cyclope

Tes yeux sont deux bulles de savon où s’éclate la routine. Nos esprits ont une anatomie trop exiguë pour déployer toute la douceur d’une tête qui se pose contre ma poitrine. Et puis, on s’oublie à trop penser à l’autre. Dans le transfert, c’est toute l’initiative affective qui se dérobe. La juste respiration est sans culture. Nos mains se touchent et se croisent. Nous conjurons l’étouffement. Nos cœurs sont des gosiers trop pleins et nos vies des infortunes à saouler. J’ai longuement pénétré le tableau muet de la terre intime et mystérieuse qui nous aimait. Des pigments colorés tapissent encore l’intérieur de ma plaie.

Je m’affirme dans la couleur volontaire. Je poursuis l’évidence qui me tenaille. Trois angles d’un triangle et l’un d’eux pour la fuite. L’échappée en avant. Dépourvu d’amour, je ne ferais rien, je ne dirais rien. Je serais une faïence de plus sur le mur de l’inaction. Tes lèvres sont tombées, je m’engage à les relever, à les tenir hautes par-dessus les buées. Les aboulies pèsent la chair que j’énonce. Des morceaux de peau châtiée recouvrent les impuissances à dériver du sort des choses.

Légères comme la persuasion d’une caresse, tes mains crachotent le feu aux supplications de l’âme. Nous tenons ensemble sur le sommet d’une fleur. Les rêves ne dépendent plus de nous. Ton corps marche dans le mien. L’existence nous prie d’entrer dans un placard noir. Nous échappons à la mort en résistant à la vie. Nos pas avancent dans l’échancrure de l’irrésistible désir qui nous possède. 

Le soir s’intègre au jour comme une huile désaltérante. Nous nous sommes repliés dans le songe des fées. A l’inverse de l’obscurantisme ténébreux, cette lueur qui dépasse la nuit rebondit dans l’éclair de ma voix. Nous flottons comme des cheveux d’anges que le vent fait danser au-dessus du champ de tournesols.

Nous ressuscitons de l’amour qui nous guide. Nous nous réincarnons dans le parfum de nos haleines d’enfant. Des arbres et des oiseaux, des souffles et des frissons accompagnent notre métamorphose volontaire vers des sensations immuables.

 

 

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©