couverture_livre07La marche a modifié la douleur. Elle a temporisé le désordre. Je suis à présent couché dans la faille des unions lointaines, des incendies déshabillés et des sagacités sans discernement. Aucun lampion ne grille aussi férocement que l’éclair. Toutes les lanternes enfourchent la nuit endeuillée de lunes baveuses. Le noir absorbe comme un buvard de soie les grives prisonnières dans la caverne à sanglots.

Je marche avec toi et nous avons l’eau à la bouche. Nous sommes dans un coin du ciel, nous sommes le mendiant solitaire couché sur la rétine des étoiles. La vie appartient au souffle, elle s’accroche à l’air pour voyager. Quelquefois, elle s’abîme sitôt le jour posé sur le mur de nos défaillances. 

Nos casiers sont dépeuplés de tapages iconoclastes. Nos regards s’appuient sur d’autres palettes. Nos yeux sont des pinceaux usés distribuant le chant du monde comme un levain. Nous habitons une vaste étendue arrachée au geste solaire et au baiser des lunes roses. Nos bulles d’espérance sont des syncopes, et notre évanouissement pleure dans le vide. Nos cœurs sont des brasiers ardents, des travaux purulents, des révoltes audacieuses. Ils puisent à l’obscurité la moelle résiduelle de nos résonances. Les ondes sont des lueurs qui traversent nos êtres comme des charbonniers creusent le ventre de la terre pour en remonter des cailloux noirs. La cicatrice est un sillon tracé dans notre terre. Elle se transforme en un blanc ahurissant et aveuglant qui crève les yeux des apparences.

 

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©