29-04-09
Jean Henri Favre
« le dernier mot du savoir est le doute. »
Petits Pois / Carottes
envoyé par PopcornTeam
André GIDE
« Tout ce que tu ne sais pas donner te possède. »
Khalil GIBRAN
« Ce n'est que lorsque tu es poursuivi que tu deviens agile. »
- Le sable et l'écume -
Denis DIDEROT
« Dire que l'homme est un composé de force et de faiblesse, de lumière et d'aveuglement, de petitesse et de grandeur, ce n'est pas lui faire son procès, c'est le définir. »
- Addition aux Pensées philosophiques -
C105 - Où l’un sans l’autre c’est avec.

Il eut été si facile de se rencontrer au bord de l’aveu, de se tenir par la main pour se raconter ce qui donne à la flamme l’étincelle de la braise. Il eut été si simple de se laisser porter par l’élan d’attirance qui nous envahit malgré les silences, à cause des silences de pourpre qui nous disent bien plus forts que nos solitudes de gosier.
Nos apparents désintérêts cachent l’émotion et taisent les faux semblants de nos déroutent à nous joindre. Tu occupes les jardins inhabités et je loge les vergers sans fruits. Tu prends la route comme le vent d’automne balaie les sacrements de l’été, je dévale les montagnes comme un tronc fraîchement découpé.
De nos êtres, l’insignifiance de l’attente perle comme une glace qui se dégivre lentement sans jamais diminuer la matière. Chaque pensée muette poursuit le labyrinthe des réflexions suscitées. Nous nous pensons dans la déchéance de nos désirs pour éviter la souffrance du refus des raisons qui nous obligent. Rester loin, à distance, dans le rêve commun banalisé de nos fuyantes manifestations. Nos phares sont des clins d’œil qui soupirent. Nos contacts des audaces grippées. Nos échanges des sans issues qui se referment sur nos solitudes. Nos passages des désespoirs vivants où se reflètent nos bouts de souffle.
Nous marchons de nos langues inapprivoisées sur les flots inconséquents des mers de fortune. Nous consacrons au jamais toute la puissance du toujours. Dans l’arrêt convoqué, l’interminable prolongement de ne pas nous quitter. Sans nous entendre, nous nous imaginons dans d’autres visages, d’autres sourires, d’autres regards.
Et chaque escapade nous rapproche. Chaque départ prévoit le retour. Chaque plaisir nous renvoie au souterrain de nos complicités inavouées. Nous vivons dans l’écriture de nos possibles, dans l’encre reportée au futur d’un aujourd’hui cadenassé du refus protecteur de la délibération des cœurs inoccupés de serments.
Dans nos empilements étourdis, la nécessité de disparaître au plus profond des chairs. Ce n’est point une fuite, au contraire c’est l’assentiment inconscient de nos excédances à nous blottir à la proximité de nos cambrures de sels. Partout où l’on s’oublie, tout nous unis dans le calme silence de la réconciliation. Nous habitons hors des exigences, hors des ravinades, hors des bourrasques peuplées d’appels. Nous consentons à déchiffrer délicatement et sans empressement notre étoile de cendres chaudes. Seules nos peaux sont desséchées et laissent apparaître les gerçures de nos renoncements consentis.
Nous nous alignons conjointement dans l’arqueboutage d’un amour sans amour parce qu’au-delà de l’amour, au firmament des paradoxes, à l’apogée de nos tribulations de bonté.
28-04-09
C104 - Aïcha est fille de misère.

Voir l’infini dans un grain de sable et l’horizon dans une droite courbée où tombe une goutte de rosée, puis tenir le poids du monde sur la ligne inférieure de l’œil et creuser la plage jusqu’à se ressouvenir la mer.
Aïcha est petite fille de lumière, la lune se penche sur sa route. Elle est l’éclair entre les doigts des ombres où se défroissent les silences, la lèvre douce d’une aurore au cœur des déserts, le ventre où chutent les torrents d’eau fraîche, la sincérité des chairs dérobées à l’espoir des recommencements.
Brillante dans le noir, elle illumine filante l’empreinte qui sommeille dans la naissance. Son naufrage s’accentue dans les réminiscences qui se noient d’apprendre à nager et elle flotte sur les sourires qui l’ont oubliés.
P66 -
La vie, encore la vie, la vie toujours recommencée
Une roulotte du toucher des doutes blanchie le chemin
Qu’un regard grappille à l’ombre des tissus bleus
Bleus comme les yeux de la mer où s’émeut la lune
De ses reflets d’ondes tremblantes à la surface du miroir
La vie, la vie toujours bondée d’invisibles lueurs.
Cousu main, l’opaque rideau s’ignore de ses points à rebours
L’aiguille taquine la pudeur des rêves qui gonflent
Comme les voiles d’un berceau à la brise d’été.
L’enfance du jour s’éveille à l’écho de ses propres pleurs
La paupière colle encore à la peau d’un passé proche.
C103 - « Homme, nul n'a sondé le fond de tes abîmes… »

Aux marges du temps, dans le brouillard des convictions en sommeil, se réveille quelquefois l’étonnement poussiéreux aux rixes des jours baveux que les hommes enfantent.
La parole pétrifiée résonne accrochée à la nuit des temps. L’enfance qui habite les profondeurs s’interroge de la larme des hommes qui s’oublient et se décousent sur un horizon sans fond. Le pleur est alors la seule musique qui occupe l’espace. Les yeux embués de torrides paradoxes, le ruissellement inonde la joue et retourne à la terre sèche mourir des tristesses dont on voudrait avorter.
Ce qui s’appelle blessure est une mémoire pliée, rétrécie, où la vie se dépouille avant d’aller rebondir sur les étoiles pour laver l’amertume. Il faut alors fouler la brume comme l’on foule le raisin du pied et s’en remettre au jus brun des épais brouillards.
Chaque désert cache un puits, chaque espérance féconde l’étincelle qui s’exporte au devenir. L’illusion coule dans un caniveau, l’irréel gonfle les nuages qui s’en vont crever leurs défaillances sur le toit de la mer. Là-bas, il pleut des ribambelles de rêves extorqués aux furies des dominances que les hommes malaxent comme des trésors de souveraineté. Mon enfant s’appelle Darfour et la foudre du délit laisse la lame aiguisée prête à bondir. Il faudrait l’immensité des espaces que recouvrent mes paupières pour rêver à nouveau la folie et la démesure pour ne pas regimber.
Du périlleux songe défoncer le voile, entrevoir le portillon, l’accès unique et réservé des imaginaires en quête de baumes et de parfums sucrés. Retrouver la nudité détachée du souffle qui exulte. « Nombreux sont les porteurs de thyrse et rares les bacchants. »
27-04-09
C102 - Chante mon cœur, chante ma vie.

Il est donné ce tue-tête des peaux lorsque la musique des chairs s’enivre de douceurs de pétales que les lymphes déglutissent et supputent comme des cloaques d’ébullition de tempérance. M’oublier en toi est de cette teneur. Le corps ivre, dans le titubement des émotions qui plâtrent les parois de la conscience, je me loge au cœur de tes ténèbres et ne vois que la lumière blanche.
Il est ouvert ce sentier d’apocalypses où s’oublient les raisons, il est ouvert ce rayonnement qui transperce l’évidence, il est ouvert ce sacrifice des corps à l’abandon de leurs désirs. Et je glisse, et je coule, et je m’immisce comme un vénin ardent.
Je viens chercher en toi ce qui en moi s’exècre et se répudie à l’inéquation des âmes et des matières. Ton sang est le ruisseau où je trempe tremblant l’inconfort des ossatures qui se plaignent. Je viens à toi comme l’on se présente aux portes de l’Hadès, persuadé de trouver ce que le sensible a de plus jouissif, de plus éblouissant. De plus vivant.
Si tu étais autre que cette absence qui peuple mes ravins, je n’escorterais pas ton silence à l’abbatiale de mes pérégrinations, je ne m’introduirais pas dans l’aisance des fleurs de blé avec autant de boutures de rêve prêt à éclore. Si tu n’étais point le calme vide de misères retournant à la joie comme le plus petit retourne au plus grand, je ne saurais déposer ma langue d’errances sur tes cendres de braise où naissent les baisers.
Charité des ventres qui soufflent sur le désert des amants anonymes, charité de la vie qui s’inocule dans les désastres de la mort, en chantant ses plus douces chansons. Charité au périssable et à l’éphémère qui rappellent la durée de ce qui échappe au temps.