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Nos amours n’en sont pas, elles sont d’indéfinissables latences. Elles cintrent le chaos dans son expression humaine. La seule idée que je peux m’en faire est surréaliste. Je suis un condensé d’apocalypse. Je suis l’exception inutile que l’univers pressent. Je te reconnais dans la fine coulure de lueur qui perce ma mémoire.

Ne sommes-nous pas des Cro-magnon de l’amour, des fossiles de l’Histoire ? Ne sommes-nous pas un concours de circonstances, un consensus d’éphémères facultatifs, un refrain compulsif, une musique où les notes dansent avant même d’être jouées ?

Verrière brisée, givre tiède, eau décousue, regard décollé, tout en moi parle du cœur pelé de son souffle. Toutes les morts valsent dans la souffrance abandonnée. Vertes coutures où les nuages s’engouffrent. L’inhabitable, c’est le chemin sans maison. Mes yeux se ferment et ta porte s’ouvre. Une joie insomniaque se manifeste comme une encre vire au sec à chaque bouffée d’air.

Toute la blessure s’est posée derrière le mur. L’ombre cuisante est désormais dans la flopée blanche du jour qui plie la lumière. La poussière blanchit la route, blanchit les routes qui se croisent à n’en plus finir.

J’occupe seul cette mémoire commune. Malgré cela, nous sommes redevenus ce que nous avons aimé et nous l’avons crié dès l’aube. Nous cohabitons avec ce moment sec et silencieux qui précède les orages. Ce moment qui coupe le souffle et qui retient le ciel pour que nous puissions y retourner nos faces. 

Nos visages remplissent toutes les coutures. Nos figures se versent dans la nudité du blanc. Nos vigueurs malmenées s’écoulent dans la poussière. Nous sommes désormais réunis dans l’escarpement des ondes qui ruissellent dans l’infini et la terre tremble sous les semelles de mon coeur. Nos yeux sont cloués sur la lame du jour à naître. Nous réapparaissons dans l’air qui s’arrache aux flammes.   

Tu es ma détenue amicale, ma voix sentinelle des mots et des souffles. Je te parle de fibres dénouées mais tu n’entends pas mes rêves. Y aurait-il un désir supérieur dans l’écho ? Le bruit d’une grenade scintillante au milieu du brouillard. Eclats de phrases mal prononcées dégoulinant sur le trottoir des crânes visionnaires.

 

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©