nahi18_sz3blogA présent, tu peux m’offrir du vin, ma gorge est un tonneau que la rivière traverse. La vie et le rêve sont la conscience du monde. Aimer ne suffit pas à surmonter la peine, mais la légèreté du papillon est complice à son envol.

La joie est cette veuve incontournable venue mourir dans la paume de ma main. La mort dans son arrachement intempestif n’a pas d’autres couleurs à proposer que l’exclamation rugissante qu’elle colporte. Que devrions-nous être, témoin ou juge ? Toute une vie a été mise sous la pression de la conscience. Je ne suis irréprochable de rien. Tout à la fois acteur et spectateur, je cohabite comme je le peux avec la flamme qui me lape. La morale insupporte mon libre-arbitre. Mon cœur a du mal à s’empaler sur le dogme des émotions réfléchies. 

La vie cesse avec la respiration. L’air est plus malin, il parcourt l’espace et le temps sans jamais s’accrocher à quelque chose.   

Nous voilà corroborant l’alignement des heures sans virgules. Au fond de notre chantier, la tombée du jour vient lire les heures froides et dépitées. Toutes celles traînant comme des rabots coupants sur le sol givrés de la déprime. Nos sciures sont devenues des graviers d’argile friable. Il faut à présent se dégrafer de ce jour qui n’en finit pas. Nous devons déboutonner la marge où résident des annotations souffreteuses. L’amour n’est pas une responsabilité, c’est une ouverture. Et, il me plait de t’imaginer ronde, généreuse, ouverte aux frissons des âmes constellées, tendre au toucher, la jupe de vie à hauteur du cœur. 

Amours insensées rompant avec la monotonie du sentiment léger où prennent corps les mouvements de l’âme, je suis un puits creusé dans la pierre dure des perversions. Outre l’équilibre précaire des racines du temps, l’insensé sommeille dans la joie de vivre lorsqu’elle souffle sur le désir comme sur une bougie qui se rallume indéfiniment. J’ai perdu ma liberté d’aimer dans un seul amour. Elle court dans une rivière borgne et je coule avec elle.

 

 

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©