nahi13_sz3blogDans le voile du jour, flotte l’air marin que la colline a oublié. Sur le bord du silence, un frisson touche à la vague disparue. Je te voudrais jubilation dans l’ombre et tu ne cesses de faire disjoncter la lumière. L’air qui porte ta voix, je le respire avec mes oreilles. J’ai recopié tes yeux sur la jetée accidentée où je t’ai solidement amarrée.

Dans la brèche ne vois-tu point venir le renard attiré par l’os de la foudre ? Tes bras sont des branches pour les oiseaux de passage et mon cœur est un fromage tombé au fond des heures creuses. Chaque pas qui nous a d’abord rapprochés de la douleur, nous a, ensuite, délestés de la gravité du chagrin. La joie est une passagère furtive, elle ne cède pas à la patience, elle virevolte dans tous les sens et nous effleure parfois. Mon émerveillement réside dans cette poche d’air et de rêve où je touche concrètement la baie où tu es restée vivante.

A mi-voix, dans l’ascenseur des mémoires, le reflet d’une époque révolue joue des crécelles. Les tuyaux qui sortent de nos bouches sont des aspirateurs. J’avale ce que je vois. J’installe une perche sur ma tête où je fixe sur l’embout un stéthoscope pour appréhender l’horizon et un télescope pour imaginer la mer jusqu’au bout du regard. Les oiseaux sont partis et la terre est plate. Ce n’est pas grave, de toute façon, plus loin n’a pas d’importance.

 

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©