LA COLLINE AUX CIGALES

samedi 18 mai 2013

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En travaux depuis si longtemps.

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Les cloches de la mort se sont brisées avant même de sonner. Poussière fine et sèche dans le vent, indiscutables brins de vie, nous sommes nés du destin de la matière. A la croisée du hasard domestique et du silence hermétique, dans une fin de semaine sans élégance, l’amour, ce bourreau, a essuyé nos cœurs avant qu’ils ne prennent le chemin de la colline. Avant d’être de ce monde, nous gravitions autour des haches providentielles. Notre chair connaissait déjà le scalp des frissons et les engelures nécessitant l’amputation.

La vie extirpée sans scrupule, sang froid resté sur la vitre, je ne connaissais pas encore la terrible odeur de la furie hébétée de la complaisance.

L’absence est une forme de passé désoeuvré, alors que ma mémoire, par de brefs rappels inopinés, me renvoie à l’éclatement de la première cellule du monde. On ne peut affronter les frontières de notre condition humaine sans sublimer une part de nous-mêmes. Mes sentiments, ces prépuces de joies et de peines, sont le seul radeau capable de m’emporter au-delà de la sensation initiale. Coincé dans l’atelier où se fabrique la conscience, j’aspire à l’émancipation fondamentale, à la sensation de liberté que je sais pourtant fourbe.

Se défaire et me défaire n’a d’intérêt que si j’accoste aux rives suivantes, assis sur des vestiges de présence enfuie. Ton corps s’est effondré mais pas le souvenir que j’en ai. Je te porte en moi comme une plainte silencieuse, comme un enfant fragile dont je ne peux toucher la peau, au risque qu’elle s’évapore.

Nous sommes toujours entre deux rives, dans l’inconstance des joies et des pleurs. Rien ne saurait nous détacher de l’œuvre du temps et des résurgences qui nous empoignent dans leurs tourbillons. Esquisse parmi les brouillons de la mémoire, ton visage revêt le portrait de ma tendresse. La grâce a quelquefois l’innocence des miroirs. Cette richesse, tu me la livres dans le silence qui nous tient lieu de bouée de sauvetage. La mort est le lieu de l’inachevé. Je te maintiens au-dessus des flots pour guérir les heures qui m’accablent. Ton absence est le tambour du soleil qui réveille et accueille les pas que je n’ai pas encore accomplis. Je suis en travaux. Partout, des briques et des tuiles, partout, l’écriture soulève de la poussière. Le long du quai désert, l’horizon accoste avec dans ses soutes la langue des sirènes. Lorsqu’il m’arrive encore de pleurer, c’est ta voix qui mouille mon front et mes joues.

 

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©

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A l’embouchure du péril.

Andromeda_1927_28_Tamara_de_LempickaJ’ai aimé sans mourir. J’ai aimé tes yeux noirs et tes boucles de cheveux en cascades. Ma sœur, ma similitude disparate, mon écart, ma doublure. Tu es ce reflet de fournaise replié dans le miroir où s’emmure la fureur ensanglantée de la passion. Je t’aime dans la survivance immunisée de toutes caricatures pastichées. Odile, ton prénom est un vaccin. Ton prénom est une dispense à la fourberie des étincelles qui se cassent comme du verre. 

Aimer, c’est pénétrer la nuit confuse de jouissance… Aimer, c’est se défaire de sa solitude pour plonger dans celle de l’autre. Aimer, c’est déjà un peu mourir dans le ravissement des ombres pour y déloger la lumière tue.

Aimer, c’est résister. Nos certitudes sont des geôles de routine. Nos ego sont des enfers. Nos ego sont nos sauveurs. « Je » est un pitre qui se joue de nous. « Je », c’est moi qui voudrais, c’est moi écrasé par la lourdeur qui dépote le ciel de son horizon vaseux. 

Sous la clarté de nos chemises, sans que rien ne bouge, des bouffées de vie refluent de la forge où la mort rayonne. Aimer, c’est croire ne plus être seul. C’est donner à l’absence le goût de l’absinthe ferrugineuse et c’est vivre dans le déchiqueté des relents cupides. C’est accomplir une course limpide dans la ferveur spontanée, là où tous les fleuves se jettent à l’embouchure du péril.

 

- Bruno Odile -Tous droits réservés ©

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vendredi 17 mai 2013

J’ai peur de ceux qui disent « je t’aime ».

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Un retour de sentiment éclate comme une grenade dans nos mains. Une poignée de couleurs te sépare du bruit que fait le cyprès sous la rafale du vent. La nuit blêmit de sa fausse couche tardive. Sous la pierre et dans notre refuge, le thym et la farigoule gargotent comme un civet de lièvre au fond d’une marmite de fonte. Dehors, tout est blanc d’une lumière aveuglante. Rien de ce qui peut être touché n'a de sens pour la caresse du vent. Quelque chose se râpe et mon cœur ne le sait pas encore. Une friction de la masse qui nous entoure irrite la paroi du vertige.   

J’ai dix ans, je dors dans la bûche qui crépite, je rêve d’oiseaux et d’écureuils penchés sur le hublot du bateau qui m’emporte. J’ai cent ans et je dépucelle l’ardeur de vivre dans les escoubilles remplies de reliquats impénitents. Je n’aime pas souffrir de la beauté qui pleure, je n’aime pas dégringoler la paroi verticale de l’absence. Et je cherche sous les pas du géant qui m’écrase, les empreintes du souffle de l’enfance perdue.


J’ai peur en pensant à l’amour. J’ai peur de ceux qui disent « je t’aime » à tort et à travers, sans le penser ou sans ressentir le frisson qui décalotte la lueur du cœur lorsqu’il est ému. Il est si difficile de ramasser le timbre d’une voix sur les pierres noires de la nuit. A la limite de l’angoisse, de la prière et de l’accord, l’émotion se retrousse comme une jupe et le partage s’effectue sans que l’on sache la quantité d’air qui nous pénètre. Sans que l’on devine la quantité de lumière qui essuie nos ombres.

Est-ce que le tonnerre redoute la foudre, lui aussi ? J’écoute jusqu’à être vraiment sûr, sans jamais l’être vraiment. Il pleut et fait soleil en même temps : c’est un temps de chiffon, un temps à démâter l’absence qui fait encore pousser en moi ses ardentes gerçures.    

 

 

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©

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jeudi 16 mai 2013

Nous sommes tamisés.

68449644La vague qui n’emporte pas restitue à l’océan les reflets du ciel. Les deux droites à la mer superposées s’éclipsent et se fondent l’une dans l’autre. L’horizon est un bouillon grumeleux devenu la charnière des temps liquides. C’est le vent qui retient nos visages. Nos faces sont détachées de nous-mêmes, elles remontent vers la blancheur têtue qui s’habille de la nuit. Les lèvres lapant la parole desserrée, la langue dans le brouillis d’époques lointaines revient comme un boomerang pour occuper nos crânes blanchis et lisses. Nous détrempons dans l’onomatopée fluctuante : 

Gzeux, aie, ouille, spling. Tout ce que nous avons bu et recraché, Gzeux, aie, ouille, spling, a rejoint l’eau.

Gzeux, aie, ouille, spling. L’eau sans âge, Gzeux, aie, ouille, spling, l’eau toujours nouvelle et identique à l’eau. 

Tout est inscrit dans la goutte. Mémoire génétique du futur installé là, ad vitam aeternam. On se déshabitue à vivre après chaque respiration. L’air nous transporte et nous passons. L’air nous transforme et nous voyageons. Nous sommes volatiles et nos suées se dissipent dans l’infiniment grand. 

La porte de l’air s’ouvre et se ferme. Nous sommes tamisés. C’est le filtre du vide qui choisit le néant grain après grain.

La distance s’effrite, j’ai coupé la corde. La ligne d’images calleuses s’est évanouie. L’air s’en est réjoui.  

La colline cherche ton corps. Son volume est troué par le manque devenu gaz en volutes. L’herbe inoccupée s’avachit comme une horloge défectueuse et résonne lourdement sur le mur d’en face. Descendue du ciel, puis rapportée, la lumière gêne les arbres qui se prennent par la main pour danser les saisons. L’air est droit, il te remplace. 

Dans la vallée, le ciel s’écarte comme des lèvres sous l’effet de la surprise. Il laisse passer ta silhouette frêle et colorée. Un sourire glisse jusqu’aux berges du Rhône. L’eau te contemple. Elle mime tes grimaces. Elle file, lisse et ronde, comme un miroir flottant. Sans toi.

 

 

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mercredi 15 mai 2013

Nous tenons en équilibre sur la légèreté d’une feuille.

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Tu m’as dit « je t'aime et adieu » et voilà que je m’enfonce dans l’eau froide des profondeurs sans nom. Je plonge dans cette nuit liquide, insondable et tu vois s’effacer mon visage. Enfin noyé, je résilie les contrats et les forfaits d’un cœur aux abois. Tout au fond de moi, j'engloutis tes mains, tes gestes et ton sourire, et par ce naufrage, je suis esclave dans l'amour et affranchi dans l'adieu.  

J'écris encore avec le clou arraché à l’orage. En un instant, la parole humiliée par le silence effroyable de la mort, se dénoue dans la chair des heures perdues. Tu disparais à mes yeux et tu coules dans mon sang comme une rivière abondante. Tu t’es imprimée aux vagues récurrentes qui gonflent mes veines à chaque respiration. Désormais, tu habites la pause régulière où s’est imprimée la nuit surprise par l’écho du jour.   

Ma vie toute entière est une résistance contre la part d’ombre qui efface sans gommer entièrement l’étincelle de la survivance. Aimer est tout à la fois notre plus joli brassard de fragilité et notre force la plus indépendante. Aimer, c’est vivre dans le fracas de nos audaces, dans un lieu de fissures et d’opulence. 

A cette heure où remontent en boucles les images vieillies, le chapelet de représentations anciennes laisse un goût sucré dans la paillasse de mes rêves. Une libellule s’envole de ma gorge. Nous tenons en équilibre sur la légèreté d’une feuille.  

Puis, c’est l’extinction de voix. Le beurre a encore fondu. Le grand froid s’est jeté dans ma bouche. L’herbe a craqué sous la dent. La lassitude fermente encore son huile de camelote. Sans l’ennui que serait la curiosité ? Parmi d’autres accessoires le hasard s’échafaude. Dans la transparence de l’eau, je vois ta main qui s’agite.

 

 

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mardi 14 mai 2013

L’amour est un aveu.

ybu6sap1L’attente est la toile de fond à mes surprises. Même évadée du jour, tu m’étonnes. Lorsque je crie ton prénom à la mer, je reçois une pleine bouffée de lumière dans l’écho qui m’en revient. Alors, tout le bleu du jour revêt l’apparence de tes formes et je goûte au sucre qui se répand dans mes veines.  

L’amour est une résistance furieuse. La violente émotion qui a crevé l’abcès de l’égoïsme laisse sa trace indélébile dans les profondeurs de l’existence. Je ne cesse de t’aimer et de me recomposer comme le caméléon change de couleur selon le lieu qu’il occupe. Ta voix est partie au loin dans la campagne et je la retrouve dans ma forêt. Ton absence fait briller les bougies qui se sont allumées après ton départ. La nuit n’est plus pareille. Le noir s’est agrandi de ta lumière. Ton absence est un nid d’amour, un abri moelleux perché au-dessus du désordre. 

Dans l’obscurité, nous ne savons rien de la mort et cependant elle nous éclate à la figure lorsqu’elle frappe un être cher. Il ne nous reste que l’instant gris des morsures anciennes et l’instinct de préservation si nous voulons conserver intacte la dimension de notre attente.

Peu importe où tu t’es arrêtée, dans quelle heure tu t’es dissoute. Je dois tout recommencer. Je dois réapprendre à marcher, à boire et à manger. J’avance doucement pour éviter l’écartèlement et l’indigestion.  

Mon corps est celui d’un enfant et ma tête a mille ans. L’infini n’a pas plus à offrir qu’une friche abîmée dans un seul cri, dans un seul gouffre. L’amour est un aveu d’impuissance irrémissible. Tout au bout de la mer et dans la discrétion des brumes, mon cœur se fissure dans un fracas d'épave. Aimer est sans aucun doute le plus grand cri de détresse que je connaisse. Un écureuil, affolé par le bruit du chaos, se replie dans l’obscurité des branchages. L’air pollué se purge dans la clarté des neiges éternelles.

  

 - Bruno Odile - Tous droits réservés ©

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lundi 13 mai 2013

Le ronronnement d’une ruche toute proche.

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Sur ce trottoir fendillé nous ne disions rien. Ici, le langage s’était envolé dans l’imaginaire cuvée des mots qui s’effeuillent avant d’être partagés. Ils flottent encore dans ma tête comme des images déformées par la buée de nos haleines. Ma pensée a froid, ma pensée est une congère. Il fait un temps de neige et pourtant la température du cœur, ce réchaud d’oxymores, ne cesse d’augmenter.  Le monde se régénère dans l’embonpoint du vide. L’air manque de transparence, il s’étouffe. Les étoiles sont sur une portée au-delà du mur du son. La terre en orbite du soleil dérape de sa trajectoire naturelle. Le trou noir empiète l’aire dévissée. Nos amours sont dans la cavalcade infusée aux ombres qui rétrécissent la lumière. Une lampe d’Aladin renaît dans le noir. Nos pieds sentent le sol disparaître. Nous décollons vers d’autres abysses.   

Il pleut des hirondelles, la chaussée est volante. L’amour est cette épreuve silencieuse où rougit le temps. L’absence reste l’otage du souvenir. Elle est calfeutrée derrière les persiennes. L’attente est l’ennui qui dévale de là où tu n’es plus. L’ennui juste et exact, l’ennui au-delà des prières. C’est dans la part désoeuvrée de moi-même que je t’aborde comme une découverte renouvelée. Une pousse de lumière naît de la terre, un recoin d’âme inconnu nous sidère.  

Nos déserts nous assemblent et le sable qui nous recouvre me parle de toi. Ton absence est au cœur du foyer de mon désir comme un cierge brûlant dans les décombres de l’oubli. Il neige des pissenlits et la montagne s’endort sous le vert désordre des pensées éparpillées. 

Il est tard ou il est tôt, peu importe désormais. L’heure bercée repose sur l’étendue de nos mains plus vastes que des rizières. Je t’accoste au linceul de la trame du jour. L’automne est venu me rejoindre avec ses rubans de couleurs pourpres et sa magie à transformer les formes et les odeurs. Je t’écoute et je te regarde sans pouvoir saisir l’intensité vaporeuse remplissant mon godet d’un vin framboisé. Mais, ce que je vois encore de toi redouble la sensation de la perte. La goulée est accrue comme la respiration rythmée que l’on reprend après une apnée prolongée.

Je cligne de l’œil sur l’écart des pendules où se lient les tics tacs ébouriffés qui couvrent l’épaisseur des mémoires ensevelies. Une treille de bougainvillier, des parfums doux et fragiles et puis des abeilles par centaines ajoutent à l’atmosphère ombragée le ronronnement d’une ruche toute proche.

Ce qui tremble, ce n’est pas la mémoire ressentie mais l’affection que je lui consens. L’incendie règne en suspens. L’émotion court comme un chat qui entend le bruit du tonnerre. 

  

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©

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dimanche 12 mai 2013

De l’écoulement.

u7fa5k59Il n’ y a plus de choix pour l’histoire que je porte en moi. C’est un sommeil à jamais éveillé sur le coin de mon lit d’enfance. Agenouillé devant la cicatrice comme devant un précipice, le vertige me guette. Non, il n’y a pas d’autre choix que celui de manger à l’écuelle du souvenir, d’absorber l’onde qui se contracte dans mes poumons. Sans toi, l’horizon est sans fond. Avec toi, le panorama est une cascade d’événements qui s’effondrent dans la faille de mon désir laisser ouvert comme un commerce à mille temps, à mille rythmes d’inondations boueuses.  

Le temps s’est désaccordé, il longe la muraille de l’éternité. J’entends l’écho de ta voix sur le versant qui me fait face. « Vamos a la playa… el sol, el mar, et nous ! ». Quelques bribes de sourire, les yeux brûlants comme des chandelles de Noël, et puis entrelacées nos mains sont devenues les véritables chaînes de nos cœurs.  

Notre course inachevée ressemble à l’écriture qui vient raconter. Tous les mots transportent des paraboles, des synonymes et des métaphores que la raison orchestre au-dessus des marais. Chacun chante un espoir, une lueur tombée dans le grand trou de la tendresse intemporelle. La mort est devenue vivante. L’infini scrute les joies que nous avons traversées. Nos corps décrispés de toutes attaches font la girouette. Nos langues flottent dans l’arome inconnu du silence. Nous filons dans la pensée comme des neiges brûlantes vont rejoindre la pluie et l’orage où se détend la crispation du vide. Nos chairs sont dépucelées du futur, elles sont l’air dans lequel nous sommes restés suspendus. Nous sommes le temps arrêté de la pendule, nous marchons vers devant ne faisant que du sur-place. Nous restons amarrés à l’infini, refusant de briser l’étendue qui nous entoure. Sur le tableau d’Adam et Eve, le fruit ne pourri pas, il est mûr pour le temps à être, le temps à venir. C’est une farce, c’est un quiproquo de la matière et de l’espace. Nous sommes deux bouches sur le même visage. Nos cœurs courent les vagues et le radeau est insubmersible.  

Le soleil n’a pas de goût, il plonge dans nos veines comme une baleine à la recherche d’un lieu de reproduction. Nous sommes les dauphins désespérés à la sortie d’une tempête. Nos vies et nos morts n’ont jamais connues la dichotomie des raisons ordonnées. Ce qui un temps a été en nous l’est irréductiblement pour toujours. Nous dormons dans le vertige des heures qui se mélangent au sentiment de l’éternité.

  

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©

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Une bougie dans un champ.

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Je voyage en moi pour te rencontrer. Les centaines, les milliers de sarcasmes qui résonnent comme des pipelettes sont d'une architecture déséquilibrée, aux formes extravagantes, avec des toitures et des chutes absurdes ou inutiles. La foi nous guide davantage qu’une conviction subliminale. La foi est cette heure impénétrable dans laquelle se réfugie l’origine de toute existence. Elle est ce -je veux y croire- inaltérable qui nous seconde dans nos petites voix intérieures. Voilà sans doute ce que tu m’as appris de la vie. Mais à n’en pas douter, tu me l’apprends aussi par ta mort. 

Il m’a fallu reconsidérer les muscles du temps, son agonie persistante, ses vigies démoniaques et sa dureté implacable. Tu te rends comptes ! La mort dans sa puissance nouvelle m’a parlé jusqu’à l’étranglement. Elle m’a insufflé son discours de tunnel blanc, son creux et son vide strident, déchus dans un arc-en-ciel où sombrent tous les rêves de l’humanité. Je t’y ai rencontrée. Je t’y ai devinée comme un oracle sans bouche. Image sagace et pénétrante, un rayon de toi a posé ses yeux sur ma misère. Un rai de toi a pénétré la distance de ma nuit comme une scie du temps.  

Je rêve de tranches d’étoiles, de morceaux de lumière saupoudrée sur le verglas de la mémoire. Une bougie dans un champ de marguerites illumine la terre. Nous sommes tout petits, blottis dans l’ombre. Je vois l’arcade lumineuse au fond de tes yeux. Je suis dépourvu d’immensité et l’infini a la gueule d’un loup. Je ne connais pas ton rêve et je m’effondre aux pieds de chaque jour neuf en pensant : encore ! 

J’ai glissé. J’ai dérapé sur cet asphalte d’ombres graisseuses. Nous n’avions plus rien à dire et les mots étaient devenus des relais de composition florale. Un muguet dans la voix, une rose dans la gorge, un pétale de coquelicot sur la langue. Au loin, une moissonneuse batteuse faisait chanter le blé et je me détachais du monde en désapprenant la vigilance que j’avais conservé du vide.

 

 

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samedi 11 mai 2013

Si tant est que le désir loge la parole.

Ecrire et écrire pour t’arracher au corps céleste

Grappiller un peu de pain pour les oiseaux

Magasiner dans la boutique à mots

Sortir du rêve pour en construire un plus voluptueux

Ne plus se rappeler, et laisser courir les images

Ne rien retenir, le calme du matin sous la casquette

Ne rien voir et ne rien entendre

Ton cœur endormi sous ma peau

Je m’efface dans l’allée blanche

Ta voix dans l’ombre charnelle

Mon sang comme un ruisseau occulté par la mémoire

Nos vies et nos morts suspendues

Au fond des heures dévorées par l’attente

Rien ne bouge plus que ce cri lointain

Que l’enfance redoute et que l’existence plie

Comme un drap qu’il faut ranger dans l’armoire

Mon regard est une pensée enfouie

Sous l’embrun des tristesses mortes

Les sens hauts comme des lustres

J’avance sans le savoir

Tes mains posées sur ma bouche.

 

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©

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Mes ailes sont des racines.

s5g3xeenLe bonheur provient par l’accomplissement du désir, mais je ne suis pas sûr, d’une part, qu’un même désir ne se représente pas plusieurs fois et, d’autre part, qu’un désir ne soit pas tout à la fois souhaité par le corps et l’esprit en même temps. Je refuse d’être à la merci d’une accumulation de souhaits non étanchés. Cependant, l’ardeur est parfois souveraine et mon esprit capitule. Le libre choix se soumet à l’exaltation de mes sens. Je ne suis donc plus l’être pensant, mais un simple assouvissement contrarié ou pas.  

Le feu est sous la cendre. La clarté naît de la douleur que le soleil éprouve pour déployer ses rayons. Il faut savoir se donner raison lorsque l’on attend. Il est des courses sempiternelles. Il y a ceux qui courent, ceux qui attendent, ceux qui pensent que, ceux qui vont bien et tous les autres. On est toujours la représentation de l’existence que l’on a.

Il n’y a pas d’amour assez grand pour guérir toutes les carences de l’Etre. Il manque toujours quelque chose. Pourtant, sur le bûcher de l’eau, le désir s’enflamme d’une vague. A tord ou à raison, c’est le méli-mélo de l’imperfection qui domine et nous terrasse. La satiété existe seulement dans les rêves qui nous bercent.

Quelques pierres sur le bord d’un ruisseau apprennent la fraîcheur et je cloque comme une bulle sur le miroir de l’avenir. Demain, je renaîtrai dans l’enchevêtrement des porcelaines de l'aube. Si le hasard vient frapper à la porte, je lui donnerai un sens.  

Je demeure fasciné par la goutte d’eau qui glisse sur la feuille. Il y a un message dans l’équilibre précaire de la nature. L’ignorance se conjugue à l’illusion lorsque la défaillance et la misère nous privent de la lumière espérée. Ta mort n’est plus cette obscurité où plonge la détresse, elle est devenue l’autre versant d’une seule véritable montagne en ce monde : l’harmonie. 

De quelle sagesse pourrions-nous nous vanter ? La sagesse n’existe pas. Tout au plus, nous convenons de faire l’impasse sur un désir particulier en nous convainquant que c’est mieux pour nous et pour notre devenir. Nous fabriquons ainsi des nœuds à l’intérieur de nous-mêmes. Leurs poids dépendent de notre appréciation vis-à-vis du manque ou de la carence qu’ils peuvent signifier.  

J’ai faim et le régime que je m’impose n’a de sens que pour la raison qui l’a souhaité. Je mange comme un goinfre et mon corps pâtit d’une surabondance. L’équilibre n’est pas une simple convenance, il devient impératif pour tous ceux qui ne veulent pas marcher sur la tête.  

Faut-il altérer sa soif, sa faim, son désir ? Se soumettre à des règles élémentaires d’hygiène est souvent une contrefaçon à nos instincts. La gloire de l’Homme repose alors sur l’emprise qu’il a sur lui-même, sur l’ordre qu’il réussi à conserver, sur son autonomie lui conférant une suprématie sur ses actes. Mais que devient la notion de bonheur dans tout cela ? Faut-il céder aux diverses tentations qui nous appellent ou ne s’autoriser que celles qui nous semblent être équitables ? 

Dois-je également me satisfaire de petites joies alors que mon appétit est gargantuesque ?

Sans une foudroyante introspection de nos cicatrices existentielles, il est improbable que nous puissions nous développer avec la pleine rassurance d’un corps bien fait avec une tête bien pleine. Par l’absurde, je dois admettre que l’opposition éprouvée se situe entre ce que je veux et ce que je n’obtiens pas.

Que dois-je faire du libre espace demeurant entre ma conscience et mon imaginaire ? Dois-je m’affairer à rêver l’existence que j’aurais pu avoir ? Rien n’est moins sûr. Alors Heureux ?   

Mon désir ricoche sur le souvenir. Enfoui dans mes entrailles, il remonte à la surface pour se mettre en mouvement face à mes évidences. 

Je suis né de la rivalité entre l’absence et l’altérité. Comme l’on bredouille un récit superfétatoire. Comme un effacement laissant place à ce présent de papier venu de nulle part. J’ai la peau rouillée à force d’être poncée. Tuteur déglingué par l’affrontement, mes ailes sont des racines.

  

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©

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vendredi 10 mai 2013

Du sens pour ne faire qu’un.

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Je suis couché sur le mur de ton tombeau et j’écoute le granit qui bavarde. Le paysage qui s’empare de nous laisse le blanc derrière la motte où se cachent nos visages.

Un coup de fusil retentit dans le lointain. La chasse est ouverte et mon cœur est cette cartouche qui gît à tes pieds.

Tous les morts sont des parfums de la terre

Tous les mots s’arrêtent à la lame du couteau

Avant, il y a de la musique dans les jardins

Après, toutes les voix sont des trous creusés dans le noir

Tu as pris le chemin de derrière,

Celui qui monte la colline

Celui qui grimpe jusqu’à la cime

Ce n’est que d’en haut que l’on voit l’autre versant

 

Toutes les vies sont des parfums de la terre

Elles partent et reviennent

Elles sont toutes à la poursuite du sens

Du sens pour atteler l’haleine à la braise

Du sens pour recourir à l’arbitraire des ombres

Pour ne faire qu’un

Pour se sentir entier

Pour prendre la main du matin

Et s’en aller promener sous les arbres

 

Des pierres tombent dans le puits

Des pierres de solitude

Des pierres de soi couturées d’absences

L’amour ne fait pas le monde

La joie est vagabonde

Le vide est moribond

Je traîne un bloc de glace dans le désert

Je bois du sable que la pluie a oublié

Je cherche une lande blanche

Où le bonheur crache des fleurs

 

J’habite le maquis où les lèvres sont cousues

Aux plumes de l’aigle qui plane

Par-dessus le tonnerre

Je loge le corps d’une plaie ouverte

Au vent de la mer et du sel invisible

Je suis de ce monde où la rage

Dépasse la révolte et noie les sourires

Dans la flaque brûlante des jours inconsistants

J’ai trop compté sur moi-même

Pour ne savoir compter qu’avec mes doigts

 

La joie est toujours en contradiction avec la souffrance

Tantôt l’une est l’équivoque de l’autre

Tantôt c’est un pied de nez à la tragédie

Il n’y a pas de chemin sans bosses

Il n’y a pas d’exutoire totalement purificateur

L’absolu est une seconde nature

Entre la nuit qui s’achoppe à l’ennui de la satisfaction

Et le jour qui dérive dans la souffrance du manque

 

L’amour est le monde

Il est inscrit dans la conscience de l’air

Et moi, je respire le rêve mort-né

D’une liberté plus grande que ma pensée

Je n’accède pas à l’existence

C’est elle qui accueille mon désir.

J’ai des peaux mortes sur la langue.

Chaque jour déterre la lumière un peu plus loin.

 

 

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©

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jeudi 9 mai 2013

Le tic-tac des cœurs.

legrandtabouretNous sommes une victoire ancienne reconstruite dans le sang des épines. Rien n’est méconnaissable, tout l’est, et demeure. J’ai poncé jusqu’à la clarté des sucs délétères qui transpirent des odeurs nauséabondes. J’ai frotté jusqu’à atteindre la vision de la butte rongée par le temps qui cache ta mort. A contre lumière, j’ai vu le feu jaillissant des ténèbres et la nuit écarlate où le poids d’une vie ne pèse guère plus qu’une étincelle enfoncée dans le givre. Un pas en avant, deux en arrière, nos vies marchent sur des ombres molles où l’on s’enfonce comme des navires dans la brume. Nous habitons le maquis, la bergerie isolée des heures tenues à l’écart. Nos joies sont invisibles, elles transpercent la peau de l’infini. Mon cœur est un éclair dans la moiteur d’une nuit d’été. Tu es une ronce et je suis ton ruisseau. Ma liberté est restée sur les flancs de cuivre où flambent les cigales nichées dans les tambourins et les galoubets. Ma terre est le nid de toutes mes émotions. Pour moi, le temps est un combat. Je ne le domine jamais, j'apprends doucement à l'apprivoiser. 

L’amour nous échappe. Je le vois filer, il s’égrène comme un alphabet de vertus asséchées. Nous avons pris le temps de rebâtir l’étoile au fond de nos yeux et de nos gorges. Mais, l’étincelle demeure insaisissable. Chaque lueur nouvelle nous dépossède un peu plus de la pleine lumière. L’amour prisonnier fait du bruit dans ma poitrine. Le temps qui passe est illogique. Comptable assermenté des illusions qui nous berce, il nous surprend toujours par ses allées venues soudaines. Tout hier s’écrase sur ma langue et ma parole s’éparpille comme une poignée de sable jetée sur l’horizon. Fauve rugissant, mon cœur te cherche dans la colline où les loups ne sont que simples blasons. Toute l’harmonie de la pinède s’effondre, il ne reste que quelques sentinelles aguerries sur le bord des arbres rabougris. Quelques troncs noircis que les flammes n’ont pas emportées.

Nous ne sommes pas encore morts. Nos cœurs sur le papier battent aux rythmes des espérances qui ressuscitent dans le velours noir de la mémoire et nos sourires entremêlés poursuivent le chant de l’oiseau blessé. Nous ne méritons pas de survivre à la fièvre de nos rêves anciens. La félicité tient debout dans le creux de nos ombres. Nous ne sommes plus, là-bas, sur le chemin de rocailles et de thym. Nous sommes, ici, dans le précipice de l’affection fraternelle. Notre amour est un radeau insubmersible où flotte une lumière blanche que rien n’éteint. Nous survivons dans le message clandestin défiguré par l’absence. Ton visage est un drapeau planté tout en haut de la vérité que je sauvegarde.

 

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©

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mercredi 8 mai 2013

Entre la chair et le sang.

Le bien-être que je fabrique malgré moi défroque toutes mes tristesses. La poursuite de la satisfaction et de la joie n’est plus une route sinueuse mais un détroit au bout duquel je me risque à lâcher prise sur moi-même. Joie utile ou exaspérée, c’est dans ce jardin d’herbes tendres que je cherche la désaliénation de mon désir. Mon être déborde d’eaux vives, mes ruisseaux apaisent leurs flux permanents grâce à leurs longs trajets se serpentins qui s’étendent jusqu’à la Camargue. Mon imaginaire déploie l’amour libéré de son ultime brouhaha. C’est ainsi que j’accède à une escale de paix. C’est ainsi que je rayonne malgré l’ombre de mes faiblesses. Mon autonomie, je la puise dans l’abandon des forces qui me dépassent. Mistral et la Renaude portant mille ans sous leur gilet marchent toujours l’un vers l’autre comme deux solitudes affrontent le hasard des rencontres. Notre ciel s’est lavé de ses vieilles étoiles écornées. Maintenant, nos deux cœurs nus sont cachés derrière la lune.

Il se peut que le monde ne soit pas celui que je vois, mais je suis entièrement accaparé par ce que j’en vis.

Les murs détruisent les vents et ton haleine de papillon transperce tous les éléments. Mon cœur est un promeneur. Il arpente les digues qui longent le Rhône et traverse les champs pour écouter la cigale du soir s’endormir dans la colline. Ton visage demeure sur la croûte de mes plaies comme un verni incolore. Nos sangs emmêlés tiennent leur promesse. Dans les réseaux souterrains, sous les fontaines de l’ombre, une douce musique scintille encore comme une guirlande sous la mousse recouvrant tous les cimetières.  

La lumière est tordue, une poudre d’espoir sur l’aride pesanteur se répand comme un jet de mitraille.

Néon entre les poumons, des éclats de verre voudraient reconstituer la flûte avec laquelle nous trinquions les soirs de pleine lune.  

Entrechoqué de fleurs et de rocaille, le printemps ravive les couleurs d’avènement. Comme un paragraphe de coquelicots sous les paupières, mon sommeil s’en va reposer les flammes du désordre que le jour lui a confié. Je suppose que l’amour tisse les corps mieux que les esprits. Rouge flamboyante, la chair s’émancipe du sang qui la remplit. Le temps qui ne m’est rien emporte avec lui le carnage des heures de plomb.

Une poignée de sable s’échange contre une tasse de feu. Le cœur boursouflé comme un melon d’eau, l’émotion coule comme une pluie battante. Nos regards sont des fantômes aveugles tâtonnants dans le vide. Ils emportent avec eux les rambardes de fer qui entourent les nuages. Ils bâtissent des murs plus hauts que ceux des basiliques du regret et des lamentations. La mort est une brèche dans laquelle le monde recompose ses premières notes. Je marche sur les remparts de la tendresse et l’ornière qui me cache encore de tes bras n’est qu’un vilain manteau de poussière ferrugineuse.  

  

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©

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La parole est dans ce bocal de verre retourné.

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Le manque creuse des trous que le rêve bassine. Le lien cherche la communion. Quel que soit le paysage dévasté, ton image remplit le filigrane. Des copeaux d’air boivent à ce souffle qui nous soulève. Nous sommes portés. Nous sommes plus légers que la brise. Nous avons l’œil du cyclone à l’intérieur de nos ventres. Nos peaux tètent à la fêlure. Nos caresses biberonnent à la goutte d’amour qui nous comble. 

Tes lèvres sont devenues l’assise de l’orage qui lave le tarmac. Nous avons goudronné la piste de nos envols. Nous sommes devenus le lien indéfectible des ressources vivantes. Des fragments pleuvent de la première aube que nous avons foulée.  

Je suis mort, un peu, dans chaque montre. L’aiguille pointe, maladroite, sur la brièveté de l’instant. Dans la fosse, les créneaux s’emmêlent en tournant. Je suis immobile et l’espace se fronce autour de moi. 

Je me suis habitué à exister en dehors de ma chair. L’air qui passe, s’en va en soulevant la robe de la terre. Le bruit des feuilles est un incident à bout de souffle. L’automne chasse les grives. Le ciel est bas. Il couvre à peine les pas qui nous suivent sur cette route froide où le sable attend la moulure.  

Après chaque bouffée qui s’éclipse, je suis vivant. Mes membres se fendent et nos voix imprimée à la mer se diluent dans le ciel. Une quille flotte sur l’horizon. L’air rompu cerne l’altitude. Nous sommes sous serre. La parole est dans ce bocal de verre retourné.   

Nos regards s’épuisent à ne voir que le feu où nos mots s’entrouvrent. La nuit n’atteint pas le noir. Elle est piratée par la liqueur qui coule dans les veines de ta clarté. Ce qui me givre a le goût du brûlé. L’usure est une source où fond l’épaisseur de nos chagrins. 

Comment vais-je pouvoir dire à la mer qu’elle n’existe pas ? 

Le soleil siffle pour réveiller les moineaux. Le ciel d’octobre ressemble à une jachèrecrayeuse et je prends le maquis pour ne pas être anéanti par le ronronnement du givre.

  

- Bruno Odile -Tous droits réservés ©

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mardi 7 mai 2013

Nous sommes assis plein ciel.

jjr579tqNous aurions voulu nous défaire, nous distancier, nous détacher mais à l’impossible nul n’est tenu ! Nos besaces s’agitent, une foule de carmagnole zigzague dans nos veines. Nomades d’une vie, errant d’un jour, nos cœurs sont le cimetière du monde. Lorsque que j’écris, c’est dans une goutte d’eau que j’attends la pluie ; dans une feuille morte que je tisse l’hiver à venir. Et dans la flaque qui borde mon cœur, une eau pâle chante les couleurs qu’elle invente. Toi et moi nous ne connaissons pas encore la tornade qui déloge.     

Plus loin que l’éclat tranchant,la lumière reflète l’incandescence des rêves communs restés agrippés sous nos paupières. Je veux désormais habiter un endroit chaud et sans mémoire, un océan où la vague prometteuse se dissout dans l’écume flottante. Mettre un terme aux rêves revient à mettre le feu au fœtus qui habite notre chair. L’heure immobile couvre le silence. Le crématoire sommeille dans l’instant suivant. Tout a bougé, malgré tout. Et sur le cadran monotone, la cendre raide paralyse la petite aiguille. Bloquée entre le pouce du nourrisson et la fleur que butine le soleil, nous sommes assis plein ciel. 

Nous nous relevons aux lendemains grimés d’espoirs auxquels nous ne croyons plus. Nous faisons semblant. Nous faisons ce que nous avons aimé par le passé. Mais, le passé périmé nous rattrape et nos visages portent l’empreinte du feu qui nous a ratissés. Nous pardonnons à l’horizon qui recouvre la lumière. Nos fantômes pourchassent l’ère blanche où nous avions déposé le temps comme un rocher indomptable. Sous la pierre et dans l’ombre rumine toujours la chevauchée qui soulève la poussière. L’heure au galop s’étouffe dans nos grottes. Demain, tu verras, nous aurons dix mille siècles au bout de nos voix. Nos gencives seront des marteaux. Chaque miette d’amour retournera à son premier flocon. Nous traverserons doucement vers l’autre rive.  

L’eau qui nous porte n’a pas de reflet et nos caillots sont des plumes.

 

 - Bruno Odile -Tous droits réservés ©

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lundi 6 mai 2013

Tu es une tache d’encre sur mes phrases inachevées.

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Je ne peux achever ma course sans concevoir mon chemin autrement qu’un exercice exténuant pour atteindre la plénitude. La passion n’est plus un vice, elle est le moteur essentiel à l’existence qui s’affirme. Les préjugés sont des servitudes pénibles. Aussi, j’élague ceux qui pourrissent mon existence. Mon instinct surpasse la parole. Mon désir créé la réalité. Je vois bien tout autour de toi cette rampe bordant le précipice.  

L’amour est le foyer de mes utopies. Tu incarnes maintenant le parfum palpable qui me projette de l’avant. Tu prends la place de l’éveil et je suis submergé. Un paquet d’étincelles surgit dans la nuit et mille envols au-dessus ricanent comme des hyènes.  

J’entends d’incessants envols et de vertigineuses chutes jusqu’en être lassé. Je suis mort mille fois de l’idée que je me faisais de toi. Pas un mot, pas une syllabe n’a su étancher le silence où tes lèvres faisaient des ravages. J’ai retravaillé ton image comme l’on pétrit de la glaise. J’ai appris l’amour dans les bras du temps. A présent, tu es une tache d’encre sur mes phrases inachevées. Parente à mon sourire, tu l’as réveillé. Tu n’es plus là et ce n’est plus que la nuit qui souffre. Je deviens le spectateur de ma blessure et, dans le détachement, je t’envoie quelques baisers au travers de mes larmes sèches. 

Nos pensées diluées sont devenues ventriloques. La vie se résume à la pointe de l’écriture, dans le point que je renonce à apposer. Elle insuffle à l’espérance sa raison d’être.Nous sommes suspendus à l’inconséquence des choses. Et pourtant, nous pesons le poids de nos ferments coagulés devenus du lait caillé. Chaque grumeau bascule vers un autre. Chaque émerveillement se tisse de ses propres fils. Chaque pelure de jour tombe sur la nuit qu’elle éclaire.

 

 

- Bruno Odile -Tous droits réservés ©

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dimanche 5 mai 2013

Léo ferré _ lorsque tu me liras

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Derrière chaque mot un chaos en rut.

imagesCAMXEH4KL’effacement de nos cris est simulé dans l’obscurité. Des ombres voyagent au-dessus de nos têtes sans que nous sachions si elles s’échappent de nos crânes.

Toute connaissance présuppose une ignorance. Ou le contraire. Qu’importe ! Nos cœurs s’enténèbrent. La vérité jaillit dans sa dualité inconcevable. Elle crache nos arguments avec l’ambiguïté fratricide qu’on lui connaît. Mais nos rejets demeurent incompressibles. Nos mains disparaissent et les mots qu’elles tenaient fermement serrés se sont dissous au chagrin décapant. La lumière nous envoie en l’air. Nous flottons. Nous quittons le mensonge affligeant du sentiment qui délabre notre royaume. Le soleil finit par effacer la trace cristalline de nos sucres partagés. 

Nous habitons désormais la forme vide de nos pensées. Tu parles à ma place et ta pensée domine la mienne. Une mosaïque de vertige s’essuie sur ma poitrine. A l’embouchure de nos gestes éteints et de nos voix fluidifiées, nous nous tenons à la poignée des intervalles du monde. Nous sommes deux et pourtant deux n’est plus rien. Une branche lourde cède à l’éclair et tes yeux sont toujours devant les miens.  

Nous avons décloué les croix. Défaits les madriers qui nous servent désormais de radeau. Nous flottons parmi le tumulte des énergies et nos plus petites particules s’interrogent malgré tout : pourvu que le bonheur existe !

L’identité du monde accueille nos visages pelés et nous divaguons ça et là sans surveillance.  

D’anciens sourires creusent l’attente. Des portes s’ouvrent, un chevalet porte le ciel. Encore quelques mots suspendus à tes lèvres, prêts à se briser dans le silence. 

Une présence faite de peurs, de fumées et de grimaces tourbillonne dans le vide. Mémoire à laquelle je ne peux rien extraire d’autre que des tatouages nus livrés à des promesses compactes. Derrière chaque mot un chaos en rut. La parole est chahutée par le hurlement de la mort. Le suicide est ce vieux tronc d’arbre auquel on a arraché les racines. Toute la nuit je marche sous la pluie et j’attends le vent. Et lorsque les branches s’agitent, je cours, déchiré comme cette feuille que tu as laissée sur le bord de ton lit.  

Dans l’ombre une présence s’en va.

 

 

- Bruno Odile -Tous droits réservés ©

Posté par lacollineauxciga à 13:12 - Commentaires [0] - Permalien [#]



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