« Je vous regarde, mon amour, et il me semble que j’apprends à naître, que des regards viennent au bout de mes doigts, de ma respiration, que ma peau se dilate de la lumière d’aimer, que du ciel agrandit mon regard de plus de bleu et que je vais me dissoudre de cette porosité qui me fait l’être comme une seule traversée.

Comment m’étonner de la tourterelle qui s’ébroue dans ma gorge, de mon cœur qui s’affole et bat des ailes dans une cage si étroite pour contenir et embrasser tant d’éblouissement ? Ce qui me prend et m’essore, c’est à la fois le grand rire clair des vagues qui sèment les galets de dentelles à foison, et une brûlante envie de pleurer, entre un vertige et un ancrage, un lever d’aurore et une nuit de velours comme une soif sans mesure : pourtant, où ne suis-je pas comblée de cette joie, immense et pérenne - non, à demeure d’être ?

Quels mots lever pour dire l’ineffable, la douceur, la violence d’aimer, la tendresse et l’amour fou, le besoin de regarder, encore et encore, le sourire de celle que le bonheur a enfin conquise ? Quel mot prononcer, pour dire l’intime et le souffle buveur de bleu à grands traits, quel mot, sinon merci, ou jevousaime - mais ce sont sans doute, sous le froissement des syllabes, les mêmes sèves, les mêmes frissons, la même gratitude, sous nos paupières. »

 

Extrait de : Divines empreintes, Editions Le passeur, Page 15