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La rupture d’un lien affectif se traduit souvent par un conflit de la conscience. Les désaccords avec la réalité préfèrent se dissimuler plutôt que de se livrer. Cependant, je n’aurais pu me présenter à la mort sans avoir préalablement démaillé cette toile sensuelle dans laquelle je suis empêtré. Je crois toujours que pour mourir heureux, il faut pouvoir partir léger et consentant. C’est absurde cette idée de bonheur. Mais, elle me poursuit jusqu’au seuil de tolérance. Plutôt que de bonheur, je devrais parler d’émancipation ou de détachement. Je devrais me résumer en évoquant l’amour libre de soi et des autres. Tu sais, avec l’âge, l’égocentrisme fait lui-même la part des choses. Nous aimons pour nous accepter tel que nous sommes. Nous avons besoin de notre propre estime si nous désirons nous délester de tous les antagonismes qui nous accablent. Sans accord de la raison, nous sommes tout et son contraire. Si nous étions seuls au monde, nous n’aurions probablement pas besoin de cette incontournable émotion. Nous appellerions l’amour autrement.

Je te parle et je t’évoque parce qu’il me plait de m’opposer à l’indiscrétion du silence. Tout ne se dit pas. Certes, la poésie et la métaphore nous ouvrent des portes plus grandes. Mais à l’intérieur de moi, tout au fond, le segment qui saigne est d’abord celui de l’essence d’où je proviens.

Tout ce qui m’est irrésistible naturellement m’oblige à des choix. Je t’ai choisie comme la contagion la plus subliminale qui soit. Et si je persiste à te faire vivre malgré moi ou malgré tout, c’est parce je suis incapable de me libérer autrement que par une communion totale. Je ne sais démissionner du feu qui flocule en moi jusqu’à coaguler par la flamme qui me contrit. L’idée d’absolu et de fusion collabore avec la disproportion qu’il me faut atteindre pour obtenir davantage de reconnaissance de moi-même. Et, je suis tenu au bleu du jour comme à l’obscurité harcelante sans que l’un d’eux ne se dérobe à un équilibre toujours en porte-à-faux.

Je n’ai rien choisi. Les événements plongent mon être dans une canopée qui n’est pas mienne. Tu es ma source étrangère, mon lac inconnu. Lorsque l’émotion est rebutée, tout le senti se transforme en faillite. Ma vie désarticulée baigne dans l’air transparent. Mon cœur flotte comme un navire fantôme. J’amorce l’eau pure à la barge fendue.

 

 

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©