HS0065_1359021580Crois-tu que l’on puisse t’atteindre simplement avec quelques bribes d’émerveillement ? Il y a dans l’amour un savoir qui nous précède. Et les attirances sont inscrites au canif sur les écorces d’arbres. Nous sommes incontestablement grimés sur toutes les façades du jour. Même les rigueurs frigides de l’oubli n’ont pu effacer nos deux prénoms. Des milliers d’Odile et de Bruno vivent dans d’autres corps, dans d’autres forêts. 

Parfois, il m’arrive de penser à cette mort lointaine, à toutes les planètes qui peuplent le ciel sans que j’en connaisse leur existence. Je pense à ce qu’il peut y avoir d’inconcevable, à la lumière qui meurt avant de nous parvenir. Aux pluies d’étoiles qui s’écoulent sur des lunes restées à jamais dans l’obscurité de l’univers.

Une rose des vents sur des chemins écartés. Il me faut survivre aux pas du fantôme qui hante ma mémoire. J’ai ramassé toutes les nuits en une seule. Perlée de bleu et d’écarlate, je t’enjambe. Art sacré du plaisir, le vif de la lumière est dans mes veines. Nos vies éboulées cohabitent dans la cicatrice. Je pense à la mort comme on pourrait imaginer une résistance plantée dans le ventre des refuges incertains. Même les ombres font du bruit.

Et puis, je t’imagine partie et perdue, comme une sorte de pluie sur la vitrine du temps, et les gouttes que je vois ruisseler doucement me sont inaccessibles. La mort, il me semble la connaître un peu. Je crois la savoir au fond de ma gorge et sur le bord de mes hanches. Chacune de ses frontières est bordée de terriers et de loges inexplorées. Il m’est arrivé de me cogner à ces buissons inhabitables qu’aucun bruit ne traverse. Il n’y a rien à atteindre, hormis l’indélébile encre de Chine qui vient à notre rencontre. L’air est replié dans un fossile impénétrable. J’y ai senti une matière si dense et si compacte que toute mon émotion s’est rassemblée en un seul étonnement. Depuis, je ne m’isole plus, c’est l’estomac de la lumière qui me digère.

 

 

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