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A mon tour, si je savais pleinement déverrouiller mes lèvres, il me faudrait plonger plus loin que mes cris condamnés à l’exil. Peut-être, arriverais-je ainsi à ciseler tous les sourires anciens qui remontent comme des rots chargés de rouille fiévreuse. Je sais à présent qu’il n’y a pas d’heure et qu’il n’est pas de temps exact pour que les mains déliées ne se replient sur la poitrine du jour. Chaque mot se recroqueville sur les commissures desséchées de l’espoir. Il n’existe pas de temps pour mourir ivre de nostalgie. Il n’y a que le murmure strident de l’absence plié sur le coin de mes yeux.

Souvent, j’ai convoité des haltes douces, des alcôves de répit, des parenthèses renfermant et protégeant la quiétude fragile. J’ai battu le vent pour qu’il grimpe plus haut. J’ai disputé l’éclaircie aux sombres marasmes des angoisses. Aux pentes abruptes des falaises, l’adieu est devenu ce caillou qui roule dans la poussière blanche. Certains soirs de pleine lune, je le vois glisser comme une lueur aveuglante dévalant le ciel à grande vitesse. Une boule de blanc traverse l’horizon puis elle sombre dans le tournis des siphons de l’univers qui avalent tout l’océan de ma tendresse d’une seule goulée. 

Une présence demeure dans le vide concret. Le temps pioche une erse dans ses stocks, puis s’abat comme un profond coup de hache à double tranchant. Nous sommes à la limite. D’un côté, l’effondrement des heures, et de l’autre l’espace rétréci de soi. Nous sommes dans la parenthèse, dans l’oubli façonné par la raison sectionnant la frontière. Le temps est cette valse fugace, ce tango aux pas légers fourmillant d’ombres musicales. Les heures sont des méningites, des atrophies ostentatoires où flambent nos mouvements. Partout, dans la respiration du monde, j’entends parler des voix. La tienne parmi la meute. La tienne écartée de la foule, plantée dans le noir comme une lanterne douce.

 

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©