LA COLLINE AUX CIGALES

Dépotoir et déposoir de mots, de pensées... Ici repose mon inspiration et mon imaginaire ; une sorte de maïeutique effrénée et dubitative et il me plait de pouvoir partager à qui veut bien.

31-03-09

P59 - Juste toi.

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Du cousu main, cette broderie textuelle

Tracée à main levé, à libre tendance

Un essai de choix sans choix, sans voix

Juste toi

Mon cœur sur une civière

De retour de croisade

Ne voulant plus croiser rie

Juste s’étendre, juste s’entendre

Ma liberté aussi étroite que tes lèvres

A me dire

A me susurrer

Du bout des franges d’émois

Après la bataille d’amour

Une cigarette fume seule

Sur le bout du lit

Et tes yeux piqués

Sautent au plafond

Pour nous voir de plus haut que nous sommes

Nul brancardier à l’horizon

Seulement l’étoffe de tes conjurations

Pourvu que nous ne rêvions pas

Pourvu que le réel soit corrosion

Et que nous sentions nos vies se dissoudre

Au moins un peu

Au moins assez

Pour croire à la douceur des draps

Pour s’acoquiner de nos peaux

Pour rire d’un rire d’éclat cristallin

Et que nos mains soient des mots

Qui traversent la chair

Que nos rêves succombent

A l’éternité du rire

Que nos consciences adulent

L’amour perche l’impossible

Sur des rimes en cascades

Ce qui ne pouvait pas être

Prend la forme de tes formes

Ce qui était inatteignable

S’ajourne des ombres vaporeuses

De l’hésitation résolue à s’affirmer

Vainqueur d’avoir perdu

Le devenir n’a pas de commencement

Ou bien il est si lointain

Que nul n’en sait plus l’origine

Il n’y a qu’un début

Et il repose sous le masque sombre

Du désir qui pousse

comme un aveu

Du cousu d’ombre, ce peau à peau

Où s’endorment les grelots de l’enfance

Au sommeil des réconciliations

Au sommeil des sutures et des boucles

Que le cœur pique comme une aiguille

Pour recoudre les abimes

Pour que les précipices se rejoignent

D’un seul tenant, d’une seule toile

Où s’habillent nos émotions créatrices

Juste toi

Et le monde palpite à nouveau.

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C063 - Fleureter.

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Il n’y a d’astreinte que pour les yeux qui ne savent voir l’étreinte des fibres de vie qui s’entremêlent, se lovent et s’embrouillent dans une danse amoureuse que rien n’arrête.

Il n’y a pas de cygnes qui ne se ressemblent, seulement la paix d’un lac tranquille où l’onde du bec plongé n’atteint qu’un infime frisson d’eau.

Il n’y a pas de bonheur que la mélancolie n’ait rappelé aux reflets du jour pour briser la monotonie d’un ennui encore plus grand.

Il n’y a pas de pensées égarées en chemin qui ne songent aux mots pluriels qu’elles pourraient livrer aux songes.

Il y a dans l’objet inanimé toute la foudre possible des espoirs à recoudre le feu d’une flambée qui désatrophie la durée et où les secondes s’embrassent à l’éphémère de nos discordes à exister.

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30-03-09

C062 - Les yeux ouverts.

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Un seul trait d’enfance pour toute une vie. Une lettre rôde fleuretant la parole, heurtant un royaume qui s’engouffre aussitôt sous la terre.

Mes souvenirs ne m’appartiennent pas.

Un mot s’engage là, où rien ne le prévoit.

Le poids du réel parle une langue qui traverse le miroir.

Le regard se régénère à l’horizon des douleurs qui oublient de parler d’elles-mêmes.

Dans les yeux c’est l’ombre qui rend grâce. L’écriture est l’ombre de la lumière qu’elle reçoit comme une science inculte de ses capacités. On se limite à n’être qu’un cœur comme une providence où prend jour la forme de nos aveux et de nos impuissances.

Je suis bien trop inachevé pour prétendre me refuser.

Tic tac, tic tac, l’éternité rit de ne pas avoir de commencement.

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FOUCAULT

« L'homme est une invention dont l'archéologie de notre pensée montre aisément la date récente. Et peut-être la fin prochaine. »

                                             - Les mots et les choses -

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Roland BARTHES

« Le pouvoir est là tapi dans tout discours que l'on tient, fût-ce à partir d'un lieu hors pouvoir. »          

                                                   - Leçon -

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C061 - Baignade à l’incurie.

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A l’identique d’incompréhensibles mots de fureur, la haine rejoint l’amour sur la miette de nos effrois. Et lorsque je voudrais te dire, je ne t’aime plus assez pour t’envelopper dans mon baluchon de plumes, c’est à cette fraction de temps que j’accorde mon élan le plus généreux et mon silence devient un bouclier où tes baisers raisonnent.

Toujours partant pour s’affranchir d’une douleur tenancière ou d’une faiblesse mal agencée, pour que l’offense rebrousse son chemin.

Encore des petits riens en pourparlers avec l’hésitation de se dénuder. Rester soi c’est être nu, c’est être déshabillé du désir qui habite le cœur. Nu et unitaire de son immanence. Il arrive encore trop souvent que la mue se confonde à une réappropriation de l’espace abandonné.

Intègre est un pantin de joie plus ou moins docile. Je ne me souviens de moi que d’un point infinitésimal et lorsque je parle pour affirmer ou pour accuser ce n’est qu’une toute petite partie de moi qui y déploie son enjeu. Je m’appuie sur l’étincelle pour faire naître le feu et sur mon imaginaire pour y parodier les flammes qui lèchent l’alentour. La pensée devient objet à la condition de ma condition afin de s’infiltrer de mes injonctions à intégrer mon identité. Se retirer en soi devient alors s’évader dans l’enfouissement du monde où l’univers n’est qu’un caillou égaré.

J’associe mes sens à l’idée que je construis afin de lui donner plus de vérité dans l’apparence trompeuse de la similitude où se glisse l’imitation. Ne rien vivre sans se vivre occulte toute autre liberté que celle de se conformer à l’obéissance des certitudes que l’on s’est prescrites. L’impalpable c’est toi, c’est moi, c’est le mouvement qui court.

La multitude noie autant qu’elle amplifie ; l’unité n’est vraie que de son ipséité à traverser pour rassembler l’orage du temps. Le risque est d’avoir à comparaître devant soi habillé des coutumes des hommes. Ni libre, ni dompté, mais errant à sa soif sans avoir découvert du précipice une liberté plus grande, une chaîne plus longue, un cœur plus grand, et de mourir dans le désenchantement des gémissements devenus inaltérables.

Pierre_20Auguste_20Renoir_20__20Torse_20de_20Jeune_20fille_20au_20soleil__201875__20olio_20su_20tela_20cm__2081x65__20Museo_20d_Orsay__20Parigi_Encore et combien de fois faudra-t-il écrire ce que la parole ne traduit pas de la conscience que l’on a du silence ?

Ecrire est une tentative désespérée de s’oublier, une supplique invétérée à enterrer ce qui coule de soi comme un ruisseau dont on ne connaît pas la source. Je voudrai me taire de mots que j’en suis incapable. L’esprit ne dormirait-il jamais, que cesse cette parodie artificielle de l’interminable message qui se cherche ?

Que fait le printemps de ses airs neufs ? La vie et le langage s’accompagnent sur un même chemin. Les mystères de mes ruines s’associent à mon destin, mes cendres sont des oiseaux qui volent vers la belle saison, des feuilles ayant quittés les branches comme des forces défraichies que le soleil ravive imperturbablement.

Je refuserais la mort qui chante sa victoire tant que la révolte poursuivra mon souffle.

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Chapelets de citations expliquées :

- Héraclite d'Éphèse -

« On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve »

- -  Héraclite défend une conception du monde selon laquelle le monde est en éternel devenir, en éternel changement et; pour nous le faire comprendre, prend l'image du fleuve toujours changeant.

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- Socrate -

« Connais-toi toi-même. »

- - Cette phrase n'est pas, comme on le croit trop souvent une invitation à l'introspection. Socrate nous invite à connaître ce qui est vraiment nous-mêmes c'est-à-dire non pas notre corps mais notre âme et, non pas toute notre âme, mais sa partie rationnelle. La philosophie socratique est en effet une anthropologie. Il s'agit de connaître l'homme. On consultera le commentaire qu'en fait Platon dans l'Alcibiade majeur.

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- Platon -

« Le corps est le tombeau de l'âme » (Cratyle)

« Philosopher, c'est apprendre à mourir au sensible » (Phédon)

- - La théorie de la réminiscence stipule que c'est en s'incarnant dans le corps que l'âme oublie la connaissance des idées acquise dans un autre monde. C'est donc en se délivrant du corps que l'âme retrouvera pleinement son pouvoir de connaissance. Ce mépris classique du corps sera interprété par Nietzsche comme un mépris de la vie.
Plus généralement, la philosophie est accès à l'intelligible et donc refus du sensible.

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- Épicure -

« Le plaisir est le commencement et la fin de la vie heureuse. » (Lettre à Ménécée)

- - "Commencement" signifie à la fois "début" et "principe". "Fin" signifie à la fois "achèvement" et "but". Épicure considère que le plaisir est à la fois ce qui doit nous servir de principe pour guider nos actions (calcul des plaisirs) et la fin que nous devons rechercher. Cette phrase résume la doctrine des plaisirs.

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- Épictète -

« Parmi les choses, les unes dépendent de nous, les autres n'en dépendent pas. »

- - Cette distinction va être au fondement de l'éthique stoïcienne. Dépendent de nous nos pensées, nos jugements ainsi que notre attitude face au monde. N'en dépendent pas, les lois de la nature et de la société. Le stoïcisme défend l'idée d'un déterminisme strict de la nature. Ainsi, si je désire modifier l'ordre des choses, je me heurterai à l'échec et je serai malheureux. La condition de mon bonheur est donc de changer mon attitude face au monde (cela dépend de moi) et de vouloir l'ordre du monde.

« Être libre c'est vouloir que les choses arrivent, non comme il te plaît, mais comme elles arrivent. »

- - Cette citation est à relier à la précédente. Vouloir que les choses arrivent comme il me plaît c'est désirer être Dieu puisque je puis alors désirer changer les lois de la nature. Le sage, lui, non seulement accepte l'ordre du monde, mais le veut. Il s'intègre alors à l'ordre universel.

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- Saint Augustin -

« Je crois parce que c'est absurde. »

- - Cette phrase définit la foi. Nous n'avons nulle preuve de l'existence de Dieu. Croire en Dieu (ou n'y pas croire) relève d'un choix d'existence mais qui reste infondable en raison.

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- Bacon -

« On ne commande à la nature qu'en lui obéissant. » (Novum Organum)

- - Les lois de la nature sont strictement déterminées. Il n'est pas possible de les enfreindre. Nous ne pouvons qu'y obéir. Cela ne signifie néanmoins pas que nous soyons soumis à la nature. Le projet technique consiste à utiliser les lois de la nature pour notre utilité. Ainsi, en obéissant aux lois de la nature, on peut la commander. La liberté n'est pas dans l'absence de contrainte mais dans l'utilisation raisonnée de ces contraintes.

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- Hobbes -

« A l'état de nature l'homme est un loup pour l'homme. » (Léviathan)

- - Hobbes considère que l'état de nature est un état de guerre de chacun contre chacun. Parce que nous avons tous les mêmes besoins à satisfaire alors que les biens sont limités, parce que nous pouvons tous nous prévaloir d'une supériorité sur autrui, naîtront nécessairement des conflits sanglants qui pourraient mettre notre espèce en péril. L'entrée en société apparaît donc comme nécessaire.

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- Descartes -

« Je pense donc je suis. »  (Discours de la Méthode)

- - Descartes formule ainsi la découverte du cogito dans le Discours de la méthode. A l'issue du doute, Descartes s'aperçoit qu'il est impossible de douter de la pensée car douter c'est penser. Or si je pense, il faut bien que j'existe. La formulation laisse entendre que l'existence est déduite de la pensée. En réalité le "je suis" est déjà dans le "je pense" par le pronom personnel "je". Ceci explique pourquoi la formulation du cogito sera différente dans les Méditations, ouvrage qui se veut plus rigoureux.

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- Pascal -

« Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas. »  (Pensées)

- - Le cœur, chez Pascal, désigne l'intuition qui permet de saisir les évidences n'ayant pas besoin d'être démontrées. Il ne s'agit donc pas de la passion amoureuse. Nous disposons de deux facultés pour connaître : le cœur procède par intuitions immédiates, la raison par la médiation de la déduction. Le cœur suit donc une démarche que la "raison ne connaît pas". Pascal joue sur les deux sens du mot "raison"

« L'homme n'est qu'un roseau, le plus faible des roseaux, mais c'est un roseau pensant. » (Pensées)

- - On retrouve dans cette phrase le thème pascalien de la misère de l'homme, faible comme un roseau parce que mortel, et de la grandeur de l'homme parce qu'il dispose de la raison.

« On mourra seul »  (Pensées)

- - La mort est une expérience qu'on ne peut partager. Mais c'est aussi affirmer qu'elle nous caractérise en propre. La mort est d'autant plus au fondement de l'individualité qu'il est impossible de la partager.

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- Spinoza -

« L'amour est la joie accompagnée de l'idée d'une cause extérieure »  (Ethique)

- - Autrement dit aimer c'est éprouver de la joie à l'idée de l'existence de l'autre.

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- Montesquieu -

« Si les triangles faisaient un Dieu, ils lui donneraient trois côtés »  (Lettres Persanes)

- - Les hommes créent leurs dieux à leur image. On trouve déjà cette idée chez le présocratique Xénophane : si les bœufs, les chevaux et les lions avaient des mains, ils peindraient leurs dieux comme des bœufs, des chevaux et des lions.

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- Rousseau -

« Renoncer à sa liberté, c'est renoncer à sa qualité d'homme. »  (Du Contrat Social)

- - La liberté est pour Rousseau ce qui définit l'homme. C'est une de nos différences essentielles par rapport à l'animal qui, lui, est obligé d'obéir à ses instincts. Renoncer à la liberté, c'est donc renoncer à l'humanité qui est en nous, c'est être mort à notre humanité. En d'autres termes, la liberté est inaliénable, c'est-à-dire qu'on ne peut ni la donner ni la vendre.

« Malheur à qui n'a plus rien à désirer ! Il perd pour ainsi dire tout ce qu'il possède. On jouit moins de ce qu'on obtient que de ce qu'on espère et l'on n'est heureux qu'avant d'être heureux. » (La Nouvelle Héloïse)

- - Il s'agit ici de montrer qu'il y a une positivité du désir. Désirer c'est valoriser, embellir ce que l'on désire et en jouir d'avance. La réalisation du désir (qui est aussi la mort du désir) est souvent décevante et c'est donc dans le désir lui-même et non dans son accomplissement que réside le bonheur. Désirer c'est imaginer ce qu'on peut obtenir et Rousseau ajoutera : Le pays des chimères est au monde le seul digne d'être habité...

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- Voltaire -

« L’Univers m'embarrasse, et je ne puis songer / Que cette horloge existe et n'ait pas d'horloger. »  (Satires)

- - L'argument repose sur le principe de causalité : tout effet a une cause donc cet effet qu'est l'Univers doit avoir une cause et cette cause est Dieu. L'Univers étant une mécanique bien conçue ne saurait être le résultat du hasard. L'argument fonde ce qu'on appelle le déisme. La croyance en Dieu ne se fonde pas sur la foi mais sur un argument de type logique. L'horloger n'est pas nécessairement un Dieu d'amour et de providence mais la simple cause du monde. Reste le problème de savoir si le principe de causalité n'a pas un sens qu'à l'intérieur du monde, auquel cas l'argument s'effondre.

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- Diderot -

« Se faire tuer ne prouve rien ; sinon qu'on n'est pas le plus fort »  (Nouvelles pensées philosophiques)

- - On pourrait dire autrement que nulle valeur n'existe en dehors de la vie, que la vie est condition des valeurs ou encore que la vie est la valeur suprême. On peut aussi interpréter cette phrase comme l'affirmation qu'on peut mourir pour des idées qui ne sont en réalité que des chimères (cf. Oscar Wilde : Une chose n'est pas nécessairement vraie parce qu'un homme meurt pour elle)

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- Kant -

« Des pensées sans matière sont vides, des intuitions sans concepts sont aveugles. »  (Critique de la Raison pure)

- - Cette phrase résume la théorie de la connaissance chez Kant. Des pensées sans matière ce sont des concepts qui ne se réfèrent à aucune intuition. La connaissance nécessite l'action conjointe de la faculté d'entendement qui procède au moyen de concepts et de la sensibilité qui procède au moyen d'intuitions. C'est dire aussi que l'on ne peut connaître que ce qui est donné dans l'intuition.

« Tu dois donc tu peux. »

- - Il n'y a pas de morale sans liberté. Ce qui est notre devoir et donc toujours réalisable. Une morale qu'on ne pourrait mettre en pratique est dénuée de sens.

« Le bois dont l'homme est fait est si noueux qu'on ne peut y tailler des poutres bien droites. »  (Idée d'une histoire universelle d'un point de vue cosmopolitique)

- - Kant définit l'homme comme un animal qui a besoin d'un maître dans la mesure où son égoïsme l'incline à désobéir à la loi. Mais ce maître est lui-même un être humain et donc un animal... qui a besoin d'un maître. On ne voit plus alors comment trouver un maître qui soit juste. Kant juge la tâche non seulement difficile mais vraisemblablement impossible.

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- Hegel -

« L'homme n'est rien d'autre que la série de ses actes. »  (Encyclopédie)

- - A la question "qui suis-je ?", nous avons tendance à répondre en recourant à l'introspection. Mais l'impartialité en est impossible puisque nous sommes à la fois celui qui juge et celui qui est jugé. Je peux toujours me dire "je serais capable de...", cela ne prouve rien tant que je n'ai rien fait. Nos actes, en revanche, sont indiscutables. Si j'ai agis courageusement (ou lâchement), c'est que je suis réellement courageux (ou lâche). Ce sont donc bien nos actions qui nous définissent.

« L'histoire du monde n'est pas le lieu de la félicité. Les périodes de bonheur y sont des pages blanches. »  (La Raison dans l'histoire)

- - Ce que montre l'histoire apparente est un spectacle de violence et de fureur où le bonheur des peuples est la plupart du temps sacrifié. Les peuples heureux n'ont donc pas d'histoire.

« La réalité est une apparence plus trompeuse que l'apparence de l'art. »  (Esthétique)

- - La réalité se présente à nos sens comme une évidence alors même que ce que nous voyons du réel est en fait interprétation, apparence, illusion. La science nous a montré que le réel n'est pas tel qu'il nous apparaît. L'art, en revanche, a une vérité car s'il est illusion, il s'agit d'une illusion qui se reconnaît comme telle et qui donc ne nous trompe pas. Le romancier annonce la couleur : c'est un roman et non un documentaire. Voir le tableau de Magritte représentant une image de pipe sous laquelle est écrit : "ceci n'est pas une pipe".

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- Schopenhauer -

« La vie oscille, comme une pendule, de droite à gauche, de la souffrance à l'ennui. »  (Le monde comme volonté et comme représentation)

- - Cette phrase résume ce qu'on appelle le "pessimisme" de Schopenhauer. La souffrance est notre condition. Tout (y compris nous) est agi par une volonté mais une volonté aveugle et sans but. Mais vouloir procède d'un manque et donc d'une douleur morale. Mais quand la volonté vient à manquer d'objet, alors nous sombrons dans l'ennui.

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- Comte -

« Science, d'où prévoyance; prévoyance, d'où action. »  (Cours de philosophie positive)

- - Il faut lier théorie et pratique. La connaissance permet à l'homme de prévoir et donc d'agir sur le monde. La science permet à l'homme, par sa connaissance de la nature, de développer des techniques pour satisfaire ses besoins. Il ne faut néanmoins pas en conclure que la science ne sert qu'au développement de l'industrie. Elle a aussi pour but de satisfaire le besoin de connaissance de notre intelligence.

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- Kierkegaard -

« Il ne peut y avoir un système de l'existence. »  (Post-Scriptum aux miettes philosophiques)

- - Tout système est un ensemble clos, un tout fermé. L'existence, au contraire, suppose séparation. Elle est jaillissement. Les deux termes sont donc contradictoires.

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- Marx -

« Ce n'est pas la conscience des hommes qui détermine leur être social, c'est leur être social qui détermine la conscience des hommes. » (Manifeste du parti communiste)

- - Cette affirmation est au fondement du matérialisme marxiste. La conscience n'est pas première mais est déterminée par les conditions socio-économiques. Pour Marx, nos pensées, nos représentations en général, sont les reflets d'une situation socio-économique. Ils sont les produits de l'histoire.

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- Nietzsche -

L'oubli est une forme et la manifestation d'une santé robuste. (Ainsi parlait Zarathoustra)

- - Il n'y a ni remord ni repentir sans mémoire. La morale du pêché suppose qu'on n'oublie pas. Pour Nietzsche, le pêché est lié à la morale du ressentiment qu'il refuse. L'oubli nous ouvre à l'avenir et est possibilité de vie. Il faut oublier pour être soi. Ne rien oublier, c'est se laisser constituer par l'extérieur et se réduire à n'être que le reflet des autres.

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- Freud -

« Le moi (...) n'est seulement pas maître dans sa propre maison. »  (Introduction à la psychanalyse)

- - Freud énonce en ces termes ce qu'il considère comme la troisième blessure infligée au narcissisme de l'humanité, blessure infligée par la psychanalyse. L'homme du Moyen-âge se croyait au centre du monde ce que dément l'astronomie copernicienne. Il se croyait roi de la création ce que dément la théorie de l'évolution de Darwin, Il croyait en son libre arbitre, ce que dément la psychanalyse, affirmant l'influence de l'inconscient sur notre moi. Freud énonce à la fois le caractère scientifique et révolutionnaire de son travail et le décentrement de l'homme dont la conscience n'est plus maîtresse de soi.

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- Bergson -

« L'intelligence, envisagée dans ce qui en paraît être la démarche originelle, est la faculté de fabriquer des objets artificiels, en particulier des outils à faire des outils, et d'en varier indéfiniment la fabrication. »   (L'évolution créatrice)

- - Bergson justifie ici l'idée que l'homme est avant tout homo faber c'est-à-dire animal technicien. On remarquera que l'intelligence est ici définie comme une activité pratique et non pas (comme dans la philosophie classique) comme une activité contemplative. L'homme est capable de fabriquer "des outils à faire des outils" alors que l'animal même le plus évolué est tout au plus capable d'utiliser des instruments. 

« L'art n'a d'autre objet que d'écarter (...) tout ce qui nous masque la réalité, pour nous mettre face à la réalité même. » (Le rire)

- - L'art, loin d'imiter la nature, en est plutôt le dévoilement. Ordinairement nous ne voyons pas les choses elles-mêmes mais ce à quoi elles servent. L'utilité mais aussi les conventions du langage (liées à l'utilité pour Bergson) nous masquent le réel. Les artistes nous mettent face au réel car quand ils regardent une chose, ils la voient pour elle et non plus pour eux c'est-à-dire, justement sans tenir compte de son utilité.

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- Bachelard -

« L'opinion a, en droit, toujours tort. »  (La formation de l'esprit scientifique)

- - Si l'opinion peut énoncer "en fait" des vérités, il n'empêche qu'"en droit", il faut la rejeter. Elle a toujours tort car elle ne pense pas, affirme sans méthode et désigne les objets uniquement par leur utilité. L'opinion apparaît comme le premier obstacle que la science doit surmonter pour se constituer.

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- Wittgenstein -

« Ce dont on ne peut parler, il faut le taire. »   (Tractatus logico-philosophicus)

- - Cette phrase clôt le Tractatus. Pour Wittgenstein, tout ce qui est en réalité le plus important ne peut être dit (c'est-à-dire énoncé d'une façon qui fasse sens). Wittgenstein souligne donc l'importance de l'indicible. Mais la philosophie essaie de dire ce que le langage ne peut dire et, en voulant montrer l'indicible, se condamne au silence.

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- Popper -

« Une théorie qui n'est réfutable par aucun évènement qui se puisse concevoir est dépourvue de caractère scientifique. » (Conjectures et réfutations)

- - Popper définit ici le critère qui permet de reconnaître les théories scientifiques par opposition à celles qui ne le sont pas. Une théorie qui n'est jamais réfutable quels que soient les résultats de l'expérience ne saurait être scientifique. Quand le scientifique fait une expérience, il prévoit un résultat. S'il n'obtient pas le résultat attendu il conclut au caractère erroné de sa théorie. Sa théorie est donc réfutable.

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- Sartre -

«  L'existence précède l'essence. »  (L'existentialisme est un humanisme)

- - L'homme existe d'abord et se définit ensuite (l'essence de l'homme n'est autre que la définition de l'homme). Cette formule qui se veut fondatrice de l'existentialisme sartrien est aussi l'affirmation de la liberté humaine. Si l'homme se définit, c'est qu'il choisit ce qu'il veut être sans être tributaire d'une nature (d'une essence) qui lui préexisterait.

«  L'homme est condamné à être libre. »   (L'existentialisme est un humanisme)

- - La liberté de l'homme est absolue et la seule chose que nous ne puissions pas faire c'est ne pas être libre. Il n'y a aucune échappatoire possible à la nécessité du choix car ne pas choisir c'est... choisir de ne pas choisir.

« Jamais nous n'avons été aussi libres que sous l'occupation allemande. »  (Situations, III)

- - Sartre ne prétend nullement que l'occupation allemande aurait été propice à la liberté politique. C'est de la liberté au sens métaphysique du terme qu'il s'agit ici. Être libre c'est être capable de dire non, de refuser une situation. L'occupation allemande est un de ces moments de notre histoire où notre attitude avait une pleine signification. Accepter c'était être complice, refuser, devenir résistant c'était risquer la torture et la mort. C'est donc une de ces situations limites où les choix ne peuvent qu'être authentiques. La liberté ne se mesure pas dans les situations sans risque mais dans celles où notre responsabilité et ses conséquences sont pleinement engagées.

« La mort n'est jamais ce qui donne son sens à la vie, c'est au contraire ce qui lui ôte toute signification. »  (L'Être et le Néant)

« L'homme est une passion inutile. »  (L'Être et le Néant)

- - Pour l'athée qu'est Sartre, la mort n'a aucun sens. Mais, de la même façon que c'est le sens de la mort qui donne son sens à la vie, si la mort n'a pas de sens, la vie n'en a plus non plus. L'existence devient alors absurde. La mort abolit notre situation de sujet puisque nous n'existons plus (mais est-ce encore exister) que dans l'esprit des vivants qui, en se souvenant de nous, nous réduisent à l'état d'objet. Pour Sartre le sens n'est pas dans la mort mais dans la liberté et la mort est négation de mes possibilités et donc de ma liberté.

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29-03-09

C060 - Un baiser d’attente.

modigliani_nu_etendu

Les hasards s’épousent de leurs blessures et se souviennent de la nécessité du leurre que la solitude a grimé tout au fond des visages de l’énigme qui maintient la vie à des régimes de feu. La lumière ambulatoire circule dans l’éclair des songes où le chaos surgit pour reconstruire le lien des jours aux ombres nébuleuses. L’espoir comme une clarté nouvelle jaillit sur le noir pour l’éprouver des ruisseaux de lait qui débordent d’envies, d’audaces et de courage.

Dévoué à la respiration des peaux de la pénombre, l’instinct grignote le temps comme un rongeur de cage. Ton hasard est ta certitude dans laquelle fleurissent tes rêves. L’écaille du réel s’épluche à la main du cœur et la volupté toujours candide danse comme les étincelles dans tes yeux. Je vais ouvrir le ventre du jour et laisser filer les merles moqueurs. J’attendrai le hibou de tes nuits pour lui parler de la confusion qui infuse des tremblements que l’appréhension fait osciller au-dedans des chairs aussi épaisses que l’attente. Du déclic où se connecte le virtuel et du tilt imprévu de fictives prérogatives, le parfum des caves purifie le putride carnassier des combats de dominance. La distance des étages supprime les armes et le glaive est à terre, et la main est ouverte pour saisir le cœur et la pierre. Tu naîtras du hasard à l’hymen des heures qui se croisent là où féconde une part d’éternité. Tu grandiras comme se gonflent les montgolfières et tu soulèveras tes lèvres au-dessus des embruns. Le baiser du jour est là et t’attend pour te pénétrer.

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P58 -

573596037

Et tes secrets glissent dans mes rêves

Comme des roses à la volée

La mer a perlé blanche et enjouée

Et j’ai saigné sur le bord de tes trêves

Alambic surprenant où l’émotion se tricote

De l’alcool de mes sens qui s’enivrent d’écume

Où ton ventre affluent et ton cœur de biscotte

Se trempent dans le ciel qui s’enrhume

Et tes secrets délivrent doucement la rose

Où nous posons l’amour qui se drosse

Comme le vent balaie de sa rafale

Les coups de sang et la mitraille.

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C059 -

modigliani_nu_dos

Quand arrive le temps délivré de tous artefacts la vie s’invite à la curiosité du silence.

Les mots s’épilent comme des chapelets d’une religion sans éternel et leur cendre occupent les tombeaux de nos purgatoires comme s’il nous fallait expier le sacrement du non-dit.

Ton mot est le regard embaumé de ta solitude, il transgresse la conscience à l’inédit du paroxysme. Ne rien dire est ton aveu à son comble. Le sens ne prend sa forme que dans l’envol qui subjugue ta pensée.

Posté par lacollineauxciga à 01:11 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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