la_priere_de_sorya1

Le point d’origine qui nous accable est dans la fuite. Des grosses vagues dessalent le jour qui vient. Une vie dans une vie s’est abandonnée aux sèves des nuits dégoulinantes. Nos yeux dans l’entonnoir, nous mangeons à la paille engrangée. Tout est indéfini dans cette multitude de jaune ocre. Et nous sommes contractés comme le péril au fond de nos poitrines. Nous sommes un point sur la mire vieillie du silence. Le vertige joue au somnambule à qui l’on bande les yeux. Quelque chose de dur remue à l’intérieur de notre passé. Des coffres d’air et d’humus s’ouvrent et se referment aux rythmes de nos soupirs. Nous rampons dans l’ombre poisseuse comme des bêtes apeurées après le claquement du tonnerre. Nos souffles broussent le dessus de l’eau. Nous avons quinze ans, nous avons cent ans, nous avons mille ans. Nos veines sont des cendres et nos cœurs des pierres gravées de secousses. 

Nos pensées sont des zigzags de pollens. Nous avons quitté la terre ferme. Nous sommes tributaires d’un désir plus fort que nous-mêmes. Tes yeux sont des pales tournantes où mon existence s’enroule. Derrière l’aube, une étendue encore plus vaste sent la naphtaline. Mon cœur bat dans la rigole de nos enfances. Nous habitons dans une cachette plongée dans le sang du monde. Ici, nous sommes bien ! Nous sommes nous-mêmes comme dans un miroir où s’envolent par millier des hirondelles bleues.   

Plus aucun vacarme ne s’oppose au silence. Nous marchons avec des pattes d’oies et nous dansons sur le cristal de nos fous rires anciens. Nous trinquons à la conciliation des âmes vidées de leur jus acide. Tu deviens ma fête et ma gigue. Ta voix est le cataplasme d’ondes qui enrubanne le corps que je n’ai plus. Le point d’infini a perdu la trace de nos pas. Nous sommes ailleurs, loin des feuilles du registre natal, sur le tranchant d’une lame inusable.

 

 

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©