images7P9PV3QCIl n’existe pas de regrets assez nourris pour qu’ils nous hissent aux cimes pointant au-dessus de notre seule existence. Il n’y a qu’une fatalité morbide clapotant les siècles de désespérance. Bouts de ficelles du temps dévastateur desquelles on ne peut s’évader autrement qu’en égorgeant l’existence déviée de la route choisie. Le renoncement encourage à se soustraire aux forces plus violentes que l’amour. L’hiver approche et les heures vont devenir des mottes pleines de froidure. Nos crânes enfumés serviront d’allumettes au désastre. 

Ta mort n’a pas d’usure, elle conserve le relief des feuilles d’automne. Tu es devenue la tentation suprême, le pinacle apparent ouvert à la matière vivante. Alors, je te retiens dans mon souffle et je te préserve malgré le gel séparateur dressé comme le mur de verre. Comment ne pourrais-je pas te suivre ? L’attirance est savoureuse, douce et légère. Rien ne saurait plus me retenir vraiment loin de toi. Ainsi, je me risque toujours à cet instant où tu embaumes l’air. Je ne sais pas résister à cet appel de tendresse. 

Plus mes rêves pensent à voix haute, plus une hémorragie de sentiments purulents se glisse jusqu’au son de ta voix. Le rythme accordé à la respiration est celui de la vie promise sur le fond d’un fossé engorgé de débris. Je parle à ton fantôme en me rapprochant de la rivière de cendre qui me traverse. Bien au-delà du cordon temporel, la matrice persiste à rêver l’amour aux mains blessées d’innocence. Partout où le néant se dépose comme une poussière invisible, il suggère immédiatement un écho, un rebondissement de ta silhouette décharnée et le reflet surgissant d’un mur coupe flammes.

La lavande sauvage me rappelle sans cesse l’haleine de ta mort errant sur le chemin. Ton fantôme est dans la brèche qui rejoint le ruisseau. Au-dessus de l’entaille rouge, la corde du funambule est aussi raide que celle d’un pendu. Souvent, il me faut me retourner pour y voir plus clair devant. Mais, la terre étalée dans mon sang n’éteint pas l’incendie qui brûle partout où tu me suis. Maintenant, les collines se dressent comme des remparts de garrigues brûlées face à l’érosion de mon interminable sensation d’abandon. 

 

 

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©