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Les mots se dépensent autant que les neurones souffleuses d’amères prières : en vain. Sur chaque page blanche, la marge s’ouvre au vide béant de toutes les absences qui puissent être comblées. La pénurie laisse briller le cristal de roche où la gaieté demeure et je te vois encore dans ses reflets.

La joie est une ordonnance du rêve. Tes sourires invisibles suspendent l’heure aux crochets de derrière la porte comme une écharpe de laine attend la gelée à venir. Mais l’hiver où tu es partie, je n’ai pas eu froid. J’ai mangé Noël comme un glaçon. J’ai gercé mes lèvres des treize desserts que tu ne pourras plus goûter. Je me suis saoulé au dégoût des absences mièvres, j’ai dansé avec les ombres chinoises qui décoraient les murs de ta présence. J’ai déculotté l’odieuse mort qui buvait dans mes yeux. J’oublierais tout si tu étais vivante. Je me débarrasserais des affres de la mémoire et de mon corps qui souffre et crie au secours.

La vie dépasse toujours les griffures morbides pour s’activer à d’autres événements plus réconfortants. Aujourd’hui, je mesure la durée du sommeil et la fontaine qui coule dans mon ventre est un rocher sculpté à ta mémoire.

Une clarté rouge coquelicot glisse jusqu’à l’éclat des ombres dépitées. La joie est une tristesse raccommodée, un fauteuil à bascule sur lequel on peut se balancer légèrement. 

 

- Bruno Odile -Tous droits réservés ©