peinture_corine_07La réalité serait parfaite qu’elle ne serait pas douloureuse. Le rêve serait magnifique s’il comblait totalement la carence. La vérité n’est pas négociable. La tristesse connaît le parapluie de l’esprit. La pensée se dilate dans l’ego. Plus de bon, moins de bon. Le lien qui attache est souverain. La possession nie l’existence du dépouillement. Je t’aime sans me conformer à l’amour. Tout est infini et sans diktat. L’apaisement repose sur le calme présent en moi-même. La joie advient sans qu’on la cherche. 

Ton absence est devenue une présence entière et pleine. Tu occupes maintenant toutes les pages que j’ausculte. La porte s’est rouverte, tu habites la lumière qui me pénètre. Mon désir n’accomplit plus la gerbe des envies, il plane sur le prélude de mes actes. J’accomplis la marche lente de tous ceux qui caressent la joie pour s’en faire une amie.

Aveugle, je n’ai plus besoin de cane pour effectuer mon chemin. J’ai retrouvé la confiance qui s’était disloquée avec l’effondrement provoqué par ta perte ressentie comme un abandon.

On ne se protège pas de l’absence, on s’accoutume à elle, on cohabite avec le vide. Je boite de mon inconstance à trouver le calme de l’apaisement perpétuel. Je voudrais que l’amour soit une détente, mais il est difficile de maintenir la détermination d’un cœur troué. Tout mon être repose sur l’action qui délivre de soi. 

Aimer, c’est se détacher du désastre pour mieux conjuguer la blessure avec le présent. Incapable d’éviter la tragédie, il me faut l’accueillir parmi la flopée de violences auxquelles l’existence m’expose. Paradoxalement, ce n’est qu’avec elle qu’il m’est possible d’avancer vers la quiétude. On ne refait pas le monde, on coule avec lui d’une banquise à une autre.

 

 

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©