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Je te survis en dehors du deuil exigu des larmes. Mon sanglot est un ballon flottant près des nuages. Posées un temps sur la fontaine, les hirondelles se sont transformées en briques poussiéreuses.

Le blanc sépare la parole de sa détresse. Nous avons bordé la joie effroyable du désastre. Et maintenant l’orage de la nuit ourle jusqu’au bout de la clarté. Nous nous sommes rassemblés dans l’étincelle effilant les angles morts que le silence retient dans sa bouche. Nos cœurs s’y abandonnent. L’ardeur est apatride. 

Le jour fourmille de cicatrices. Dans le souffle qui nous réinvente, une marge lisse où je glisse jusqu’à ta lumière.

Te voir dans la vérité, c’est te rencontrer. Je te surprends dans le fin interstice de l’isolement où se calfeutre le jaune passementé du sensitif que l’émotion rejette par ses trop-pleins. 

Il n’y a pas plus de terre immaculée dans le fond d’une brouette que dans le remorquage d’un tanker chargé de jours de boue. Chacun mesure le fardeau à sa balance. Les mémoires courtes grimpent sur le dos des ânes.  

Plus que le bourreau et sa victime, le chant désaccordé des haches tombent sur le monde à genou. Sans doute, faut-il chercher le ventilateur au cœur de la prudence désorganisée par le cri du monde. L’air et le souffle se rapiècent par magie à l’intérieur de la poitrine d’une nuit d’amour.

Des frissons légers blessent l’horizon chargé d’alarmes et de prophéties. J’écris à une femme qui n’a plus les yeux sur son visage. Sa vie toute entière est une insomnie rougeoyante au fond de mon précipice. Mes nuits sont aveugles et mes paupières closes n’ont pas suffisamment d’épaisseur pour clore l’éternité qui me pénètre. J’ai faim de lampes allumées et de lunes baveuses. Des champignons poussent dans ma tête et je te surprends dans la trace du silence. Ce qui n’est pas un rêve finira par s’effondrer de ma mémoire ouverte comme une huître gorgée d’éclats de douceur.

 

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©