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Je crois en la force de l’amour conjuguée à la puissance du rêve et je préfère l’illusion constructive à la réalité désastreuse. Mon choix est purement métaphysique. J’adhère à l’absurde et me fabrique une audace resplendissante. La vie toute entière est une perte. Un lacet défait, une cure de rébellions et de réactions cutanées. Quel autre choix nous reste-t-il que celui de se rapprocher de l’humaine tragédie des gouffres sulfureux pour y bâtir un nid d’émotions ?

Nos voix passent et repassent sur la flamme du désir comme une viande mal cuite. Les mots emportent avec eux les sortilèges à moitié calcinés et notre envoûtement postillonne des étincelles meurtries.  

 

Mon cœur est une clé restée coincée dans la serrure du jour. Toute ma salive t’enrobe comme une vie à naître. J’ai la sensation d’être la nourrice d’un temps mort. Tu occupes ma chair comme une catapulte romaine utilise la force de torsion. Tu rejaillis d’un feu lointain, tu m’éclabousses d’un lieu sans équivalence. Je suis fouetté par le tourment qui lacère les ombres. Je ne sais plus d’où vient le bruit. Je

 ne sais rien de tout cet air perdu. Mais ici, l’ignorance est terre d’accueil et terre d’asile. L’oxygène pur est euphorisant.

 

Je suis touché par la grâce et le purin des songes. Mon vertige s’accouple au bois mort qui flotte sur la rivière des émotions. Le cœur serré, l’attente émoustillée, la main moite, j’accoste un rêve qui semble plus grand. Hors de sa gangue d’angoisse perfide, il m’attire et m’aspire comme une dentelle de fumée tournoie à l’approche du Mistral. 

Mon incapacité à deviner ce que je ne sais pas torture un moment ma réflexion. Puis, je me raisonne : tout le monde porte une croix sur l’épaule du chapitre des âmes pures. Mon chemin de prières devrait me conduire à l’humilité et au pardon. Mais je n’ai pas trouvé la coupole de tes yeux, je n’ai pas saisi la main des Saints et je n’ai pas touché tes lèvres.

Mes racines brûlent la terre, brûlent le feu. Mon corps tout entier devient une pierre taillée par le vent comme celles érigées sur le site de Stonehenge*. Je suis de l’autre côté de la solitude, je suis à plat ventre sur l’énigme. A califourchon sur l’ignorance.* (monument mégalithique érigé entre -2800 et -1100 qui signifie « les pierres suspendues ») 

 

- Bruno Odile -Tous droits réservés ©