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Tu n’es plus morte. L’au-delà demande trop de sacrifice. L’inconnu conserve ses questions sifflantes. Quelquefois oppressantes. La mort est un pont suspendu que rien n’attache aux berges voisines. Elle aère l’existence. C’est un verbe sombre, un écho nocturne diffusé dans le berceau des énergies déstructurées.

Notre communion prend la forme d’une île déserte qui cohabite avec l’odeur du silence. Des milliers d’abeilles se sont regroupées sur les fleurs coupées par la moissonneuse des histoires courtes. Les battements d’ailes coordonnent la cueillette renversée. Chaque mouvement s’expose au désordre de l’immobilité. Chaque geste risque la collision avec nos parfums. 

L’existence rejaillit toujours d’elle-même. Elle est matérielle en dehors de la parole. Il peut s’agir de la penser ou de la rêver. Qu’importe ! Le tour de force est de saisir l’insaisissable. L’amour illusoire, le bien fondé des ondes qui nous relient sont à l’abri de la mort. Nous flottons aux crêtes des luminescences parce que le plaisir sans jouissance perce l’aube. La parole nous tient en éveil. Le chaos n’a pas souffert de ses hémorragies et nos empreintes ont laissé du sable dans la pluie. La mort que je vis avec toi défait les flots d’aurore incrustés à mon oreiller. 

Le rêve amoureux construit des nuits où se restaure ton visage. L’air est une fusion. Tu te résorbes au-delà. Comme toujours, le calme s’effondre lorsqu’on part à sa découverte. Il est livide comme un hall d’attente abandonné par la couleur. C’est un refuge momentané qui ne connaît pas la claire fontaine frémissante parvenant de tes yeux. La paix est une incursion fraîche dans le regard des ombres.

Un oiseau immobile guette la fenêtre qui s’ouvre. La lumière tombe d’en haut. L’heure palpite après que nos pas se soient arrêtés. Le naufrage est incertain, il n’habite aucun lieu précis et il ne laisse voir que la tête du chapiteau dépassant l’azur. Un feu se brûle lui-même. La flamme a rompu avec sa torche. Elle hurle au ciel sa fumée grise.

Le cœur pulvérise la distance séparatrice et frappe les parois du vide. Nous venons de la mémoire des foudres. Nous passons et nous digressons. Il ne reste qu’un rêve épais sous la chair du réel. 

 

 

Extrait de : L’Amour, ce désastre indispensable

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©