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Le silence est le berceau du monde. Il affranchit la route du temps. Toute la vie meurt dans son infini. Les ruisseaux de la conscience méditent sur les berges de la lumière. L’amour absolu est désappointé par le vide, la fusion est aérienne. Elle subjugue l’instant de l’union et lui confère le sceau de l’infini. Le vide n’est autre chose que l’énergie suprême. La vie n’a d’ordre que lorsqu’on ne la pense pas. Il est impossible de se désencanailler de l’air qui nous est indispensable. Je te respire aux rives de ton dernier voyage comme un bouquet de tendresse cloîtré sous ma poitrine.

Je ne veux plus que la pensée qui me conduit vers toi soit un bouclier. Je veux me libérer du désir qui occupe mon énergie vitale. Je revendique l’espace infini qui nous relie. Sans lui, toi et moi, nous ne sommes qu’une illusion que le réel rejette. Dans le vide désemparé de la raison, mon existence ne peut connaître que la rigueur morale de l’humanité. Or, l’Amour dont je te parle, est l’accomplissement de ma course vers une lumière absolue, une identité illuminée. Une symbiose avec le tout rugissant des méandres. L’instant est une intuition. Je suis l’événement de ma propre construction. Le mouvement le plus sûr est resté suspendu dans l’immobilité de mes songes. Avec ta présence proche, je retourne en moi d’une seule boucle et d’un seul tenant. Je n’avais pas compris que ce que je possède vraiment est insaisissable. Je voyage dans un cercle. Tout est rondeur, de la terre à la lune, en passant par l’œil et la goutte d’eau. Je ruisselle d’ondes comme notre cabane d’enfance. Le temps et l’amour ne s’habitent pas, ils se rêvent. Je suis le chapitre bouleversé de mon propre rêve.

De poche en poche, l’oiseau sautille. De peur que je m’en approche, il donne des coups de bec, des coups de griffe. Toutes ailes déployées, il file sur la rive d’en face, s’installe sur une branche et continue à siffler dans son latin la grande messe de l’aube où le jour pétille d’impatience.

Tous les casiers de mon cœur sont tombés. Les chemins sont inondés et la voie raccourcie qui me conduit à toi a disparu sous ma langue. Lascaux sur son cheval, lascar dans la pénombre, le bruit du stylo reste ma seule boussole. Il faut achever l’écriture et rire du point qui la termine. Le nom de ta chair est en partance, l’inachevé plante son regard devant. Une épine nous suit, l’œil sanguinolent, je regarde après. Demain est rouge comme le feu que j’ai quitté.

 

 

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©