HS0774_1340625065Ce qui remue à l’intérieur des fibres chaudes fait vibrer le papier et l’encre. Je me reconnais dans ce que tu as déposé au fond de moi. Un peu de tabac froid sur les parois de mes veines et quelques tranchées à vif sous le ciel de la colline. Une vie court pendant qu’une autre peine à se défaire de l’encombrement. Des outils rouillés et des malles de semences asséchées occupent toute la grange du souvenir.

Je dois impérativement faire le vide. Extirper et décrasser. Tondre l’idée à sa plus simple expression : oui et non. Des bateaux chargés à bloc s’empressent de mettre les voiles. Aujourd’hui, je le sais, la vacuité avalera jusqu’à la façade du jour. Elle débridera la torsion des volets qui m’empêche de te voir. Tu m’as quitté comme une prière rejoint le bénitier du temps et un peu de moi t’a suivi jusqu’à cette eau claire. A présent, j’occupe une multitude d’espaces vides et des rumeurs résistantes brassent l’air que je respire. 

Mon cœur s’entoure des anneaux de Saturne, le feu enserre le vent de tous les souffles. Par ici, tous les recueillements s’enlisent dans les flammes. La mémoire est absurde : elle se défait comme une catin qui vend ses charmes. Ton visage est une braise encore tiède. Mes mots sont un repas froid. Mon sang s’échoue sur les lèvres entrouvertes d’une parole étrangère. C’est l’ingérence des brûlures de la première aube. Le tout premier jour devait être une parole liquide, une parole incandescente. Une parole caustique enfourchant toutes les langues.

Et mon murmure est composé d’allumettes. Une bougie sans cire reste éveillée dans le noir, dans la dureté du noir total. Même la nuit ne résiste pas. Elle s’enfuit ou s’évapore. 

Aimer n’est pas un choix, j’en suis convaincu. C’est un secours, une assistance pour les âmes solitaires. Aimer ouvre des portes sur nos regards blessés. Aimer nous encombre des soleils imaginaires que nous aurions voulus droits, hauts et éclatants. Aimer est la parole de l’instant où suffoque le présent. T’aimer, encore, c’est vivre d’excipients dans le terrassement de mon propre volcan.

 

 

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©