imagesCAX1MLZATout s’est détendu subitement. L’air des cimes est un acrobate virevoltant. L’eau pure des vignes s’écoule doucement dans ma gorge. Mes racines s’enivrent et la lumière du ciel colle à mes rétines humides.

L’attention qui m’unifie ne dure qu’un instant. Nos cœurs se confondent et nos consciences s’évaporent. Le réel est présent mais nos pensées dansent au-dessus des marais. Des parfums nous piquent le nez et nos peaux gonflent comme les voiles blanches d’un bateau qui va rejoindre l’horizon tout au fond du bleu.

Faut-il avoir le courage de son naufrage ?

La lucidité va avec l’angoisse. La vérité tue. Sûrement. Faut-il donc composer avec le mensonge ? Rien ne demeure intact, excepté l’infini. Etrangers, sauf en cette soif où affleure une eau impénétrable, nous buvons inconsciemment à la source profonde. Nos petites vies sont des sacrifices et des oriflammes dorées jonglant aux lisières des espaces déterminés, clos de frontières naturelles. La terminaison de notre histoire replie la mosaïque d’un temps déroulé, d’un passage furtif, d’un lieu de départ continuel, d’un périssable permanent. Clamer sa vérité serait prétendre l’avoir trouvée. Du moins, partiellement. Et te dire la mienne n’a de sens que si nous acceptons de l’écriture son tombeau et sa course avide vers l’indéterminé des fuites.  

Dans cet artifice, aucun amour ne peut être le bonheur absolu. Mes sentiments sont des mirages palpitants au gré de la romance que j’accorde à notre histoire. Ils résonnent aux rythmes surdimensionnés des fantasmes qui me régissent. Mon cœur transfigure la réalité et protège mon existence d’une solitude amère. Ma survie dépend du regard que tu m’accordes et de l’affection inébranlable que tu déploies autour de mon âme comme un ruban de fleurs et d’insouciances.  

Que s’est-il passé ? Je ne sais pas. Un décrochage vertigineux immaîtrisable. Mon cœur est dans un terrier. Mes sens sont blottis contre la terre. Mon souffle est aussi lent que celui du sommeil des nuits de pleine lune. Mes mains n’arrivent plus à saisir, mes poings sont fermés. Ma langue flotte comme une hirondelle plane dans le ciel. Mes veines sont des fuseaux horaires et d’infimes grumeaux rouges s’envolent vers des destinations inconnues. Je flotte en moi-même et je dérive je ne sais où.  

 

- Bruno Odile -Tous droits réservés ©