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Trop d’espace me déconcentre. Détestable saveur du monde, ma main vieillit dans cet amour basculé. A l’aube, elle n’écrit plus que des choses usées. La vie maintient le ciel hors de portée. Nos cœurs amenuisent les distances en resserrant la lumière.Une montagne devient papier. Des rires circulent sur une trottinette. La mer se déchaîne dans le fond d’un verre. D’un regard, je remplis l’entonnoir par lequel tu t’es dissipée.

Je réalise ce que la providence articule en moi pour y faire naître ce que je suis. Elle gouverne l’immense part qui échappe à la raison. L’amour pulvérise la blancheur où s’effacent les griefs que le temps amoncelle. Il gicle et s’échappe du lit de nos cratères. Moins pour suffoquer le réel que pour vivre, revivre et s’étonner.    

La mort est l’intermédiaire où la matière se défait, elle exclut tout avenir et pose le présent dans le sac noir de l’éternité. Nous chantons à tue-tête malgré cela. Ta voix récite l’ouvrage des fleurs à l’intérieur de la musique du vent.

Rien n’est écrit sur l’évidence de la nécessité. Rien n’est écrit comme une finalité. L’amour, dans son hasard de merveilles, subjugue et met en lumière l’immensité des espaces ignorés. Et aujourd’hui, j’assume pleinement cet indéfini créateur. C’est à lui que je dois mon étonnement profond.

Dans une simple bouffée d’air, voilà venir l’événement insensé c’est ce que l’on est.

L’amour que l’on a en soi nous suit toujours, partout, où que l’on soit.

Toi, et seulement toi !

Je sais maintenant la tache que tu avais au fond de l’œil.

Toute l’existence repose sur la rencontre. Elle ne peut tolérer la défection d’un lien intime et amoureux. Toute perte est une chute. C’est une avalanche de tristesse qui déboule de la montagne où le loup s’est caché. Plus aucun bruit de branches, la nuit disparaît sous les couvertures du rêve insolent où remuent des images défectueuses.

Le cauchemar ne connaît pas de distinction entre le jour et la nuit. Lumière aigre de la première lampe au fond du couloir, mes mains cherchent la rampe. Tu restes éveillée de ta seule présence dans mon esprit. Nos collines brûlent sans bruit.

Quand un soupir, une grimace et une minuscule fissure séparent l’amour de la colère, les mots s’enchevêtrent à nos cils. Il devient impératif de jaillir de nos paupières closes, il faut aller dehors. Le thym traverse notre jardin au pas de course. Le parfum n’arrive pas à se poser, l’air non plus. C’est un chassé-croisé entre nos cœurs percés d’aiguilles tendres.

 

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©