imagesCAYI979FL’absence se joue de moi dans ce baiser dépeuplé de tourbe. Aux bouts des pontons qui vont se jeter à la mer, l’aventure de nos chairs connaît toujours la décadence désastreuse du vide. A l’extrémité des mots, un équilibre viscéral s’attache aux heures qui s’inclinent puis qui déclinent. Nos lèvres trébuchent sur le manque. Elles s’enfourchent au pieu dérisoire de l’immortalité. Ainsi, nous nous évadons dans l’auge vierge des heures nues où nous croisons les doigts du temps pour mieux l’occuper.

Dans mes yeux, des relents. Des gouttes de rire et des papillons poursuivant leur course inépuisable dans les jardins éclairés du temps. Des moments joyeux se trimballent inopinément de fenêtres en fenêtres, de portes à portes comme un laitier distribuant sa cargaison au pied de chaque seuil. Chaque élan vers toi est un ciseau découpant dans la toile rêche. Chaque rappel de présence siffle l’effarement comme une trompette connaît le souffle de nos bouches réunies. Nous sommes devenus les tablatures d’une orgue de barbarie et nos musiques s’installent dans nos labyrinthes avant même que nous les sachions.    

L’air est la colle universelle. Une composante sensible s’y amasse et parcourt tous les lieux. Mon horloge intérieure compose avec cette pâte élémentaire. Ta voix glisse sur du papier, ton sourire précise la matière. La main prend conscience de l’unité que tu représentes. Elle palpe l’écorce tendre des choses qui deviennent des formes. Le vent a coagulé nos visages. Nous sommes le caillot dur qui roule dans les artères d’une histoire liquide. Nulle hémorragie et nulle crise cardiaque ne pourraient faire cesser de battre nos poitrines aux rythmes endiablés du concert de nos retrouvailles. 

Dans nos champs de blé, l’argile est rêveuse et nos âmes communient avec notre solidité sans contrainte. La glue bave aux interstices et nos déchirements coulent sur nos lèvres comme de l’eau tiède. 

 

- Bruno Odile -Tous droits réservés ©