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Je racle le fond de ma mémoire et c’est à peine si j’entrevois la Montagnette où nous avons grandi. Nos cœurs s’allument dans la matière sédimentaire, puis s’échappent, légers. Il pleut des hallebardes au pays des unissons. Le vent effiloche la tristesse vieillie. Un reste de toile échouée essuie doucement le souffle liquide qui l’agite.

Je te cherche dans l’alphabet défiguré par le givre. Nos yeux roulent sous d’épais brouillards froissés par les glaciers éternels. J’utilise les mots comme un alpiniste se crochète à l’altitude des roches disparaissant dans les nuages. J’ai de la neige dans la bouche, et ma langue grelotte comme une clochette mordue par un blizzard redoutable. Ma poitrine, debout comme une forêt peignée de cauchemars perpétuels, fouille les mousses qui cachent l’issue par laquelle je pourrais te rejoindre. A nous deux, le silence ne sera plus seul. Il ne chapardera plus aux remous des mers de glace. La clarté de nos âmes réunies embrasera l’obstacle des nuits futures.  

Je me détériore trop sûrement dans la mémoire où l’air tourne en rond. Nous sommes insérés au paysage sans fin et toute attente provoque une gangrène. Nos morsures sont des bruits encochés à l’ombre tourbillonnante. Nos figures pleines de cendre hurlent le calme qui nous engloutit.

 

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©