Carefree_Sunday_2011_Serge_MarshennikovL’écriture me porte, se pose et s’en retourne plonger dans les profondeurs inatteignables. Le temps m’apprend que l’expérience acquise n’est qu’une larme sèche sur le bout de la langue. Tout reste à découvrir.   

L’écriture est le patois prolixe des sens. C’est un silence au service de l’exutoire. C’est la manche vide que parcourt notre petite voix intérieure. 

En moi, tout le vide du vent qui passe

Des écluses rouges harcelées par le sang              

Des boucles sonores dans la ronde de l’air. 

En ce lieu d’amour dévoré

Rien ne manque

Rien n’est absent. 

Je traîne d’un parfum à un autre. Rafales de vent dans la bouche, je suis tressé comme un panier de mots secs. Une goutte de silence dans mon désert peuplé de lèvres mystérieuses arrache le cri brûlant de l’éclair.   

Surface et profondeur sont confinées dans le sillon de la mémoire. Je suis labouré par l’incessante crue des citernes que l’orage remplit à tour de bras. 

Rêve et réel glissent vers la même lumière, sur la même lame affûtée. La voix qui m’inonde court dans les couloirs fantômes de la solitude.

De quel crime suis-je né ? De quelle utopie ai-je dessiné le monde ? 

Le noir entonnoir de la nuit participe à l’enterrement de la mer. Mon cœur et le tien jouent les bras de force. L’amour qui veut tout croire affirme l’espérance des rêves mort-nés. Nos vies ne lâchent pas prise. La mort s’appuie sur la clarté pour nous aveugler.

Insensibles et subjugués, nous marchons sur l’écume coulante d’un passé sans cesse réitéré dans la flamme qui nous consume.

 

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©