25-07-09
→ 92 – L’échéance.

Il aurait pu être moins docile ce cheval qui trotte dans le désespoir des courses qui finissent sur le (re)tard des prières. Le terme dit l’expiration du délai à l’évidence du renouvellement, la destruction de l’heure écoulée emmagasinée à l’arbre des mémoires.
Du dedans de la langue à la déchirure de sa propre histoire, vers tes mots coule une fumée de brouillard qui est déjà la suite.
Tu empruntes à la vie des crédits de bonheur que tu rembourses à coups de pelles d’amour et de jubilatoires excès de tornades impétueuses qui secouent les arbres à en faire tomber les fruits.
La fugue, ton destin, s’enrôle au désespoir du pas assez, affouillant chaque recoin d’horizon qui pourrait parfaire le jus d’une émotion transcendantale. Subjuguer l’étendue, sinon rien !
Les essais de survivance planent comme des ombres de laits noirs et tu creuses tes failles pour y dormir autrement que dans la restriction des couloirs de l’abime. Fulmine l’écho à l’enseveli des discordes du réel que le rêve transporte comme le feraient des charretiers de promesses livrant les fruits et les étoffes à des contrées isolées.
D’autres vies que la tienne s’engouffrent à tes pas et tu marches lourde des pieds des autres. L’héritage des morsures du monde et des brisures des hommes plane sur tes pensées comme des aigles sur leur proie. Factices attributs qui longent nos espaces dépourvus de centre. Le déploiement des ailes cache le soleil.
Le déchiffrement des apories nécessite l’acte immédiat et tes boucles de détresse suscitent le dévoiement des légèretés enfouies sous l’argile collante et le rocher de plomb.
L’événement n’a pas de lisibilité et tu l’esquisses ipso facto dans la désillusion de tes rudiments fidèles à ton impotence ambivalente, au cœur même de ton ambigüité à parler aux choses comme à des vivants de ce monde. Etres animés de leurs seules conséquences.
Parfois la rencontre de soi à soi reconstitue les mailles défaites et laissées en plan.
La pensée a été conçue pour la défaite, pour en lire les ruines et dévisager le jour naissant. Les yeux de ton cœur cachent sous leurs paupières la soufrière de tes volcans en sommeil. Des grumeaux de foudre ressuscitent tes soifs inébranlables comme un toujours.
Dans la fonte des laves scellées le fossile de tes vérités, l’empreinte des mers qui recouvrent toutes les vies à chacun de ses naufrages. Sous la mer, les tombes sont la métamorphose des coquillages. Chacun remplit d’une vie de perle.
De seuil en seuil l’ivresse se cherche dans l’errance des voyages sans finitude. Les soliloques sont des oiseaux migrateurs qui transportent dans leurs becs le fil d’une histoire et dans la précarité du grotesque la géographie de nos blessures incarne les disproportions de nos petites similitudes, nos palliatifs à la ressemblance.
Nos bouches sont des gouffres où les abeilles viennent butiner et nos miels sont l’excrément de nos douleurs. Anonyme à nous-mêmes dans une apoplexie rituelle d’un devenir démasqué de son invisible et ténébreux disloquement.
→ 91 – Sans débat.

Là, sur la pause paillasse inaccessible du temps, là sur les battements de cils des ombres floutées, l’étroit praticable des heures joue la symphonie des pendules qui mesurent ce qui s’en va comme des feuilles froissées jetées au panier. Des feuilles de sang engorgées de misères surveillées du mirador des cadences insoutenables de la précipitation d’être. Le trop vite s’accélère, claque le fouet et mes pieds s’attachent au sol comme deux plombs trop lourds.
Nul refuge, nul abri, tout s’en va et je reste là comme un piquet, cramponné à l’espoir. Tout s’en va et je fais de la rétention d’amour à me gonfler comme une baleine que le temps aura du mal à emporter. Je m’accroche au vide ventre à terre, ventre sur la mort et je crie ma vie tenue à deux mains. La mort se tend comme le fil d’un arc, cherchant l’objet qui fera office de flèche, de pique, de crève-vie. Le trajet des cœurs est sans limite à l’étendue du possible.
De désespoir nous n’avons que les mots, pour supplice la parole et pour tout dire toutes les flammes du soleil n’y suffisent pas. Bouche sèche et gercée par l’aridité de la conscience lucide qui voit sa propre mort derrière le rideau de l’illusion. Il n’y a d’autre choix que de fuir. S’échapper, sortir de la poubelle et enfiler les mots dans la crédence qui résiste au feu.
En moi le sel des secondes qui traversent l’éternité. En moi, le trop plein et le trop vide, tout à la fois, le dérisoire comme une respiration s’exalte, comme la vibration des secrets endormis qui surgissent, comme une transmutation du réel pour clore. L’écriture est une opération sans suture.