07-07-09
→ 76 – Cet autre, pays de moi arque-bouté de toi.

Dans tes mains, demain commence aujourd’hui… Dans l’instant qui s’amarre à l’audace, le réel fracassant est plus fort que tout. Son audace à tracer les lignes que les mains ont refermées en se pliant sur la mémoire laisse prompt aux utopies d’un langage que la chair distille comme des farines de soupirs.
Récupérer de l’évolution, du mouvement, de la bile du temps depuis que le monde est monde devient l’écriture de la chair comme une réconciliation et non comme un rituel qui se déleste là où le chaos est bouffée de liberté figée.
L’impuissance est à dire la souche mère qui nourrit sans apaiser, les sédiments logés dans la nervure des chimères, là où la matière renonce, là où le corps se dissout à une simple symphonie de signes et de rêves larvés et de pluies imprévues. Là où la matière ne parle plus, jacasse indolore, gémit incolore, dans le mutisme des éclairs, dans l’embourbement des héritages illisibles, dans l’amour qui brode encore, et encore… La tisane de tes tresses d’espérances s’avale comme on vide les cruches d’espoirs solitaires de décoctions imaginaires où se repeuple le monde dans la réincarnation où durcie la membrane originelle.
Tes évidences giclent comme des furoncles, des enflures, des bosses de vignes où mûri ton raisin. L’évidence dérobe à tes tiges, à la sève de tes grappes où se tarie la cohérence et il ne te reste qu’un fruit fripé, dégorgé de sa pulpe.
Et tu laboures, laboures encore. La terre est devenue si fine qu’on y voit à travers le visage de tes larmes. Tes larmes où s’est tracé le sillon. Ce petit lit d’eau salée qui transporte avec lui tes pudeurs, tes craintes et tes vulnérables défis à te dresser comme une statue de granit millénaire.
L’existence grande ouverte engrange. Ta mémoire est un musée de pailles et de cailloux, et de limons, et d’étincelles piquantes qui dansent dans l’air comme un ballet folklorique pour la fête de la Saint Jean. L’accordéon souffle et s’essouffle à préserver le rythme. Les pas de danse sont comme ces mots et ces phrases qui remplissent la page blanche pour narrer une histoire, mieux une aventure dont personne ne connaît le chemin. Dans le vagabondage où s’enveloppe le trou de lumière, chaque fibre recherche le centre. Le au-milieu qui oblige les carrefours.
Tu fais de mes grains de soupirs des levées de ciels où rien ne s’abime… Amour qui chasse la conscience, amour inséparable du déchirement des peaux qui se greffent, amour sans effort qui veut dépasser l’effort et se hâte vers l’anticipation idéale, amour ténu, rivé à la perfection de l’inaliénable imaginaire qui ne se mesure qu’à son projet d’étreinte avec le chaos, habitant la liberté par delà ce qu’elle évoque.
Du souvenir qui n’est qu’un, à la mémoire de l’unique, à la palpitation des différences, des ressentis enclavés de préjugés et qui nous conjuguent comme des pantins liés aux ficelles des poudres venues de l’effritement de nos pierres de diamant, souffrant la friction jusqu’à l’inflammation qui gonfle nos immobiles d’où surgiront sans doute nos plus beaux sauts, nos plus lestes sursauts, nos survenances de pitances et de nantissements rageurs.
Tu ne diras rien du silence caché sous les paupières des masques, pas même du miroir où se reflète ce qui meurt de ne plus savoir vivre. Rien, pas même un iota de crépuscule où pourrait s’envoler cette brassée d’oiseaux que ton ciel embrasse comme un mirage où l’oasis épouse les sources d’étoiles. Tu ne diras rien, pas même un hiatus, et tu rumineras ces mots d’évidence avant de savoir les expulser, les cracher comme des noyaux d’encres profondes enfouis à l’opacité de ton être.
Se dénoue l’utopie reconquise, se déploie le rêve conjugué au réel, vient ce que tu ne savais pas… te voilà aux pieds des aurores perdus dans d’autres racines. Le hasard qui assouvie les rencontres est le hasard prolixe qui délie. L’imprévisible corrobore au déterminisme de vivre, chassant des heures creuses la seule, l’unique préoccupation qui mobilise le langage.
Dans tes mains aujourd’hui s’abandonne à aujourd’hui… L’immédiat s’effleure à lui-même
dans une éphémère caresse. Tu as le temps. Tout le temps de l’euphorie des auges du sublime où transgressent le feu et la soif. Brûle ta vie où se noient les amphores, bois les flammes où s’articule la voix que tu habites comme une mémoire plus grande que ta seule mémoire. Le courage est l’horizon, le courage est cette vapeur que tu respires et qui t’insuffle le ciment à bâtir la passion comme une mélancolie renversée, soupirante et beuglant de toute la présence qui te signifie.