imagesDR8TLNYMJe voudrais encore écrire, mais ma main flanche. Les mots du récit s’enfuient.

Paradoxalement, je m’assèche là où la source est la plus dense. Des milliers de ruisseaux au fond de moi se durcissent et deviennent des lames tranchantes. Je n’écris jamais autant que je ne brûle. La flamme intérieure est plus puissante que mon récit.

A l’évidence, il me faut déconstruire sans détruire. Défaire la brume épaisse des mémoires nouées comme des nœuds de cravate ceinturant l’arbitraire de la déroute. Dans l’écart et le recul, toutes les plaies béantes ont craché leurs vermines. Elles se sont asséchées comme des cicatrices croûteuses. Elles sont devenues de nouvelles collines à explorer. Mon cœur troublé arpente la montagnette avec l’espoir d’y découvrir une nouvelle clairière accueillante.

Il nous faut démolir toutes les chapelles et tous les clochers. Et, si tu veux bien, démantelons jusqu’aux ruines gisantes de l’apocalypse. Arrachons de nos têtes toutes leurs mémoires, et laissons-nous dégorger du sel qui nous pique. Mon existence ressemble à une route sans maison fixe. C’est un lieu désarticulé de tous les futurs possibles où la passion crève la panse joufflue de toutes les raisons. Et pour accéder à une parcelle de vérité, il m’est nécessaire d’évincer le double jour qui obstrue la clarté.

Nos baisers sont des fuseaux horaires, nos caresses des livres de mémoires poussiéreuses. Nous devrions briser l’air de sa coque ancienne et nous défaire sans nous quitter. Ensemble, nous pourrions repeindre le monde aux couleurs de nos humanités primitives. Cette joie que j’ai tenue, si ardemment, haute dans l’air, elle se découd lentement et se dilue dans le bitume lissé de l’univers. Tous mes souvenirs connaissent la passoire qui filtre les émotions. A présent, je n’ai dans les mains plus qu’un pétale desséché de la poignée de sourire dont nous avions fait un bouquet. 

 

 

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©