imagesCA1AXHTKLe mot ne pense pas, il indique. Toute une phrase ne peut porter en son sein la complexité d’une pensée. Le vrai code est dans le son qui retentit de l’alphabet que l’on occupe avec intensité. Je pourrais t’écrire des milliers de pages sans que tu puisses en deviner l’exacte signification. Je formule l’essentiel de ma pensée avec le plumeau que je trempe dans le ruisseau de mon existence. J’extirpe de mon cœur le silence qu’il contient depuis ton départ. Je n’ai d’autre outil que l’émotion déferlante à l’intérieur de mon sang. Te dire je t’aime, c’est à la fois t’exprimer mon ressenti et te convoquer au banquet de mes troubles. Mais, je ne peux mieux te le dire qu’en te serrant dans mes bras. Nos vies sont des filets de lumière qui se croisent, se tissent et se dépelotent incessamment. Nous sommes le lien à son paroxysme, unissant la foudre et les métaux. Nous sommes l’échange insoutenable qui nous transfigure en permanence.  

Plus loin, il ne reste de la vapeur fusionnée qu’une écume grisonnante. Il reste le drap de nos peaux cousues sur nos voix mélangées. Le pas qui me porte empiète sur le poids du temps. Mon amour est sismique, il brandit le feu et ouvre des failles sur toutes les terres. Des ravins impromptus se déplacent de toutes parts et piquent l’air que je respire. Lorsque je brûle, c’est le chagrin du bois de nos pinèdes que tu entends. Non, ce n’est plus l’ombre solitaire que l’on écoute dans la forêt, mais le cri de ma misère qui se couche sur le papier.

Par ici, ma langue épouse le bazar des siècles ingurgités par l’ombre qui brille sur les sommets du néant. Ma parole flirte avec les différents parfums de la terre qui se sont mélangés pour devenir une odeur sans odeur, respirable par tous. Le silence retient dans ses veines la débâcle du temps. Le ciel, au-dessus de la colline, est comme dépouillé de l’histoire qui le fait naître. Voilà, maintenant, que je te porte en moi comme les ressacs transparents des routes parcourues. La chute du temps nous a suivis. Des heures ruinées coulent dans le jardin qui nous entoure. Ta voix patrouille au-delà de mon esprit. Plus rien n’a d’impact que la floraison des mémoires intempestives. Dans un coin perdu, un souvenir se déshabille sous le regard figé d’un bruissement d’écho. Tu es là toute entière. L’énigme de la mort est un grain d’ondes dans le grain récolté. Le hasard à foison s’éparpille comme une neige de pétales blancs. Ton corps manque toujours à l’appel du jour et cependant il remplit la lumière qui caresse ma peau.

 

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©