L’amour est orphelin. Ni mère, ni patrie. Il vient de je ne sais où pour tordre nos corps et dépouiller nos âmes. C’est un rôdeur sur le bord d’une lame ardente. Entre le ciel et le sable. Chacun cherche et trouve ce qui lui convient, l’interprète et le fait sien.

L’amour est orphelin. Ni père, ni maison. Ses mains se glissent sous la confusion des peaux attendries. Et nos cœurs valident la solitude sous la couverture des jours qui s’installent pour l’éternité. L’amour ne se laisse pas faire. Langage pour les aveugles, il brille de toute part. C’est un brûleur de vie, un chalumeau dans la nuit.

Nuit de l’esprit à l’écoute d’un battement d’ondes muettes comme un poignard, d’un vertige funambule sur des futées enluminées mystérieusement plus vastes que nos propres voix.  

C’est l’encaissement de la folie dans le réduit des émotions encore plus troublantes. Anxiogène sans traitement. C’est une lumière anonyme inscrite sur toutes les pierres. L’amour flotte aux pieds de toutes les stèles commémoratives. Il bavarde avec le silence. Il ne reste rien pour ceux qui partent. Il lègue assez d’ombre pour qu’une vie entière s’y ensevelisse. L’amour est l’enfant de personne. Scalpel du soleil et grand maître du désastre, il appuie sa tête sur le rebord des guillotines.  

L’amour nous offre de faire le voyage à l’intérieur de soi-même jusqu’à la faille, jusqu’à la brisure, jusqu’aux chemins sans trace. Un sacre après l’autre. Turbulette sans fond. Cache-nez pour un tableau sans visage. L’exaltation au service de la sérénité. Mon cœur est un tombeau où poussent les fleurs les plus rares. La fièvre amoureuse ne traduit aucune maladie. Elle alimente chaque ressource de la vie, elle les enfle et parfois elle les empoisonne.