image88sDans son désir de nous confondre à lui-même, cet amour est un langage transfiguré, un désappointement surgissant des profondeurs abyssales où seule l’intuition peut nous donner accès. Il a triomphé avec emphase des rames du temps alangui. Son mouvement s’étire au fil du temps que je contemple et nos corps ne sont plus qu’un ciel siphonné par le trou noir où le regard s’est faussement immobilisé. Nos sentiments sont d’inatteignables relents de sincérité racontant la pureté des forges grondantes et des ravins embusqués derrière les étoiles. Le souvenir se meurt au contact de l’arrête tranchante de la falaise qui nous sépare. De mon torrent de braises dévalent des baisers bouillants. Le feu m’égratigne de la même manière que les rayons pointus du soleil.

Il est des jours où il faut essayer d’offrir à l’éternité une chance pour se parfaire. Le bonheur fuyant sans cesse entre nos mains doit trouver le sentier invisible qui rejoint cette île trop souvent inaccessible. Le blanc muguet pousse dans nos poitrines avant de rejoindre les parfums du monde.

Il y a des moments où l’on est infidèle à soi. Des moments où l’on n’est pas soi. Et, il me semble préférable de ne pas s’essayer à la musique lorsqu’on n’a pas l’oreille qui convient.

Je pense sur le fond de l’infini. L’absolu est à la fois ma gangrène et ma vérité. L’infini me tient dans sa parole.

C’est en parlant de ta mort que je l’humanise. Sans la verbalisation de mes sentiments, ils demeurent obscurs pour les autres comme pour moi-même. 

Tu t’es détachée du jour alors que la lumière jaillissait. Et, maintenant, le saut de l’ange dessine des trèfles à cinq feuilles à l’intérieur de mon corps. Je suis démuni de parachute lorsque j’accoste les champs de blé avec une voile imaginaire. La vertu du réel, c’est de ressentir la chute comme un bloc enchaîné aux tremblements de la voix. Je ne sais plus parler avec hardiesse du quand diras-tu. Le bonheur tient debout dans l’ombre qui nous dévisage. Les clochettes s’envolent aux confins de mes rêves, et je reste là, immobile comme un tronc d’arbre qui a connu la foudre.  

La joie qui me revient est celle que mains ont arrachées à l’orée de tes lèvres, un doigt en croix posé par dessus. Le frisson emmêlé à la lumière tranche la noirceur alignée sur l’infini. Et, il me faudra noyer ma peine sur l’étincelle qui réactive le feu au centre du vent hurlant le chaos où nos âmes se sont brisées. Le noir convient à toutes les couleurs. Grâce à lui, ton visage gicle de toute part. Un souffle heureux dispose de l’oubli. La perte féconde ce qui a été vaincu. L’haleine du jour est mortelle. Mais, nous butinerons à la dérive de la lune, le rond magique qui se reflète sur nos cœurs.

On s’épuise en vain à essorer les chiffons poreux de la sensation. Il y a une fatalité sombre et grumeleuse au fond de chaque existence. L’épuisement de la conquête brute et démaillée signe sa gloire dans sa défaillance. Nous sommes deux atomes décortiqués, dépouillés de tous superflus.

Notre relation est sans failles apparentes. J’en comprends mieux le goût des puits sans fond, la grimace des gestes qui creusent les visages et le sable qui coule dans nos corps de cigales hébétées.  

L’altération s’épuise de l’infini, comme une berge restée sauvage s’enflamme de l’eau tendre qui conduit les ressacs de flots tempétueux. Je reviens sur mes pas pour déconstruire le rêve engendré d’écumes et de pleurs, mais les traces se sont effacées. Les stigmates du désir habitent la pensée, la poésie, et l’obsession spéculative. Il ne reste que ce goût et ce parfum d’iode qui résistent encore à l’évanouissement d’un élan somptueux. Il n’y a plus que le frémissement d’une main posée sur le pouls de l’émotion.

La revanche de la mort colle à l’offense de la vie. Ton regard incrusté à l’air respire l’eau perdue dans les racines du temps. Nos yeux confondus n’y suffiront pas. Il faudra sombrer ensemble dans la faille du désir, si nous souhaitons en savourer quelques fragments. Nous connaissons bien cet instant de contrebande de l’émotion où sous l’emprise de la peur nous sommes immobiles et statufiés comme deux tours d’ivoire.  

Le colportage des mots dort dans une dimension de fuite et d’esquives. Toutes les paroles traversent cette étendue innommable que l’identité cherche à occuper. Tu es là, face à moi, dans une quête existentielle et nous scrutons, ensemble, le vide où nous nous sommes échoués. Nous fouillons la nuit à la recherche du temps escamoté dans le mouchoir de nos peines. Certains bruits se suffisent aux échos et aux apparences du miroir. D’autres, plus obstinés et plus tenaces, creusent tous les limons dans l’espoir de s’affranchir de la vérité qu’occupe le réel.

C’est un instant pas comme les autres. C’est une seconde gorgée par l’infini. J’ai trop de voix qui encombrent ma solitude, trop de visages parlent à ma place. Le fœtus de mes logorrhées s’ajoure de nouvelles paroles. Il pleut des mots entre les coutures de la voix. Tout un passé s’exclame sourdement dans les veines du silence. A mon insu, la vie déjà morte derrière la rambarde me plonge au cœur d’une récidive incontrôlable. L’écho apprivoise les sons qui me parviennent et il dégrade en même temps l’orchestre de mon intime cacophonie. Je ne m’entends plus respirer. L’évidence de ta seule voix me blesse. Et, je cherche le lieu par lequel cède l’inconnu. Je voudrais donner corps à ton cercle de chair. J’ai besoin de matérialiser la promesse. Je te sollicite par mes bavardages afin d’excaver les fantômes qui illuminent mon effroi.  

Nos injonctions virtuelles réciproques nous conduisent à interpeller la foudre qui ravive la lumière six pieds sous terre. Ensemble, nous interrogeons et nous compulsons à tâtons nos vertiges et nos éboulements. Mais contrairement à ce que l’on croit, le recul et la distance ne s’accordent pas seulement au regard du temps qui passe. Il faut aussi que notre vie se soit réconciliée avec la source originelle. Parce que l’amour est une chute redressée, une victoire constamment en péril, une diète vaillante se refusant au désespoir, nous devons rendre la dépouille du noir à nos cœurs envahis des jets de flammes sigisbées.