20-07-09
→ 85 – L’amour éperdu.

Il manque des mots dans le récit, ceux de l’enfance perdue dans la parole stigmatisée dans l’épopée de l’interrogation qui suit l’émerveillement. Il manque au récit l’histoire d’avant l’enfance retenu dans les parois du temps, fossilisés à la matière et toujours prisonnière de l’oubli.
Mon amour, nous venons de la perte et de l’abandon. Nous arrivons du silence clos.
L’oubli de douleur a forgé la jouissance et nous succombons aux délices des heures vides qui nous font nous rejoindre. Nous logeons la renaissance comme les abeilles l’essaim. Notre ruche aussi est faîte pour concevoir le miel.
Le réel suspendu au vide a l’écho de nos peurs et de nos désirs emmêlés comme un langage indéchiffrable et de l’intime exil de nos retranchements. Une dignité précaire et vulnérable offrant à notre source le jaillissement et la perfusion. Nous allons de nos vertiges tressés sur la proue d’un destin bien maigre à la rencontre de l’absolu et du péril. La déshérence ressemble à notre fragile. Nous tremblons ensemble sur la même feuille à étancher notre soif d’impossibles unissons.
Nous cousons nos désespoirs sur la même manche et nos bras trop courts restent dans l’ombre du tunnel. Nos voix sont des masques et nos miroirs des crécelles d’égratignures.
Te dire, mon cœur, à l’entaille de ma propre incarcération aux méandres qui me noient n’ouvre à la porte du mot qu’une considération happée aux vibrations du néant.
Ma langue te creuse, t’affouille et te scrute. Ton goût est celui du manque.
Te dire me raccompagne au réel. Celui qui fait foi d’existence.
Le réel est le lieu, l’endroit, la terre, le pied de nez où se (re)génère ce que l’on s’approprie comme un monde impossible à franchir, insaisissable aux logiques. Nous mangeons nos propres gloires à nous glorifier d’une vérité insoutenable et qui nous emporte jusqu’à la transparence, à l’apesanteur de nos ombres, à nos trous, à nos béances.
Aimer, t’aimer, est un défilé d’incertitudes et de vides dans lequel je me perds. Impuissant à l’illusion, je m’éprouve de mes parts manquantes. Je me perds dans mes chutes à presser le silence de sa musique et c’est l’enfant en moi qui s’adresse à l’enfant de toi sur la plus grande marelle qui soit : la vie.
Dans le perdu de nos spasmes à vouloir nous dire, je t’écris ma résonnance, je t’écris ce que j’arrive à retenir, ce qui va à la perte dans un mouvement incessant pour revenir exempt de toutes traces, nu, vidé du moi qui s’épelle homme, purgé du sens commun pour m’offrir l’amour éperdu et le chaos qui m’habite.
Parce qu’en moi la promesse du désamour et l’ivresse de l’exil s’auscultent de leurs défaillances mutuelles, je t’imagine dans la disparition de l’inconstance. Ma compréhension n’est traduite que d’hésitations et tu es ma plus grande hésitation. Je t’entrevois dans la corbeille du jour où tu danses comme des confettis tombés du ciel. Et, il pleut dans ce lieu de traverse autant que je t’aime.