LA COLLINE AUX CIGALES

Dépotoir et déposoir de mots, de pensées... Ici repose mon inspiration et mon imaginaire ; une sorte de maïeutique effrénée et dubitative et il me plait de pouvoir partager à qui veut bien.

28-07-09

« Il n'y a absence que pour un être capable de souvenir et d'attente. »

- L'Evolution créatrice (1907), IV, l'Existence et le néant -
                   
- Henri Bergson -

                     Absence de quelques jours…

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→ 96 – D’un autre âge, d’un autre lieu.

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Devenir la poussière de bonté de ce que j’accomplis de meilleur. Rester collé à l’argile que ma vie aura foulée tel un vagabond usager des terres malignes et singulières, voilà la seule détermination que le hasard des sentis m’aura inculqué. Pénétrer le trouble qui m’aura fait et défait toujours du même tissu, de la même pate à briser la solitude en une poudre venimeuse incubant jusqu’aux racines indubitables du cœur, voilà à tes yeux de lecteur mon aveu sans ambages de naufragé du destin d’homme. Que de ce destin de pacotille, mon être compatissant avec lui-même s’enfourchant aux mémoires de vie que les hommes se construisent, soit la résurrection des fibres de l’existence unitaire dans la reconnaissance de la pureté de ce monde.

Depuis la naissance l’affranchissement du vulnérable a été le combat de mes plaies à dire le jour comme une confidence intime baignant dans l’orifice maternel des séparations et des sutures aux milliers de cordons ombilicaux qui jalonnent les chemins et les pentes qui vont se jeter aux rivières d’héritages sauvages. Dans le trop plein des inconstances des lumières qui clapotent de l’intermittence des sentences à se répudier de l’estime que l’on se porte. Dans le pardon des acceptations contre nature et dans la confusion des incompréhensions imbibées au souffle qui n’engage que l’air que l’on respire.

Seul de tout le monde, grimé du registre des mentions culturelles, jamais plus seul que son propre désarroi. C’est à l’inadvertance et au grotesque que je dois mes plus belles conquêtes. Usurier des aventures qui exilent au-delà de mes propres frontières, en proie à la beauté des chants et aux archipels de cocagne, je me suis suivi de cet accident qu’est la naissance.

De la graine qui se développe pour donner vie à un fruit jusqu’aux racines imprégnées à la terre nourricière, tout ne germe pas ou tout n’a pas l’importance de la tige. Tout ce qui meurt sitôt après avoir donner vie laisse l’empreinte d’une amputation à laquelle chacun s’emploie à inventer la greffe. Chaque bouturage nous ressemble.

J’ai cru en la puissance des heures de granit alors que toute matière temporelle survole la dureté qu’elle emprunte. J’ai cru aux feux et à la soif des prisons que le corps se façonne, alors que sa défaillance m’a nourri des perditions les plus suaves. Ma conscience n’a d’unité qu’avec la contradiction qui l’éclate. Chaque montagne a un pic et un socle, l’arpent demeure ce qui les relie en obstacles ou en douce joie. Les versants de ce que je ne suis pas pourraient sans doute métamorphoser la rudesse des douleurs en charpentier des toitures ouvertes aux étoiles. Déficiences heureuses qui conduisent les extrêmes à se rejoindre. De la plus grande misère j’ai bu la plus grande beauté sans pour autant m’adjoindre à l’idée que le bon n’existe que parce le mal lui permet de rebondir.

La vie a dépassé les gangues du foudroiement de l’existence, elle susurre au comble des épreuves ce que l’âme dépassée porte en elle comme un triomphe. Il incombe à la chair d’être la plaie vivante et aux cicatrices de témoigner de la survivance de ce qui échappe. Je demeure la défaillance que j’ai choisi d’habiter. Il y a dans mon être l’impossible comme une donnée, un argument au périple qui m’habille d’ordinaire.

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27-07-09

→ 95 – Là maintenant…

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Des mots ordinaires glissent des bouches pas moins ordinaires… des silences impardonnables suivent le caquètement. L’heure soutien l’être à l’exposition de sa peinture. Miroir sans fard des abandons que même le renoncement ne veut pas prendre. Ordinaire comme un quelconque insignifiant qui donne le goût du dégoût des ombres. Le murmure grime le mi-voix comme si le simulacre pouvait faire oublier l’infirmité de soi. La parole est alors comme une erreur de signes, un alourdissement redoutable où se perd la sensation. Comme dépossédé de sens, le cœur silencieux offre le spectacle de sa catastrophe. Vulnérable bavard interrompu par sa propre faiblesse, il faudra combien de langues ouvertes pour le ressusciter de sa coupable vie ?

Là, maintenant, des mots ordinaires insufflés par l’ordinaire… dans la terreur d’exister au creux de la peur. L’entêtement laboure le péril au final de l’ignorance. Nulle connaissance ne pourrait suppléer à la déroute de ce pourquoi je vis... je suis condamné à la déshérence de mes os. A se croire maître de son orgueil c’est le sang qui aboie à l’existence.

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26-07-09

→ 94 – Au passage s’envoute.

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L’ignorance du pas prend la route…

Rien ne s’écrit véritablement ailleurs que dans le geste.

L’ignorance s’y fraie un chemin de culbutes. Aux dérisoires pertes d’équilibre, nos berceaux répondent du murmure tendre de nos sels durcis.

L’air est la première parole de nos noces avec la vie. L’acte répond à l’appel du souffle qui agite nos mers.

L’ignorance se rend au pas léger qui nous déroute…

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Joë BOUSQUET

« Quand on te demande de te connaître, il te semble qu’il s’agit pour toi de creuser la nuit qui s’est faite sur ta personne ; et, comme tu ne peux pas savoir comment tu es fait, d’aller au fond de ton ignorance.

Chacun de nous est caché dans son personnage. A son idée de la vie il ne manque que la vision exacte de ce qu’il est lui-même. Et il ne s’ajoutera au courant de l’existence que par un effort extrêmement aléatoire de l’imagination. Son moi n’est plus que le produit de son être. Et dans son idée de ce moi sa pensée est la rivale de son être.

Son être de chair est la déroute de sa conscience. Au milieu des passants, des arbres, de tous les objets qui enferment dans leur structure une épreuve de ce moi indivisible qu’il est lui-même, il traîne le frisson d’un moi espéré, un rêve perpétuel dont la figure précise est toujours devant ou derrière lui.

Parlons de lui comme s’il était condamné. Otons-lui la parole, parfois. On se trompe sur un homme tant qu’on ne retranche pas de sa personne ce qui fut son espoir. »

                            - Le Meneur de lune - 

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→ 93 – Rythmique des nuées.

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Tes lèvres comme l’incision qui donne voix à la fin des temps pour dire le silence  d’exception où dort le sublime comme une ignorance perdue dans une trêve subite.

Nous, le passage qui se jette dans l’errance de l’autre, penchés et suspendus tout à la fois, sur l’harmonique des soupirs qui se rejoignent. Solitude décharnée où dort le couteau saillant du désordre un peu fou des emmêlages. Tes lèvres comme des lames humides où se disputent les chants qui nous laissent sans voix.

Nous passons dans la proximité du message du possible à chaque baiser et nous caressons de nos langues douces l’imprononçable de nos défaillances à nous étreindre à l’absolu de nos êtres. Le geste aux bordures des rivages à l’abandon des cascades et l’acte comme la goutte d’eau sublime où nos jours ne sont que des lumières d’avant nous.

Ta bouche à la fracture de ce qui s’écoule. Ta bouche où repose la veille du chant de nos chairs sciées comme des bûches qui attendent la flambée. Nous dans la buée des liens aussi souverains qu’incertains. Nous dans l’eau qui nous porte au non-lieu difforme d’une musique où les croches sont les paroles invisibles de nos cœurs sur une portée qui se frottent comme deux aimants à la marge des attirances.

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Jean GIONO

"L'univers nous appartient dans la proportion où nous lui appartenons."
- Le poids du ciel -

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Albert EINSTEIN

"J’aime penser que la lune est là même si je ne la regarde pas."

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Scott RIDLEY

"La vie a plus d'imagination que n'en portent nos rêves."

                    - 1492 Christophe Colomb -

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25-07-09

→ 92 – L’échéance.

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Il aurait pu être moins docile ce cheval qui trotte dans le désespoir des courses qui finissent sur le (re)tard des prières. Le terme dit l’expiration du délai à l’évidence du renouvellement, la destruction de l’heure écoulée emmagasinée à l’arbre des mémoires.

Du dedans de la langue à la déchirure de sa propre histoire, vers tes mots coule une fumée de brouillard qui est déjà la suite.

Tu empruntes à la vie des crédits de bonheur que tu rembourses à coups de pelles d’amour et de jubilatoires excès de tornades impétueuses qui secouent les arbres à en faire tomber les fruits.

La fugue, ton destin, s’enrôle au désespoir du pas assez, affouillant chaque recoin d’horizon qui pourrait parfaire le jus d’une émotion transcendantale. Subjuguer l’étendue, sinon rien !

Les essais de survivance planent comme des ombres de laits noirs et tu creuses tes failles pour y dormir autrement que dans la restriction des couloirs de l’abime. Fulmine l’écho à l’enseveli des discordes du réel que le rêve transporte comme le feraient des charretiers de promesses livrant les fruits et les étoffes à des contrées isolées.

D’autres vies que la tienne s’engouffrent à tes pas et tu marches lourde des pieds des autres. L’héritage des morsures du monde et des brisures des hommes plane sur tes pensées comme des aigles sur leur proie. Factices attributs qui longent nos espaces dépourvus de centre. Le déploiement des ailes cache le soleil.

Le déchiffrement des apories nécessite l’acte immédiat et tes boucles de détresse suscitent le dévoiement des légèretés enfouies sous l’argile collante et le rocher de plomb.

L’événement n’a pas de lisibilité et tu l’esquisses ipso facto dans la désillusion de tes rudiments fidèles à ton impotence ambivalente, au cœur même de ton ambigüité à parler aux choses comme à des vivants de ce monde. Etres animés de leurs seules conséquences.

Parfois la rencontre de soi à soi reconstitue les mailles défaites et laissées en plan.

La pensée a été conçue pour la défaite, pour en lire les ruines et dévisager le jour naissant. Les yeux de ton cœur cachent sous leurs paupières la soufrière de tes volcans en sommeil. Des grumeaux de foudre ressuscitent tes soifs inébranlables comme un toujours.

Dans la fonte des laves scellées le fossile de tes vérités, l’empreinte des mers qui recouvrent toutes les vies à chacun de ses naufrages. Sous la mer, les tombes sont la métamorphose des coquillages. Chacun remplit d’une vie de perle.

De seuil en seuil l’ivresse se cherche dans l’errance des voyages sans finitude. Les soliloques sont des oiseaux migrateurs qui transportent dans leurs becs le fil d’une histoire et dans la précarité du grotesque la géographie de nos blessures incarne les disproportions de nos petites similitudes, nos palliatifs à la ressemblance.

Nos bouches sont des gouffres où les abeilles viennent butiner et nos miels sont l’excrément de nos douleurs. Anonyme à nous-mêmes dans une apoplexie rituelle d’un devenir démasqué de son invisible et ténébreux disloquement.

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