hommage_nepharene

Hier comme demain, heures roses, heures noires, ensemble sur la grappe des jours qui offrent du pain plutôt que du marbre. Mon cœur te bricole encore. De larges baies s’ouvrent derrière le rideau froissé, une ligne horizontale porte le deuil comme un sac de diamants en bandoulière. Les épaules hautes, le profil élancé, une digue tendre s’élève là où dansent des fantômes presque nus. J’attends mon heure, les poumons aux aguets d’un fil de lumière dans l’obscurité tenace. L’inexistant fait rage à profusion. Mes rêves ne pensent plus, ils achalandent les reflets de l’invisible où mon cœur se met à jour. Ta voix, fidèle rameau de musique, accompagne le jour qui se lève. Dans le silence intermittent, la lumière prononce à mi-voix le présent qui s’enroule autour de ma poitrine. Une joie se saisit par-delà les ombres environnantes et ton prénom que je murmure lentement retentit comme un roulement de tambour au cœur d’une forêt. 

Partout l’espoir assiège la violence et la mort écurée. Le mouvement de l’air modifie la campagne et des oiseaux ne trouvent plus de branches où se poser. Le monde et la terre changent. Hier s’efface pour laisser place à l’alchimie des jours renouvelés et la mémoire du beau et du bon demeure un feu follet sur le tatouage du ressenti. Nous inscrivons nos joies par-dessus les broussailles et nos révoltes grondent à l’intérieur d’un silence d’apparat. On ne change pas le monde que l’on écoute, on modifie sa perception pour contourner l’amas de graisse poisseuse sur lequel nos cœurs glissent comme des cailloux jetés hors de nos bouches. L’utopie se meurt et le rêve réinvente le souffle. Les heures désincarnées vont rejoindre les cimetières de braises anciennes. Aujourd’hui ouvre ses bras et il nous faut conserver la parole au-dessus du brouillard où se perd l’audace de croire que demain chantera les aubades resplendissantes. Nos yeux conservent l’éclat de la surprise et de l’étonnement tout au long du parcours.

Pour se réapproprier le bonheur, il importe de risquer la liberté, d’en assumer la démesure. L’ivresse m’envahit lorsque j’arrive à toi sans plus aucun tiraillement. Lorsque l’amour me saoule et m’inspire sa déraison.

 

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©