Parfois, le savoir est un souilleur d’aube.

Ermite en moi-même, j’habite la pause comme le silence sert de lit à la pensée.

La douleur est une impasse. Tout s’effrite derrière son pas nonchalant.

L’intention de lever la tête réprime les larmes qui tombent.

Il ne peut y avoir de souffrance sans tremplin. Ce qui m’est donné à vivre n’a pas qu’une face.

Je me construis toujours sur des ruines. L’eczéma sur la langue.

A trop gratter la parole, elle saigne.

Dans la souillure des étoiles pousse une fleur.

Un tas de boue durcie attend la prochaine pluie.

Tout a cédé, rien ne demeure en l’état, tout gravite de l’ombre à la lumière.

Les dents du soleil découpent la noirceur des friches amoncelées devant moi.

J’aurai pu pleurer jusqu’à sécher sur place.

J’ai préféré recoudre mes larmes comme l’on fait d’une écharpe usée.

Pour me secourir, j’ai volé des mots aux passeurs de joie.

Socrate et Bergson allongés sur ma poitrine, le chant d’une hirondelle murmurant le printemps à l’intérieur de mon cœur.

Parfois, la lucidité est une sale maladie brisant les paupières des rêves charmeurs. On ne voit bien que l’ignorance qui nous étrille jusqu’à la moelle de notre intimité.

Je n’ai pas confiance à la vie, cette maraude d’infortune.

Je préfère la porter comme un enfant à baptiser.

Je préfère lui précéder le pas et ouvrir les portes avant qu’elle n’arrive.

Mes illusions sont le credo de la charité que je m’accorde.

Seul, l’univers n’a pas de tête. Sans les autres, ma vie bascule hors des majuscules.

Sans toi, le sens de mes sens n’a plus de boussole.

Alors, je grimpe hors de ma caverne et je me remplis du parfum des lavandes

Je renais de la supplique pour être enterré sur la plage de Sète.

Je m’éparpille comme la semence que l’on jette sur la terre.

Par les gestes silencieux de mon cœur, je nage là où personne ne m’attend.

J’ai sous le torse des lumières qui m’éblouissent.

Mon regard est une vague et je me donne au sable tout entier.

Un mot pour une parole. Aimer.

La vie n’est qu’un rêve blanc.

 

- Bruno Odile - Tous droits réservés ©