DSC_0044_2J’accède à l’unité formelle qui éclot par-dessus la liberté d’être. Ma terre nous est commune. Un seul rocher trône sur la falaise. Nous sommes dans l’épaisseur intangible des brumes qui nous masquent. Ton visage imite l’eau qui fouette ma poitrine. Toute l’immensité déborde par la serrure. L’absence force la mémoire assommée. Dans mon ventre fermente le jour à naître, celui qui emboîte la signature au bas de la page.   

J’ai allégé ma terre des chalets de mémoire qui poussent dans les montagnes du vertige. Ma vie est une transposition duelliste où se confrontent le vent et la pierre. Elle instaure un autre monde, une autre implication. J’ai perdu la vue dans chaque éblouissement. Je ne vois plus le monde, je le pressens. Je suis collé à l’oreille des feuilles, étourdi par la beauté verte des branches qui se dédoublent avant de s'aboucher dans la vessie chatoyante des couleurs.

Le souvenir d’images amassées tout au long de mon parcours est le nid de mon imaginaire. Toute la matière que j’ai connue se rappelle à moi pour nourrir un équilibre satisfaisant jusqu’à me laisser croire que je suis ce que j’aimerais être. Malgré cela, je demeure le seul auditeur de la musique que j’affectionne. La solitude est partout, dans la joie comme dans la peine. La bouture du rêve comble mes désirs. 

Cette nuit, justement, j’ai rêvé du champ d’oliviers que nous traversions lors d’une promenade, un jour de septembre. Les fruits étaient mûrs et charnus. J’ai voulu les cueillir. Mais ma main ne pouvait les saisir. Chaque olive s’effaçait au geste de la cueillette. Au petit matin, je me suis réveillé avec le goût de l’huile d’olive au fond de ma bouche.

 

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©