Entre nos mains les dès perdent leurs chiffres. Aucune face claire pour nous dire où vont mourir les chemins. Nous touchons à la projection qui nous retire des pieds que nous occupions et aux langues que nous marions à nos désirs. Les sentiers qui traversent nos lagunes s’amenuisent peu à peu. L’étendue perd la signification de l’immensité. Rétrécis à nos simples précarités, nous quittons le nid pour ne pas rester dans le berceau des routes sans chemins. Mais, nos cœurs en dentelles de vent s’envolent d’arbre en arbre jusqu’au bout de la nuit. Au-delà, tout nous accable de ne pas le connaître. Nous restons enlacés à la survivance des pierres que nous avons foulées. Nos bouches se sont dératisées des ombres où flâne l’absence. Notre devenir est redevenu un présent dans lequel flotte la mémoire comme un radeau construit de bois perdus.

L’amour nous a donné de l’air et de la lumière. Maintenant, nous dessinons à l’intérieur de nos caves intimes les tableaux bariolés qui éclairent les couloirs où nous avons déchirés les plafonds. Nos ventres collent au ciel et l’étoile que nous occupions a rendu l’âme de l’autre côté de l’univers. La terre se souvient de la consolation qu’elle a tenue dans son calice. Il nous faudra encore mille ans pour bouturer de la lumière sur le fin fond de la solitude. Nous n’avons rien appris qui ne soit une défaite sans harnais. Nous sommes le fouet de la brume et nous incarnons l’imperceptible mouvement d’une poésie incrustée sur les parois du miroir.

 

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©