LA COLLINE AUX CIGALES

Dépotoir et déposoir de mots, de pensées... Ici repose mon inspiration et mon imaginaire ; une sorte de maïeutique effrénée et dubitative et il me plait de pouvoir partager à qui veut bien.

21-11-09

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Nu

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20-11-09

E - 010 - De l’indéfinissable.

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Là d’où je viens, puis de l’insensé vers l’insensé, garderais-je un pas, une route à suivre ? Un lieu à vivre, une attente à respirer ou bien à bailler ?

Flacon de poussière résurgente s’enflammant partout où l’étincelle se frotte, nous sommes l’être de la nouveauté. Dans la colère et la révolte nos paroles sont des fouets. Les mots s’allient et s’associent  comme un onguent impensé, improbable mais incoercible. Devenus des aires sans visages, des surfaces sans râteau, nous crachons nos fumées noires comme des cheminées de bateaux éprouvant la houle. Pétris dans la moulure de nos forges nous abritons l’inconscience de nos chemins et de nos traversées sans en posséder la trace visible. Triste d’être toujours prêts à fonder nos certitudes sans pouvoir s’atteler au fil conducteur du dérisoire. Lâcheté souveraine et impénétrable, nous coopérons dans l’oxymore de nos fondements, prêts à périr de ce que nous vivons, prêts à vivre de ce dont nous périssons. Faillir. Défaillir à l’observation des soupirs qui nous traversent comme des brouillards inoculés de sang.

Il aurait fallu te dire combien la parole est une peinture de la pensée. Combien les couleurs qu’elle transporte ont l’exigu des ciels nuancés de gris. Combien le code collectif se déforme à l’unité de chacun. Il aurait fallu te dire par je ne sais quelle prouesse de l’inouïe du réel toute l’étendue inextricable qui suit chaque syllabe, chaque prononciation, tout désir à l’appétit sauvage.

Il aurait fallu t’inventer dans l’innovation cursive, dans la rouille venue d’ailleurs, dans le temps incompris des étayages et des élagages rédhibitoires. Dans un monde polymorphe où les arts se tissent sans perdre de leur noblesse. Dans un espace-corps à habiter, à vivre, à l’ondée bruineuse des essences susceptibles d’acquérir la puissance des accomplissements véritables. Portée et entretenue par le souffle vibrant de la danse des lumières, dans le rêve qui échoue aux rives sourdes et brutes du réel, à la commissure des baies où rougit la prude excellence de l’imaginaire. Je ne te créais que par la complicité de nos regards.

De veilles rumeurs courent …il parait que nous avions des ailes et que nous dansions autour d’un feu les soirs d’incantation. Il parait que nos vies sont des morts entretenues au dessus des failles qui ruissellent de nous, partout et tout le temps lorsqu’aimer devient une charrue qui remue nos terres. Lorsqu’aimer met en mouvement la parole au sceau du plus petit murmure.

L’exil comme la réparation, la restauration du sang qui s’écoule dans nos veines. Et puis encore la résilience et le pardon que les foudres des passions ravivent chaque fois. Dans la continuité de la faiblesse douce qui ne veut se résigner. Dans l’inaltération des compromis et des échappatoires où se délient les voix comme d’étranges sons caverneux qui rotent nos espérances.

Il aurait fallu te dire, là d’où je viens, mais je n’ai que ce caillou un peu érodé à t’offrir en spectacle, à t’offrir en partage. Et dans la voix tout au fond de la gorge, dans le ventre de mes mots, le silence.

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17-11-09

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Dans l’infinitif. Dans le verbe encore sans vie, j’ai creusé puis sculpté ma voix afin de libérer l’onde pour qu’elle puisse toucher toute la profondeur de ton silence.

Dans la voix et le temps conjugués, la parole imbibée de soleil et de gouttes de pluie, je viens effleurer l’aire sans visage où je sais que tu te tiens déjà. Debout et légère comme une plume d’ange. Aux creux invisibles de l’heure en mouvement, je te vois glisser dans ce monde sans clôture où le cœur suspendu à l’attente, je t’attends comme une mer attend la lune pour se refléter à l’écho de la chair du mot qui délivre. A la lèvre douce de nos terres qui s’inventent et se créent comme un premier verbe.

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16-11-09

E - 009 - Résister sans défaillir.

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Il ne se peut seulement des vérités éloignées comme des vestiges. La vérité est cette pauvreté déliquescente qui nous transporte en nous-mêmes d’un point à un autre, d’un état à un état d’esprit. Qu’est-ce qui est plus vrai que ce qui touche et nos cœurs et nos peaux ?

Aimer est ce baiser qui recouvre nos faïences les plus fragiles. A la vérité dans aimer se cache la force de nos tolérances. La nôtre en premier lieu. Nous tolérer comme nous reconnaître de nos faux plis.

Nos réticences à nous décoquiller, à offrir notre misère, pèse une lune morte. Et c’est l’échine courbée que nous allons vers la dignité charnelle de nos déboires.

Parce que l’amour n’existe pas, parce qu’il est pure création, il est le seul Art que nous ayons à nous dépecer comme des agneaux de lait qui n’ont jamais encore connu le goût de l’herbe fraîche.

Il ne se peut de vérité plus éclatante que celle de l’évidence de nos malversations avec le genre humain. Le seul capable d’apprivoiser jusqu’à la cruauté d’une prière amère. Le seul à s’éjecter d’un réel tragique vers une autre lune à conquérir.

Nos fièvres ne sont que des ventouses par lesquelles nous nous agrippons au ciel. Et, il nous faut accepter le miracle comme la possibilité de nous défaire des ombres où la vie n’est plus qu’une lumière brute, un silence d’apocalypse où l’acceptation se métamorphose en quelque chose de vraisemblable, même si toute la profondeur ne nous est accessible. T’aimer ne se traduit pas par un je tiens à toi. Nous ne savons avoir que des mains ouvertes. L’insaisissable est notre salut. Que pourrions-nous offrir d’autre que cette onde imparfaite qui nous échappe ?

Si l’autre m’apparaît comme mon complément d’infortune, il dispose tout à la fois d’une similitude d’aspects et d’une multitude de couperets. Nos jus s’absorbent dans la porosité de nos ferments. Nous donnons autant que nous prenons et nous dansons avec le sursaut de nos étincelles pour que jubile une émotion transcendantale noyée dans la masse compacte de l’univers. Là où une simple bougie est un trésor pour l’ombre.

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15-11-09

E - 008 - Asymétrie.

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Nous sommes si loin de l’enfance, du trouble fragile de nos yeux embués par l’émerveillement. Chaque jour des phares minuscules viennent clignoter sur le bord de nos visages et nous convoquent au retour vers des évidences premières. Candeur d’un souffle, naïveté d’une émotion… L’improvisation rode. L’évidence voudrait voir rouler nos frissons comme des pots de confitures qui dégringolent une pente douce. Mais.

Une vie. Une seule vie. Une vie seulement pour s’habiller du « happy fews » des aquabonistes. De l’idiome de l’abime, du dialecte du vertige. Une seule existence pour revêtir nos gorges de l’écharpe du silence et de l’oubli.

Et l’empressement, et la précipitation et l’impatience à nous dénuder, à nous détisser, à retrouver le fil blanc qui a macéré à l’étuvée dans le ventre d’emprunt où nos vies se sont mêlées, entremêlées, associées en une masse compacte, en une pelote de lucidité désespérée.

Il y a tant à faire, tant à parcourir pour qu’enfin l’oubli retrouve son nom. L’écriture, toutes les écritures concourent à rechercher cette laitance. La parole creuse et puise dans la rencontre de chacun de nos déserts, dans chaque bribe d’inconnu ou d’inavoué. Nos déserts ont conservé la sécheresse des fonds de mers, les traces inaudibles des voix fluettes et sifflantes des silences qui s’offrent à la rencontre. Pour entendre encore cette lointaine mélodie, il faut la décrue, le déclin de toutes emphases, de tous enthousiasmes. Le chant du monde est caché dans le puits de nos misères. Au fin fond de nos déchirements, dans le chaos de nos tourments, dans la rupture de nos conversations qui murmurent les soliloques de l’effroi. Dans ce même lieu de bouillonnement où grouillent les joies et les surprises suspendues à l’attente. Dans l’endémie incurable de nos bégaiements où la musique n’est que saccades, spasmes et flottement. Nos hurlements sont ceux des loups sans visages qui traversent nos irréductibles comme le vent d’une tempête

L’étonnement plénier de voir encore sur le bout de nos lèvres l’immensité de nos univers. La fable et le tragique transpirant nos candeurs dans l’essoufflement de nos animalités comme ces fruits sauvages qui poussent tout au long de nos chemins et que nous goûtons quelquefois par inadvertance, par reflexe, parce que l’attirance est puissante. Surtout lorsque nous traversons le feu comme des aigles focalisés par une proie devenue l’espérance d’un miracle.

Emmaillés entre ce qui nous propulse dans le mouvement qui défi l’immobile de nos peaux de chagrin et ce qui nous retient comme des radeaux amarrés solidement à nos peurs, nos errances se heurtent à nos débordements.

La peur sait clouer nos voix comme les hommes ont su clouer d’autres hommes sur des croix. Nous habitons davantage nos croyances que la réalité. Et ce n’est que dans la folie créatrice que nous rebondissons comme des écumes transgressant le mur du son où nos paroles sont restées à flirter avec nos démons et nos caprices.

Dans l’illusion des mots veillent nos carences. Nos sursauts n’en sont que plus vivaces. C’est la lumière qui reste aux aguets, pas nous.

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Antoine Marie Jean-Baptiste Roger de Saint Exupéry

Bonjour" dit le Renard
- "Bonjour" répondit poliment le Petit Prince "Qui es-tu ? Tu viens jouer avec moi ?"
- "Je ne peux pas jouer avec Toi" dit le Renard "je ne suis pas apprivoisé"
- "Ah pardon" fit le Petit Prince, puis rajouta "Que veut dire "apprivoiser" ?"
- "Apprivoiser veut dire créer des liens" dit le Renard
- "Créer des liens ??"
- "Bien sûr" dit le Renard. "Tu n'es encore pour moi qu'un petit garçon tout semblable à cent mille petits garçons. Je n'ai pas besoin de toi, et tu n'as pas besoin de moi non plus. Mais si tu m'apprivoises, nous aurons besoin l'un de l'autre. Tu seras pour moi unique au monde, et je serai pour toi unique au monde..."
- "S'il te plait... apprivoise-moi !"

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14-11-09

E - 007 - Vide.

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Une lointaine parole comme un petit caillou resté sous la langue. Un signe, un son, un symbole. Et puis la salive. Et puis l’haleine. Et puis le cœur et son battement. Et puis le souffle.

Un mot lointain resté à l’étouffé du dire dans le silence presque religieux d’une voix sans commandements, sans injonction. Juste une parole comme un fil invisible et qui porte toutes les autres paroles. Juste une expression, la sienne, la mienne, celle du monde. Et un vague écho lâchant prise avec le réel confirmé.

Car en vérité, rien ne se dit, rien ne se colporte, tout se tait dans la mémoire du temps qui n’est elle-même pas une vraie mémoire mais un calice où les jours vont naître sur deux gouttes d’eau dans la similitude des langues mortes que plus personne n’utilise, sauf pour y pêcher quelquefois une racine, un signifiant. Un insignifié accroché aux registres d’une éternité sans mots.

Une étoile existe du baptême des vœux dont je la forge.

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13-11-09

André GIDE

« Si ce que tu manges ne te grise pas, c'est que tu n'avais pas assez faim. » 

            - Les nourritures terrestres -

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12-11-09

E - 006 - Les retrouvailles.

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Ce matin, j’ai déposé dans l’ombre douce du soleil qui s’étire mon sommeil de nuit. Mes rêves indéfinis et incomplets. La copie de mes espérances encore couveuses, pas encore murent à devenir des projets.

Dans cette obscurité à demi somnolente j’ai déposé sur ce trottoir qui me suit presque partout mon enfance craintive. Et c’est avec l’audace du jour que je suis venu te murmurer la caresse de mon désir de te croquer comme une pomme. Et c’est avec l’audace du cœur que j’ai déposé dans ton ombre tous les parfums de tes mots que j’avais conservé comme un trésor.

Vite que la nuit revienne féconder à nouveau le fil de lumière qui me rapproche de toi. Vite que le rêve reprenne son chemin et que je puisse me glisser sous ta peau comme sous tes paupières et te sentir exister dans le couvre-feu de l’émotion, dans le nid de ma prière à la délectation de nos âmes qui s’enlacent comme un lierre recouvre les baisers qui nous unissent. Inséparables.

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11-11-09

E - 005 - Presque rien.

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Je ne crois pas que l’on puisse dépasser, outrepasser ce que la vie dans sa souffrance soulage. Au bord du gouffre de la mort irréelle et cependant matérielle, nos océans sont des artefacts et nos errances des quêtes désespérées. La vie n’est pas le témoignage d’un quelconque héritage autre que cette chaîne incompréhensible qui perdure au-delà des générations.

Vivre n’est ni une question, ni une réponse, c’est juste ressentir le malaise de l’artifice qui nous est promue dés le premier jour, dés le premier cri.

Ce que nous savons de la saveur n’est que le visage du monde que nous transportons comme des bêtes chargées, des mules ignorantes grimpant nos sacrifices à nous résoudre à n’être rien d’autre que vivants. Je dis sacrifices parce que nos rêves ne sont que les serments hypothétiques d’une réalité accablante, cuisante comme un feu à rôtir nos yeux, nos regards portés et posés sur des représentations inoculés de symboles humains. Faits de chair et de sang, faits de glaise et d’alluvions souterraines. Nous ne savons même pas ce que nous transportons exactement. Mais nous sommes là. Vivants et révoltés, vivants et domestiqués à des destins en forme d’entonnoir évasé à l’arrivée, réduit à un simple conduit étroit à l’autre bout. Et nous terminons tous par la même terminaison comme un verbe inconjugable demeurant irrémédiablement à l’infinitif quoiqu’on fasse ou advienne.

Il ne s’agit en rien d’être fataliste ou consumériste ce qui ne jugule pas davantage nos désarrois à prendre conscience de nos incapacités et de nos impossibilités à prétendre dompter une nature bien plus puissante que tous les projets réunis des hommes.

Il ne nous reste que l’amour pour tenter encore de croire que la vie n’est pas seulement une tragédie de fait et qu’elle peut aussi nous offrir la transcendance indispensable à nos petites existences. Nous possédons la chance, une chance fantastique, nous pouvons nous extraire de nous-mêmes pour être bien plus que des surhommes, mais la vie elle-même. Suffit de presque rien… suffit juste d’être le souffle dans le souffle, l’eau dans la mer, l’air dans l’apesanteur de nos déterminations.

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10-11-09


Par Coeur - Luchini part 5/5
envoyé par Tread01. -

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E - 004 - La bête humaine.

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Que de voix qui entourent, que de bruits et de fracas.

Dans cette existence on ne réalise jamais ce que l’on veut. On se réjouit ou pas de ce qu’elle nous propose. Aurions-nous satisfaits nos envies de fracasser ce qui nous terrasse qu’il nous reviendrait à l’esprit des doutes ou pire des culpabilités d’avoir commis à un détail prés un acte de soulagement, mais un acte réprimandable par nos morales incestueuses lorsqu’elles se déploient frugales et bestiales dans la cruauté.

Que de musique qui veillent en nous comme des bougies, que d’innombrables malentendus qui obstruent le réel consommé. Serions-nous seulement des bêtes de Sodome que nous nous renverserions, la bouche pleine d’ignorance et le regard promptement fiévreux, dans un désintéressement sans correction possible. Même sur le flanc, la tête courbée, le corps dans son dégorgement, l’animal qui nous possède roupille à faux et fait mine de dormir.

De vagues compromis rassurent nos volontés de dominance, d’auto-dominance. L’immaîtrisable étant recueilli comme une déficience à laquelle on s’empressera de donner le nom de faiblesse ou mieux de vulnérabilité afin de faciliter l’absorption et la complaisance qui nous traduit dans une acceptation molle et fourbe.

Nous sommes ce que nous sommes et nos défauts nous les balayons d’un revers, d’un soufflet. Nous n’avons d’ailleurs des défauts uniquement parce que les autres existent. De nous-mêmes, nous arrivons toujours à nous accorder dans une suffisance, dans un défraîchi, dans une absence de nous-mêmes.

Et quand bien même, nos raisons voudraient nous cisailler, nous raisonner, nous ouvrons une brèche dans le noir de la nuit pour y cacher l’infâme qui dérange. Et nous dormons du sommeil des justes en incisant la vérité et le savoir qui nous feraient supposer que nos gènes ne transportent pas seulement du désespoir et de la misère mais aussi une cruauté bestiale qui nous échappe.

Nous savons tous, nous excuser de nos vulgarités réactives et de nos infamies actives. Nous évoquons l’amour comme un projet, tel un défi, un désir à parfaire nos incapacités, à améliorer notre sort. Nous aimons d’ailleurs que lorsque nous avons d’abord appris à souffrir. Si nous n’avions nulle difficulté à vivre, nous n’aurions nul besoin que nos sentiments se nourrissent d’émotions et nous nous incarnerions en statues sur des stèles immobiles avec des symboliques immuables. Or, la vie est mouvement permanent. Or, nous muons, nous nous déplions chaque jour comme des rubans de tissu de nos rouleaux à habiller le monde. Or, nous aimons d’une seule respiration, d’un seul souffle et nos bouffées sont les syllogismes de nos êtres. Nos antagonismes sont les forges puissantes de nos chemins matriciels vers la félicité. La bête qui est dans le regard de l’autre me dévoile et son silence perce mes rugissements.

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07-11-09

P83 -

Nous sommes jalonnés d’escapades, de fuites et d’échecs.

Suspendus à l’attente qui ne s’apprend pas, qui ne s’adopte pas.

À l’éclairage des profondeurs qu’aucune lumière n’identifie

Sur les visages immatériels des masques du simulacre ;

Artificiels d’une immobilité creuse, à ce factice carnaval d’ombres

Tombés dans le trou du temps

Comme une respiration improvisée, haletante,

Boiteuse, essoufflée.

Condamnés que nous sommes à demeurer dans le corps

Comme dans Mizhak_on_deviantARTun ravin, une cavité insondable.

Malgré l’écrasement, malgré la volonté de fuir,

Malgré le gravé de l’indélébile aux peaux de la volonté.

Une dent ronge l’âme comme un désespoir de gangrène qui se répand là où tout se fige.

D’une affirmation qui se répudie, ne sachant plus ce qui confirme :

Un réel en jachère, un rêve fripé comme un parachute qui refuse de s’ouvrir.

L’handicap du désœuvrement, des amas d’infortune, l’arbitraire à genou ;

L’identité déshabitée, la parole dans le play-back asséché

Des foules anonymes qui hurlent comme des loups le soir de pleine lune.

Les crocs féroces prêts à morde les ondes des espérances et les folies

Improvisées, haletantes, qui se débattent aux moments lâches et déserteurs.

Aux moments de frugalité, aux famines accumulées

Empruntées aux trébuchements des avancées qui ne font que du sur-place.

Nos yeux ne sont plus que les deux trous d’une vie buissonnière

Et l’attente une bouche sans voie, un désert sans sable.

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06-11-09

P82 -

Les yeux dans le hasard dans un face-à-face sans retenu

Sans complexe, sans scrupule et nus de défi volontaire

C’est le vent qui souffle dans le rêve qui est un poète pas le rêve

Tout s’en va, tout part dans la déchirure d’aimer

A l’inaccessible quête la tentation de cueillir

La force du désespoir insuffle, l’éclair foudroie la fièvre

Qui incube comme la passion flotte sans contact avec la pME0000053302_1laie

Le hasard comme un non-dit, un acte manqué

Se révèle un chant, une berceuse, un hiatus

Entre le cœur et les étoiles, entre le drap du désir

Et la peau percée et fleurie où couve la présence invisible

Du néant qui se console à l’infusion de l’imprévisible

De cette main qui fouille les veines bouillantes

Où va se baigner le tumulte de nos plaintes.

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05-11-09

P81 -

Percée, tenailles dans l’entrailles

Percée, le jour qui descend au fond la mer

Percée, le gel qui craint le feu

A quelle improbable paix devons-nous cette marche forcée ?

A quel espoir défunt prions-nous la délivrance ?

Je n’ai plus de voix, je n’ai plus de costumes

Pour raconter le mensonge d’un rêve

Aussi long et aussi éphémère qu’une vie

Un parfum de poudre de sang

Sur le bout de la langue, sur le lit de mes yeux

Une odeur âcre de pluie de lumière

Dormant sous les paupières

Qu’une larme rend aveugle.

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04-11-09

E - 003 - Sur un fil…

maxa_nordau_webLa vie ne tient qu’à un fil. Un fil qui se prolonge de bout en bout. Un simple fil flottant, léger et fragile. A la ruine de mon théâtre de mots, mon sang s’éprouve dans le bouillon tumultueux des chemins et des croisées innombrables. Le vaste protège et liquéfie tout à la fois. Ma laine de lumière s’effiloche dans les toiles, dans les trames d’une caravelle linguale transitoire et chétive, dans l’étrave cutanée du dire, dans l’écume de l’expression où je patauge replié à la brume translucide de ton haleine. Dire et te dire. Des vagues s’enroulent dans ma bouche. Des pigments se dégagent du socle. Des brindilles décollées. Des fragments de parole inaudibles gravitent dans ma gorge comme une nuée d’insectes autour d’une fleur. Comme des hommes regroupés autour d’un oracle.

Le fil se tend et se détend laissant s’égrener des mots comme des bouts de pistils jonchant le sol et formant une pellicule fine changeant la couleur de la terre. Un laisser-dire incontrôlable s’échappe sans qu’aucun mot ne se lie. Sans qu’une phrase puisse construire sa musique. C’est un temps de silence involontaire. Un silence pas tout à fait silencieux, fait de murmures crissant comme des feuilles mortes, comme des lambeaux d’être froissés qu’une main invisible fouille sous la peau.

Sur un fil. La voix ne tient qu’à un fil. Te parler c’est sortir de la mort, extirper et arracher au muet. Je creuse cette ombre insaisissable. J’ausculte le vide qui porte mes jambes, qui porte tes bras, qui se prête à la confusion où la vie s’arrête de vivre pour n’écouter que ton sable et mon sable se mélanger, se brasser grain par grain, se filtrer et se re-mélanger à nouveau. C’est dans le désir qu’on arrête de mourir.

Vivre et aimer. Inconjugable présence d’être.

Tiré à flanc, on finit sa course dans l’insoluble légèreté de l’être, en quelque sorte. Rasé et coupé à flanc. Nos peaux mortes emportent avec elles une part de ce qui a transité par nos déserts, dans nos champs de blés, dans nos foins, au cœur de nos moissons.

Ecoute le hors de moi où je m’accomplis. Je transgresse la matière, je désintègre le vide, j’occupe l’absence. Je te parle de là où je ne suis pas. De là où je ne suis pas mais où j’existe. Sur le fil d’un écho. Sur la branche inventée où se pose l’oiseau. Dans un ciel inondé d’étoiles. Ecoute se nouer les fibres. Ecoute se tisser l’émotion qui rassemble la poussière et les os pour fricoter avec le désordre, à l’interstice où se fabrique la voix. Ecoute dans nos chairs le froid qui s’anime et s’active à construire du chaud.   

Ecoute le mot qui racle le temps aux parois des heures. Râleur parmi les râles des ouragans assassins qui dessinent l’histoire au pays des charbons noirs. Aux épures éthyliques des langues d’huile, graisseuses de la mort qui s’associe aux vulgates de dérisoires prières. Le mot qui se dresse comme un champignon vénéneux sur la part égarée du visage de nos ombres portant la ride d’un verbe comme une blessure du temps.

Ce qui se dénoue comme des fluorescences faisant des clapotis bleutés dans la nuit de nos cendres. Ce qui se déploie comme la lumière d’une déflagration. Ce qui nous happe vers le blanc qui se traduit en frisson, c’est le laisser dire qui va puiser aux racines, là où ruisselle le mercure des grammaires. Dans la bouillie d’atomes où gigote le crachat du néant, l’absolue vérité du vivant, le secret qui se mâche entre les voix, entre les lèvres de caoutchouc qui régurgitent les sons et les bruits de notre chaos d’avant. D’avant le monde, d’avant la parole, d’avant la signification du symbole.

Si je reste muet pour te dire quelle torpeur décline des baves constantes de mes sources ensevelies, c’est que je rampe sur ce fil, de tes cheveux jusqu’au firmament. Cherchant à m’enfuir de moi-même, de cet emmurement de syllabes qui tâtonnent constamment les rafales tournoyantes qui me font démâter et perdre l’équilibre.

Le laisser-dire que l’on habite comme une fiction où se prolonge la conscience qui ne se dispute plus avec le réel nous rappelle que nos lèvres sont des plaies et que nous apprenons à aimer avec.

L’irrévélé saigne comme une douleur suspendue au soleil. La douleur accompagne la délivrance. Elle est la sueur des souffles de jouissances qui s’accouchent comme un silence désarmé. Elle est l’épuisement de la mémoire dans des volutes de mirages. Elle est ce spectacle confus que la parole voudrait greffer à la peau de chaque mot. La vie, la mort, d’un seul jet, d’une seule ligne, sur un même appendice.

Du trop comme du pas assez dans ce trop plein où s’étouffe le vide, où l’apnée condensée ôte au souffle le sens du contenu. Il faut clarifier, il faut élaguer, il faut porter au dire la légèreté de sa trace, de son fil de soie, de sa substance moelleuse. Ne plus se méfier de la peur, ne plus défier la crainte, mais les avaler chacune pour les introduire, les intégrer à la voix afin qu’elle chante comme une fontaine.

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02-11-09

E - 002 - Refuge.

Marina_Abramovic_thomas_lips__the_star_Je vois le jour chiner et creuser dans l’épaisseur de tes hésitations. Je le vois et je le sens, équarrissant la pudeur que tu lui as consacrée. Il vient charmer jusqu’à tes plaintes afin que tu lui accordes tes faveurs. Il vient séduire tes doutes comme un agitateur intemporel. T’obligeant à effacer les pannes qui te retenaient engourdie dans le sommeil bruineux de tes maux et de tes querelles.

Toujours ce trop loin qui pousse au bout du monde. Toujours cette emphase et cet enthousiasme qui prodiguent leurs effets de lances et de javelots poignardant l’immédiat.

Toujours des mots comme des codes aux enjeux occultes repliant réalité et illusion dans une même couverture. Des mots trop humains pour ne pas chavirer dans le chaos invisible du vivant comme des troncs d’arbres alourdis de sel. Comme des troncs d’arbres gravés d’histoires à coups de couteaux.

Une vague idée flotte sur les lèvres en attente. C’est la solitude brute qui occupe le leurre. Tout est incomplet, du verbe à la parole. Les phrases sont des lignes qui se noient dans l’océan de nos bavardages. Le verbe s’ensable et disparaît comme un coquillage, pour ne rien laisser voir de ce qui se trame. Pour conserver. Pour transformer sans déduire. Pour déduire sans réduire.

C’est l’écorce qui s’encanaille des sèves montantes. La candeur plonge dans le soleil où l’enfance rebondit avec ces accents de grimoires illisibles.

Tes lèvres sont devenues le cercueil vivant des aurores qui se lèvent pour chercher à boire. Une buée sur le pouls de la brûlure. Muettes.

Tu as pris ton envol comme les papillons épousent de leurs ailes légères la brise souple des courants de l’air qui ondine sur les douces tempes d’une aube épurée, légère et silencieuse. Sans le savoir tu as encore confiée au jour tes espoirs et tu te plies aux présages qu’il pourrait te signifier. Le jour clapote et c’est dans sa vase que tu piétines comme une armée désorganisée tente une progression par temps de pluie.

Hier n’a pas été de tout repos. Toi qui as battu en retraite, tu t’étais juré de ne plus acquiescer aux promesses trompeuses que ta confiance porte aux heures blanches. A ces serments nus de tout fard qui déplient leurs voilures comme des navires en partance vers de nouveaux horizons, de nouvelles terres. 

Ce que j’ai laissé en toi, c’est ma chair. Ce qui reste de toi, en moi, c’est ton absence, alourdie de ton silence comme un vide porte la nonchalance.

L’amour le plus beau est celui qui en donne. Il laisse les traces de l’apocalypse sur les plis de chaque main repliée, de chaque regard alangui.

Le silence est dans sa croute. La parole est aux pinacles de l’exploration. Le taire est dans la prouesse de ce qui voudrait s’échapper. L’échappatoire ressemble aux failles intérieures, à ces cheminées par lesquelles s’évadent des fumées comme des signes, des métaphores de l’inexpliqué.

Comme si rien n’avait existé, comme si le présent absorbait toute la lumière.

Dans le bouillon du jour qui cherche à naître, une odeur de feu colle à la langue. Le désir se lubrifie aux instances des peut-être. Il ravive cette folle volonté à unifier les rêves aux flagrances d’un réel obstiné à prendre les devants du possible.

Tu as pourtant archivé dans ta chair les douleurs cuisantes des échecs sur le fil saillant des rigueurs. Tu sais l’empreinte des mémoires qui te maintiennent comme une ancre au fond des océans. Mais, ce bouillonnement qui parcourt tes fibres, il ne peut se résoudre à un quelconque renoncement. Il fait chavirer tes forteresses tendres et tes remparts cimentés de rectitudes. Il défie le temps et te défie toi-même lorsque tu te blottis dans le contre-jour des attentes prolongées et impatientes. Ce désir ardent comme une braise sans cesse animée, c’est ta vie. C’est ce royaume de parfums fragiles que tu habites. C’est ce poème de sang mêlé aux visages du cœur des hommes. C’est ce qui te fait sortir de la mort pour tenter d’apprivoiser le bonheur déchiré des siècles de chimères.

Tu t’es dressée aux cimes de tes peurs et de tes rancunes. Et glisse comme une luge ce qui est resté tapie trop longuement sur le sol de tes désespoirs. Aussi haut qu’il t’est possible, aussi désespérément qu’une lettre jamais postée, aussi droite qu’un trajet d’éclair, debout comme un arbre de prouesses et de vœux, dans un face-à-face avec tes rêves les plus audacieux. Tu expies. Tu ressuscites.

Tu prends dans ta main tous les oublis fracassés aux tenailles des destins d’étaux d’acier et tu déloges le poids du marbre qui écrase l’amour pour lui offrir le risque du dénuement des os et des gestes. Nos corps s’épongent des morts agglutinées dans nos entrailles macabres. Nos peaux se désenclavent des torpeurs frigides que nulles audaces n’avaient sues rendre à la souvenance du vivre. Et nous boitons encore un peu de nos résurgences funestes avant qu’un baiser nous installe sur le toit du monde. Nos ventres deviennent alors la caverne de nos émotions. Nos laits coulent comme des torrents joyeux qui scellent leurs mousses dans le murmure des coulis que nos âmes ont préservés pour cette rencontre. Nos mémoires se vident dans le silence de l’autre et nous avons la sensation d’être des géants.

Le silence est si lourd à porter, que mes yeux restent rivés sur toi, que mon cœur t’invente là où tu t’effaces. Sans doute, l’amour est-il aussi tenace et aussi perturbant qu’il dénonce ce qui est vide, qu’il terrasse l’absence comme une foudre plonge à l’intérieur de soi.

Et ma peau appelle la tienne. Non comme un pèlerinage. Non. Mais pour une nouvelle embrasée, pour refaire fleurir le feu de nos espoirs à occuper l’horizon ensemble. Pour que se lavent nos peurs. Pour que se recousent nos langues.

Posté par lacollineauxciga à 14:53 - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

31-10-09

E - 001 - Le silence est dans sa croute.

marie_vorobieff_2Langue d’héritage, langue perdue en mutation constante sur le fil électrique des jours où se rassemblent les hirondelles pour un nouveau voyage. Langue de corbeau aveugle des ciseaux qui subsistent après le dire, dans le recueillement des envolées où se médite l’effacement dans la parodie des ombres. La parole défaillante recluse dans la gangue des inventaires et qui cherche sa force aux besoins des autres. Le mot se dérobe. Cache-cache dans le face-à-face. Le futur cherche sans doute à en découdre avec cet immédiat immobile. Le passé comme une lame affûtée rase de prés l’existence à naître.

Paradoxe. Nous n’avons rien à dire et nous parlons, parlons comme des pies bavardent. Des voix occupent l’espace. Moulins de paroles où se brassent et se malaxent nos farines. Nous n’avons rien à dire et nous parlons, parlons jusqu’à époumoner nos carences, jusqu’à livrer à la compensation les tourments de nos discordes, jusqu’à déloger l’ennui qui resserre à l’étau le souffle du désir.

Dans le face-à-face avec le silence l’air s’effondre. Le vide s’écroule pour laisser place à un autre vide. Un autre temps mort se réfugie sous la langue. Les joues se dilatent emprisonnant la voix. Dans la gorge le nid des murmures s’épuise à l’attente. A la suspension. Tout y flotte comme un sentiment sans amarre. Le désir inflamme et la parole devient une toux, un tic, un mimétisme, un toc, un son irréductible, une musique d’outre-tombe.

L’insoluble miasme est inutile et délétère. Reste au paradoxe l’abondance d’une solitude neuve où s’entrechoquent les accents des mots, où se dé-existe l’épuisement à dire dans un total désistement, dans un renoncement achoppé de blanc que la moindre lumière efface. Dans l’incarnation narrative des soupirs qui trouent nos carapaces et dénudent nos apparences. A l’envers de l’endroit chaotique se retisse le poème d’un exil. On a beau dire et taire, on reste soi-même et le mot nous déshabille autant que son silence nous afflige et nous paralyse à une forme d’oubli. Te parler est mon unique bien, ma seule compétence à lâcher prise sur les registres désordonnés d’une bibliothèque à sentiments. Dans cette alcôve où s’épure l’émotion à l’acide du bien-entendu. La parole dort comme de l’eau qui boue.

Posté par lacollineauxciga à 14:08 - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

-- ^^ --  TROISIEME CHAPITRE  -- ^^ --

Posté par lacollineauxciga à 14:06 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

30-10-09

Michel SERRES

« …Nous avons tous besoin d’un récit pour exister… ». 

Posté par lacollineauxciga à 11:52 - Citations - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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