé. Nos voix sont des ruts enroués par les larves dévorant la parole. Et nos haleines promènent sur un vieux parquet qui craque à chacun de nos pas.  

Il n’est plus question de séparer les extrêmes. Jours et nuits s’imbriquent. Chacun des points opposés reflète la dissidence possible. Sous l’emprise d’un déchirement, la boussole du cœur vire à cent quatre-vingt degrés. La rébellion est sous-jacente à la tristesse. Tu es restée incrustée au sang séché. Durablement dans la croûte du papier sur lequel je t’écris.  

L’attente est un trampoline. C’est la chambre noire des ressorts d’acier préludant les acrobaties les plus folles et les plus surprenantes. C’est le lieu commun où viennent rebondir d’un même élan le mouvement d’une rupture et celui d’un avènement.

Le chantier est vivant. Quelques chuchotements caverneux frappent les trois coups avant que le rideau ne se lève. Nos théâtres réfléchissent des dimensions jusqu’à lors inconnues. Il n’y a pas de trêve pour les blessures. L’encre et les ombres comme au premier instant seront noires.

La certitude doute. L’émotion recherche la clarté des aubes tendres. La lumière grince comme un charnier de rêves rouillés. Elle frissonne de naissances possibles. Les chagrins et les rires dansent sur le même socle. Là où tout est perdu, là où inconsciemment tout se retrouve. Le vent s’explique avec le néant et il déblaie les ruines. Il dérape et se dessaisit des mots qui entourent la foudre consumée. Support au sol et à la terre, nos âmes patinent comme des roues de feu sur la glace. Nos langues sont à genoux, elles s’articulent avec les failles de notre parcours et s’imbibent au désastre. Les mots qui n’ont pas connu le précipice et le renversement rouvrent les plaines vertes aux chants des libellules.

Nous sommes gangrenés de cette fraternité complice où l’irréel triomphe des pointillés que forment les frontières de nos enlacements. Un collier de bourgeons reste perché au-dessus des paroles qui n’auront pas connu la vérité de l’instant. L’amas de feuilles mortes ne brûle pas, ne disparaît pas. La rose piquante des sables de l’exil trône sur la dune que nous avons franchie. Ici, étalés sur la table, on retrouve tous les bouquets d’enfances juteuses. Partout des framboises écrasées, des fruits rouge vermillon et du grenat sauvage. 

Nous sommes des veilleurs. Rarement des phares. Nous incarnons les veilles singulières déposées sous le fronton d’un avenir inguérissable. Le futur débitera l’insuccès des heures mortes et une lueur lointaine éclairera les baies poudreuses. A présent, la poussière profonde fraîchit. La lumière qui nous effleure a été arrachée au feu enveloppé dans nos souffles.  

De temps en temps, une poutre tombe des étoiles, un pilier d’étincelles éclatantes chute sur ma voix et sur mon écriture. L’air dilué dans la fuite des expressions est irradié par les relents fumants de la tombe à souvenirs. Je connais l’éclatement de mes fondations devenues une multitude de parasites. Nous sommes là, c’est sûr. Nous sommes là, terriblement à la périphérie de nos chutes que nous transportons comme d’incompressibles sutures. Nous sommes partout d’une même existence, locataires hasardeux d’une peau traversée par les gouttes du vide. L’irréductible néant complote comme une apocalypse machiavélique marchant sur le chemin de la confrontation des bonheurs légers et des effrois purulents de gaz mortifères.

Nos matières transformées, mais indéfectibles, savent toute la durée qui échappe aux temps. Clairsemées d’ombrelles légères, elles persistent, elles cahotent, elles bourrasquent, sans jamais ébrécher le cristal qui nous suit comme une ombre blanche. L’absence se déshabille au gré des secousses. Tes mains entourent ma taille comme une tempête acère l’eau qui suinte dans ma poitrine.

Nos routes s’écartent. Le temps, aussi. Et s’il n’y avait pas la force incontrôlable du manque mais seulement l’épreuve de la patience, je porterais l’étincelle de tes yeux comme un joyau autour de mon cou.

Désormais, nous logeons dans la lumière que le soleil abandonne le soir venu. Nous restons cloués sur la trouée des chemins où s’éclate le jour aveugle. Nous respirons l’air débordant le barrage érigé pour retenir l’aride souffle de nos déserts. Je hache menue la brise où tu es passée avec moi, et je te retrouve dans les fentes de mon cœur comme par miracle. Le vent chasse les montagnes comme une simple cohorte de nuages blancs. Tu es aussi proche qu’une chaude buée de piments et aussi lointaine qu’une lune noire perdue dans les chimères du ciel. 

Nos corps sont des fictions, des chorégraphies artificielles, des exceptions momentanées où danse l’aube perpétuelle. Nous introduisons nos imaginaires dans le réel chaotique des remous éternels. Nous débridons les roulements de tambours qui façonnent l’heure. Nous ajustons nos souffles à la respiration de nos cœurs fleuris comme des jarres débordantes du parfum des étoiles. Nous sommes côte à côte, allongés dans les sous-bois tremblants où claque la pudeur figée sur nos joues d’antan. A présent, nous nous éclairons par-dessus les murs qui longent nos soifs. Nous jaillissons de la lumière muette. Les ornières ont disparu avec le feu qui entre dans le plein jour. Nos cœurs sont des cordes sensibles à l’unisson et nos amours sont des récoltes parallèles. 

Nos songes se sont pétrifiés dans l’hématome du noir. Il me semble n’avoir plus à rien à dire avec des mots. Le jour de ton départ s’est enfoncé dans ma gorge. Il pleut des feuilles sèches, des cryptes et des crachats de tôle. Nous marchons sur la pauvreté de nos rêves pour en formuler un plus grand. Nous irons voir derrière la lagune qui retient les soupirs du monde. Nous y mangerons la raideur qui congestionne la dentelle blanche et les papillons enfournés dans les cavernes. 

Nos routes sont des laines qui s’enflamment et des braises rouges sur la bosse érectile de nos forges. Nous sommes les évadés d'un autre sommeil. Nous occupons l’effaceur, nos traces n’en sont plus. A peine si l’étincelle flirtant avec le vent bonifie nos embrassades lointaines. Nous ne tournons plus en rond, nous sommes nous-mêmes le tournis qui essuie la faucheuse du rêve. Nos vies et nos morts sont des projets tenaces, et nous naviguons entre les orteils de la béance chevillée à nos âmes imparfaites.

Je suis réfugié dans l’asile d’un fouillis d’étincelles indescriptibles. J’occupe le cercle vivifiant des éclaboussures déracinées à la lumière. Ma chair réactive les volcans millénaires. Des bouffées de fumée rapportées des laves en fusion restent clouées sous mes paupières fermées.

La mémoire est une varice rugueuse gonflée par les torrents tumultueux du sang qui a glissé hors de nos veines. Derrière les remparts du temps, il faudrait pouvoir recomposer les flots de l’air qui transperce le tissu des cœurs. Puis tout oublier, se défaire, se désapproprier, prendre du recul, avoir de la distance, aller au fond de soi pour retrouver le paradis perdu. Ainsi, nous pourrions peut-être renouer avec le processus premier de libération, d'émancipation et d'affranchissement.

Mais, on ne se libère pas aisément du chagrin des fleurs qui ont connu l’été. On termine le voyage dans la transparence de l’éternité avec de l’eau mélangée à la sauge, avec entre les dents un sésame dévêtu. Et l’on finit par parler tout seul aux voliges du toit que l’on voudrait trouer pour voir le ciel.  

La mort guérit-elle de la douleur ? Même pas sûr. Par acquit de conscience, je voudrais partir heureux. Je voudrais signer un pacte avec mon être : un contrat de fidélité « All inclusive » comme l’on dit aujourd’hui. Je voudrais mourir pour de bonnes raisons puis quitter la vie sans réfuter l’alliance quasi sénile avec ma solitude et l’effroi du monde.

Je voudrais m’élever d’une voix nue, humaine et souveraine. Je voudrais porter mon collier de blessures comme un trophée, comme une richesse obtenue par delà la souffrance et la peine. Mais la mémoire aqueuse est une veine gorgée d’histoires sanguinolentes où rien ne se dénoue. L’innocence des mots soulève pourtant les pieds de la tempête avec délicatesse. La frêle pudeur des ressentis déguise l’instant en une peine singulière. La mienne déchire le monde consensuel et me déroute obstinément d’une trajectoire figée. Les âmes aux coudes dépliés sont bilingues : elles parlent le langage de la conscience et celui du désir inassouvi. 

Le bruit éternel du fer et des plaintes jacasse comme une pie qui a faim. J’ai fui dans la solitude mais tes yeux demeurent deux orbites de feu qui brûlent mon regard.

Il n’y a pas de hasard. Ce qui s’effrite est rongé. Ma vie est un parking où sont garés les souvenirs qui alourdissent l’asphalte. C’est pour cela que j’écris. On finit toujours par écrire lorsque la douleur enfume l’esprit de ses éclats de verre. Les mots possèdent le pouvoir de nous emporter. Ils nous limitent à la superficie de notre prospection. Des lignes condamnées au silence, j’entends néanmoins le murmure de tes ombres chaloupées.

Nous sommes réfugiés dans notre intimité labyrinthique, parfois dans une méditation transcendantale. Je le sais maintenant, ma peine provient du fait que je te sens autre. Non pas à cause de la mort, mais parce que mon ego est réduit à sa plus simple manifestation. Tu t’es blottie sous ma langue comme une parole commune, comme la piqûre d’un frelon. Et, lorsque je parle, c’est la voix gonflée par tes ombres.

Peut-on croire que la vie soit une promesse et la mort un salut ? Chacun a sa version. Mais chacune d’elles nous ramène au démembrement de ce que nous pensons être.

Une suite de malchance entre en guerre avec ce que je suis. Les événements troublent mes sens jusqu’à les brimer. Ils laissent davantage de traces à l’intérieur de mon être qu’une simple coupure tranchante. Tu m’as transpercé plus qu’une morsure de serpent. Et tu m’as si intensément dardé que revenir vers toi est une nécessité.  

Dans ma tête, un petit vélo grimpe la montagne jusqu’au vertige. Je suis très mauvais alpiniste ! Des roues et du pédalier, je ne connais que la chaîne. Maillon après maillon, je déchausse la hauteur. La cime est toujours un rendez-vous avec la chute. 

Toutes mes pensées pédalent vers l’absolu et je dégringole irrémédiablement. Je me relève comme une herbe aplatie, dressant mon corps pareillement à une tige qui cherche le soleil.

Les jours de brume, je me parfume au gré des images qui naissent en moi, et j’attends. 

Ce n’est qu’ivre que j’accède à une légèreté propice à la rencontre. Je bois à la cassure. Je bois au sol et au vent, je désaltère mon cœur aux pierres qui te restaurent.     

Le goût de la joie éphémère noie ma tristesse dans les muscles vétustes de l’événement arbitraire. La poitrine du soleil se frotte aux arbres. La fatalité s’inocule discrètement à la révolte. Ton rayonnement est un pourparler constant avec l’éternité. Je ne peux renoncer à la matière invisible. Un instant, ces mots je les aurai faits mien. Un soupir m’aura convaincu que la disparition n’est qu’une façade crépite avec le sel qui ronge les formes de ton visage.

Nos amours n’en sont pas, elles sont d’indéfinissables latences. Elles cintrent le chaos dans son expression humaine. La seule idée que je peux m’en faire est surréaliste. Je suis un condensé d’apocalypse. Je suis l’exception inutile que l’univers pressent. Je te reconnais dans la fine coulure de lueur qui perce ma mémoire.

Ne sommes-nous pas des Cro-magnon de l’amour, des fossiles de l’Histoire ? Ne sommes-nous pas un concours de circonstances, un consensus d’éphémères facultatifs, un refrain compulsif, une musique où les notes dansent avant même d’être jouées ?

Verrière brisée, givre tiède, eau décousue, regard décollé, tout en moi parle du cœur pelé de son souffle. Toutes les morts valsent dans la souffrance abandonnée. Vertes coutures où les nuages s’engouffrent. L’inhabitable, c’est le chemin sans maison. Mes yeux se ferment et ta porte s’ouvre. Une joie insomniaque se manifeste comme une encre vire au sec à chaque bouffée d’air.

Toute la blessure s’est posée derrière le mur. L’ombre cuisante est désormais dans la flopée blanche du jour qui plie la lumière. La poussière blanchit la route, blanchit les routes qui se croisent à n’en plus finir.

J’occupe seul cette mémoire commune. Malgré cela, nous sommes redevenus ce que nous avons aimé et nous l’avons crié dès l’aube. Nous cohabitons avec ce moment sec et silencieux qui précède les orages. Ce moment qui coupe le souffle et qui retient le ciel pour que nous puissions y retourner nos faces. 

Nos visages remplissent toutes les coutures. Nos figures se versent dans la nudité du blanc. Nos vigueurs malmenées s’écoulent dans la poussière. Nous sommes désormais réunis dans l’escarpement des ondes qui ruissellent dans l’infini et la terre tremble sous les semelles de mon coeur. Nos yeux sont cloués sur la lame du jour à naître. Nous réapparaissons dans l’air qui s’arrache aux flammes.   

Tu es ma détenue amicale, ma voix sentinelle des mots et des souffles. Je te parle de fibres dénouées mais tu n’entends pas mes rêves. Y aurait-il un désir supérieur dans l’écho ? Le bruit d’une grenade scintillante au milieu du brouillard. Eclats de phrases mal prononcées dégoulinant sur le trottoir des crânes visionnaires.

 

- Extrait de L’Amour, ce désastre indispensable - Bruno Odile - Tous droits réservés ©

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samedi 22 février 2014

Tu n’entends pas mes rêves.

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Nos amours n’en sont pas, elles sont d’indéfinissables latences. Elles cintrent le chaos dans son expression humaine. La seule idée que je peux m’en faire est surréaliste. Je suis un condensé d’apocalypse. Je suis l’exception inutile que l’univers pressent. Je te reconnais dans la fine coulure de lueur qui perce ma mémoire.

Ne sommes-nous pas des Cro-magnon de l’amour, des fossiles de l’Histoire ? Ne sommes-nous pas un concours de circonstances, un consensus d’éphémères facultatifs, un refrain compulsif, une musique où les notes dansent avant même d’être jouées ?

Verrière brisée, givre tiède, eau décousue, regard décollé, tout en moi parle du cœur pelé de son souffle. Toutes les morts valsent dans la souffrance abandonnée. Vertes coutures où les nuages s’engouffrent. L’inhabitable, c’est le chemin sans maison. Mes yeux se ferment et ta porte s’ouvre. Une joie insomniaque se manifeste comme une encre vire au sec à chaque bouffée d’air.

Toute la blessure s’est posée derrière le mur. L’ombre cuisante est désormais dans la flopée blanche du jour qui plie la lumière. La poussière blanchit la route, blanchit les routes qui se croisent à n’en plus finir.

J’occupe seul cette mémoire commune. Malgré cela, nous sommes redevenus ce que nous avons aimé et nous l’avons crié dès l’aube. Nous cohabitons avec ce moment sec et silencieux qui précède les orages. Ce moment qui coupe le souffle et qui retient le ciel pour que nous puissions y retourner nos faces. 

Nos visages remplissent toutes les coutures. Nos figures se versent dans la nudité du blanc. Nos vigueurs malmenées s’écoulent dans la poussière. Nous sommes désormais réunis dans l’escarpement des ondes qui ruissellent dans l’infini et la terre tremble sous les semelles de mon coeur. Nos yeux sont cloués sur la lame du jour à naître. Nous réapparaissons dans l’air qui s’arrache aux flammes.   

Tu es ma détenue amicale, ma voix sentinelle des mots et des souffles. Je te parle de fibres dénouées mais tu n’entends pas mes rêves. Y aurait-il un désir supérieur dans l’écho ? Le bruit d’une grenade scintillante au milieu du brouillard. Eclats de phrases mal prononcées dégoulinant sur le trottoir des crânes visionnaires.

 

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©

Posté par lacollineauxciga à 06:52 - Commentaires [0] - Permalien [#]

vendredi 21 février 2014

Je ne peux renoncer à la matière invisible.

reflet2Nous sommes réfugiés dans notre intimité labyrinthique, parfois dans une méditation transcendantale. Je le sais maintenant, ma peine provient du fait que je te sens autre. Non pas à cause de la mort, mais parce que mon ego est réduit à sa plus simple manifestation. Tu t’es blottie sous ma langue comme une parole commune, comme la piqûre d’un frelon. Et, lorsque je parle, c’est la voix gonflée par tes ombres.

Peut-on croire que la vie soit une promesse et la mort un salut ? Chacun a sa version. Mais chacune d’elles nous ramène au démembrement de ce que nous pensons être.

Une suite de malchance entre en guerre avec ce que je suis. Les événements troublent mes sens jusqu’à les brimer. Ils laissent davantage de traces à l’intérieur de mon être qu’une simple coupure tranchante. Tu m’as transpercé plus qu’une morsure de serpent. Et tu m’as si intensément dardé que revenir vers toi est une nécessité.  

Dans ma tête, un petit vélo grimpe la montagne jusqu’au vertige. Je suis très mauvais alpiniste ! Des roues et du pédalier, je ne connais que la chaîne. Maillon après maillon, je déchausse la hauteur. La cime est toujours un rendez-vous avec la chute. 

Toutes mes pensées pédalent vers l’absolu et je dégringole irrémédiablement. Je me relève comme une herbe aplatie, dressant mon corps pareillement à une tige qui cherche le soleil.

Les jours de brume, je me parfume au gré des images qui naissent en moi, et j’attends. 

Ce n’est qu’ivre que j’accède à une légèreté propice à la rencontre. Je bois à la cassure. Je bois au sol et au vent, je désaltère mon cœur aux pierres qui te restaurent.     

Le goût de la joie éphémère noie ma tristesse dans les muscles vétustes de l’événement arbitraire. La poitrine du soleil se frotte aux arbres. La fatalité s’inocule discrètement à la révolte. Ton rayonnement est un pourparler constant avec l’éternité. Je ne peux renoncer à la matière invisible. Un instant, ces mots je les aurai faits mien. Un soupir m’aura convaincu que la disparition n’est qu’une façade crépite avec le sel qui ronge les formes de ton visage.

 

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©

Posté par lacollineauxciga à 06:59 - Commentaires [0] - Permalien [#]



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