HS0774_1340625065Un espoir partagé à l’unisson des branches et du vent nous laisse supposer que la durée existe jusqu’à ce nos âmes la tarisse. Je connais des moments fugitifs où la vie semble moins aléatoire. Je les ai touchés lorsque mes prières, mes rêves et la réalité se sont synchronisés. A vrai dire, je crois que la valeur d’un amour dépasse de beaucoup l’espoir que l’on s’en fait. La foi incrémentée dans le cœur est une réponse à nos prières. Le hasard se joue des coïncidences lorsqu’il détermine nos actes.

Je ne suis pas grand-chose, fumée volant sous les arcanes de lumière. Mais, je veux continuer à partager un peu de ce blanc aveuglant dans la pénombre douce de nos émotions.

L’amour se succède toujours à lui-même. Je veux rebondir sur la crique qui t’habille. Ma main dérape, j’ai perdu l’habitude d’escalader le soleil. Mais, je suis toujours là, vivant sous ta poitrine comme le feu de la Saint Jean. Troubadours en goguette, allons cueillir quelques flammes pour composer le bouquet de nos déraisons.

N’écoute que ton coeur.

Viens te prélasser sur les landes arides entourant mon volcan. Vois les jets chauds jaillissants comme une fontaine de jouvence. Il y a un monde dans le monde, une aire calme dans le paysage turbulent, un lieu que nul ne peut franchir sans le consentement de l’autre. Ma peau frissonne là où, polissonne, l’hirondelle va chercher les lames du soleil pour y dorer ses ailes.

« … J’ai étendu mes rêves sous tes pieds ; Marche doucement car tu marches sur mes rêves."  - William Butler Yeats 

Un cœur pour deux, le nombre étouffe. La quantité désespère la teneur d’une seule boucle d’air. Je suis replié au fond de moi-même à la recherche de l’extase suprême. Je cohabite avec la mémoire de l’humanité. Seul, sans l’être jamais vraiment, je plie les draps de mon histoire dans le grand tiroir des ondes muettes. Ce que je fus et ce que je deviens traverse l’heure comme un boulet de sens en fusion qui a perdu sa cible. 

Je ne peux pas croire que l’on ne puisse plus. L’amour est une terre exempte de commentaire. On ne la cherche pas, c’est notre navire qui cogne dessus. Souvent par inadvertance ou par lâcher prise. Mais qu’importe, il y a ce qui soulève et ce qui enterre.

A mon sens, il ne peut y avoir de vertige extrême sans préalablement avoir fait table rase de toutes antériorités à l’intérieur de son royaume de vie. Nous sommes neufs de chaque lumière nouvelle. Nos corps et nos gènes se chargent bien assez à notre place de retenir la mémoire du temps passé. 

Quelqu’un écrivait : « Il faut que les fleurs meurent pour que les fruits poussent. » L'amour, c'est la folie du réel bousculée par l’utopie régénératrice. Toute l’existence est une prise de risque et la peur de vivre, comme celle de mourir, habite le langage sincère de nos richesses et de nos désarrois.

Peu de gens sont prêts à oser. Trop de refoulements et de peurs grégaires envahissent nos raisons boursouflées de survies impétueuses. Nous refusons la dépendance et la souffrance. Nos âmes se culbutent aux miradors des folies ravageuses. L’alphabet de la conscience y perd son latin. Nous sommes des oxymorons en quête de salut. Nous oublions de nous asseoir pour regarder la lune s’ébahir lorsque la lumière passe sa main sur sa face arrondie.  

Partir, c’est revenir ajouré par d’autres lueurs consacrées.

L’Amour est toujours une première fois. Il n’est pas l’expression d’un désir, mais il est la manifestation de la vérité intérieure dans sa plus absolue cohérence. Il ne s’agit pas de le capturer mais de couler avec lui comme une fonte des neiges. 

Il faut à présent se dépouiller de tous nos projets avortés pour renaître à la vérité du monde.

Ta mort retourne à la vie. Elle scande l’unité totale entrevue par la tristesse et le saut de joie qui nous illumine jusqu’aux profondeurs indiscernables de l’être. 

Je dispose d’un cœur pour deux jusqu’à l’aube de mon dernier voyage.

Après toi, je suis redevenu le trait insignifiant, le mouvement absurde de la forge éternelle, l’enfance inexorable qui marche vers la mort. Ta clarté sans pareille m’a rendu le masque du silence immaculé. Tu m’as guérie de l’angoisse qui inonde les cœurs déchirés. Je rentre chez moi, sur la colline, la vie grandie par l’espace que je t’ai consentie.  

L’espoir se dissolve au toucher. L’amour le remplace.

 

 

Extrait de : L’Amour, ce désastre indispensable

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