06-07-08
0571 - Petites choses après petites choses...

Petites choses après petites choses, l’immensité se dévoile. Entre-t-on en vérité comme l’on entre dans les ordres ? Au cœur de la part maudite, l’impatience déroule un tel manichéisme ensorceleur, qu’il est difficile d’entrevoir ce qu’on pourrait s’entredire. Alors, on s’entrechoque.
Rivé comme un bouton de célibataire, cousu aux extrémités du tissu à défaire, de ce que l’on peut quitter et remettre, l’apparence se moque de nous. Joueuse, coquine et quelquefois rusée, elle s’apprête comme l’on se prépare à ses propres noces. C’est l’hyménée de la conjoncture qui nous dépasse. Bras dessus, bras dessous, l’épousailles des chances que l’on veut sienne, s’en viennent délivrer la jumélisation des parcours de vie. Et si je te donnais rien, resterais-tu, dans la proximité de l’échange qui prévoit l’apprivoisement ? L’altière fierté de marcher debout guide l’ombre qui nous poursuit. Recroquevillé, sans guère d’équilibre, le spectre de l’obscurité s’en va lâcher ses brumailles ivres d’objections. L’échange s’entrelace tout seul. Il enveloppe le tout, tel un papier cadeau. Prêt à offrir, prêt à s’offrir.
La rectitude applique sa ligne, sa droite, sa droiture dans l’imposture des clairs-obscurs. Et c’est toujours aveugle de la nuit qu’il nous faut poser un pied à terre.
Bon d’accord, nous allons mourir de vivre. Et puis après ?
Petites choses après petites choses, la respiration dans la pénombre devient souffle d’étincelles. J’aspire ces brindilles de lumière restée au demi-jour des imbroglios. La solitude préoccupée, cherche un espace tranquille pour siester. Chaque étoile se dévêt, une à une, comme si chaque inconvénient se dénudait aux prises de noctambules funambules du ciel. Ne vois-tu point, cet équilibriste des soupçons, traverser les mirages de l’infiniment grand ? Frêle danseur, à la silhouette blanche, tel un pierrot de lune inscrit au firmament du plafond des idéaux blanchis, lessivés par la nonchalance des orchestres de vie. Le concert des hurlements cogne les notes, brise les portées, les noires épousent les blanches et accordent aux soupirs leur léthargique mélancolie. Que serait-ce de vivre sans mélancolie, d’ailleurs ? La mémoire s’ausculte d’elle-même, ne répudiant aucune manifestation, même les plus scabreuses, et tisse l’âme fabriquée. L’âme, ce trou béant que l’homme se construit, cette toute première déchetterie où il peut accumuler, strate après strate, le compactage d’immondices et de servitudes dont il dessine à l’apogée la valeur sûre, la vertu universelle, la droiture des consciences. Ne pouvant enterrer et enfouir la blessure ailleurs que dans l’immatérielle composante de son éternité mouvante. C’est la déliquescence des sentis que l’on aperçoit au loin s’évaporer.
Un faux brouillard d’amertume resté encore humide des sueurs d’amour que les pensées ont essorées, repasser à fuir les plis, pliées à ranger aux armoires de lavande et dont il faudra conserver l’histoire comme l’on jette ses traces au gouffre des amalgames préciosités des valeurs humaines que l’on s’inflige par le consenti des mœurs qui s’envolent de nous à notre insu.
Petites choses après petites choses, le cœur est là tel un agglomérat de certitudes fiables pour nous nous dire tout le pathos prisonnier que d’une main tendue et ouverte, nous voudrions libérer telle une vénérable offrande au sur-soi qui nous surseoit. Nous dormons tranquille partout où la vie veille.
0570 -

Dans les broussailles du premier jardin, une graine a oublié de germer et malgré les friches incessantes, aucun labour, aucun socle, aucune charrue n’a su ouvrir la terre et, fendre cette semence de blé jaune que le soleil ne bercera jamais.
Une mémoire s’éteint qu’aucune ne saura remplacer. Le livre de vie tourne ses pages et sur le coin en bas à droite, on ne déchiffre plus aucun numéro. Seul, l’écho du froissage des feuilles retentit dans un bruit interminable…livre ouvert, livre du bavardage du temps, livre de signes et de codes, livre des tumultes et des silences écrits, signés, conjurés par l’immédiateté qui épouse l’éthique suintante de l’exploration conjuguée des larmes de peau et des crissements d’imaginaires où le rien se magnifie des traces de vide déposées à la porte d’une voix tremblante cherchant la béquille d’un équilibre à repose-pieds, du médiateur à sablier au temple intime du hurlement primal.
Ecris toi, moi.