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Toi, bien sûr, tu es venue au monde à la fin de l’hiver, à l’heure où tout se prépare à foisonner. A l’heure où les futurs bourgeons se contractent dans leur sève nourricière, et où la nuit s’éteint pour donner lieu à la pétarade de lumière et de couleurs. Tu es née de cette promesse vivace que transporte la salive ensemencée de grâce. 

Tu vois, nous ne pouvons nous affranchir des saisons. Chacune d’elles a ses secrets et ses mystères. Nos yeux sont des étamines que le vent transporte. Ils fécondent dans le souffle de l’évidence silencieuse. Nous ne pouvons voir le miracle qui s’organise à l’intérieur. Nos yeux sont aveugles à la bonté du monde et c’est ainsi qu’ils se heurtent à chaque joie qui vient. 

Il nous faut consentir au tremblement si nous espérons atteindre la solidité du rocher qui attend sur la berge. Fragile et vulnérable, le cœur battant s’effrite à la râpe sanguinolente du vide.

L’émotion qui se murmure dans le lit de nos rencontres est une attente dénudée. La nuit attelée aux mirages de l’amour livre nos cœurs étouffés sur les rives inondées par le croassement des étoiles. 

Parfois, on a conscience d’être une particule de la joie du monde. On sait qu’il nous faut rassembler toute l’énergie dont nous disposons pour nous maintenir dans la main de l’autre. Des signes séculaires brandissent leurs étendards malgré le vent rageur. Le feu est un gouffre où la lumière attend qu’on vienne la prendre.

 

 

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©