edb431f1f2ff32db68703573ac314b8blasauvageonne- « Il faut faire avec ce que l’on a reçu », me disais-tu, « il faut faire avec ce que l’on est. Il n’existe pas d’alternative, il n’y a pas d’autre chemin que celui qui nous conduit au fond de nous-mêmes. »

À quoi je répondais, candide : « Oui mais, si on reçoit de la bonté et de la tendresse, l’existence ne peut être totalement désastreuse. »

- « On reçoit le meilleur comme le pire », m’avais-tu répondu, « le meilleur nous laisse exempt de toute fioriture et le pire nous expatrie de nous-mêmes. Il nous délave et nous assombrit, il nous dépèce et nous redimensionne à l’état larvaire. Force est de constater que les bestioles du désastre pourrissent nos vies et occupent toujours plus de place. »

- « Je me refuse à croire que l’existence est comme tu la décris. Il n’y a pas d’un côté le noir et de l’autre le blanc. Cela serait réduire nos possibilités à deux faces opposées. Et, je suis certain qu’elles sont bien plus nombreuses que cela. »  

- « Oui, en apparence, elles le sont. Mais leurs cheminements chutent toujours soit d’un côté soit de l’autre, comme sur les deux arpents d’une montagne. »

- « J’imagine bien que l’on fasse avec ce que l’on reçoit. Mais, j’ai toujours résisté à cette probabilité en me disant, c’est par le refus à la résignation que l’on parvient peu à peu à s’extirper de cette malle comparse où s’abat une pluie noire. J’habite le fossé où mes yeux s’engloutissent. Je rêve de sûreté et de grandes rides nourries d’illusions torrides. Je ne connais rien d’autre que la résonance, le retentissement où tes yeux pleurent et rient dans les miens. »

Et sur les berges infinies, le noir et le bleu développent des fouets de lumières écrues. Au cœur de l’hiver s’emmitoufle le scintillement des cœurs partageant le reflet des gouttes d’argent. Tu provoques la gelure pour lui infliger la douceur des rêves et l’émerveillement qui jamais ne sature l’horizon.

Que tous les cœurs du monde deviennent des ballons d’espérance. Flottons haut et dérivons vers des îles familières, dans l’embrassade des sillons et des vagues gorgées de savoureuses écumes.

Nos cœurs sont des ponts. Des passerelles fragiles où parfois les pieds glissent. Tiens-toi à la rampe et avance doucement. Un pied après l’autre, viens. Nos cœurs sont des voyages, nous traverserons les quais de gares et nous volerons vers des refuges où nous attendent quelques bougies, un mur de pierre et des souvenirs.

Un viaduc stellaire nous conduit au fond de nos racines. 

Le temps est tenu si près qu’il se pavane sur les parois de l’horloge. Les aiguilles vont se dresser, droites, élancées vers le haut et il sera l’heure de quitter le calendrier pour sauter sur une toile nouvelle. Des fleurs, des prés et puis des chants pour ce nouveau voyage. Et nos cœurs seront accompagnés par la dictée des amours heureuses.

 

 - Bruno Odile - Tous droits réservés ©