LA COLLINE AUX CIGALES

Dépotoir et déposoir de mots, de pensées... Ici repose mon inspiration et mon imaginaire ; une sorte de maïeutique effrénée et dubitative et il me plait de pouvoir partager à qui veut bien.

19-05-08

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Je connais si peu mon visage que si on m’en montrait copie je ne me reconnaîtrais pas tout de suite. Il m’est souvent arrivé au croisement d’une vitre d’un magasin, alors que je flânais dans les rues de la ville, de m’entre apercevoir et de ne pas différencier ma tête de celles des autres. Cette sensation quelque peu troublante m’a conduit à imaginer que je pouvais donc prendre la tête de quelqu’un d’autre. Et c’est quelque peu désemparé que je me rendis compte que je n’habitais plus vraiment ce visage mien. Il est toujours difficile de voir s’en aller son visage sur le corps d’un autre.

Un jour j’en ai rencontré un qui ressemblait au mien à s’y méprendre. Je fus stupéfait de voir avec quels traits je riais. Toutes mes grimaces avaient un je ne sais quoi de déjà vu et en même temps de très nouveau.

Mon visage, mon visage s’effrite… je me ressemble d’un anonymat fulgurant. Il est des jours, vraiment, où lorsque je m’entends dire, à bonne figure bon teint, c’est des larmes de désespérance que je conserve loin des regards indiscrets.

Je veux bien ne ressembler à rien, être laid, être difforme, mais vivre sans visage m’isole bien trop pour que je puisse me satisfaire d’être monsieur personne. Ce visage on me l’a donné avec tout le reste, il est à moi depuis le début et je ne peux tolérer de le voir gambader sur des corps autres. Vous me direz, j’ai un visage qui n’en fait qu’à sa tête, mais tout de même, ce qui est mien est mien !

Dernièrement, c’est en visionnant un film bien connu de Pagnol, « Marius », qui avait pris mes traits, et je fus déraciné à me voir vouloir prendre un bateau pour les hautes mers, moi qui ne suis que d’un pied marin aléatoire. Le pire c’est que j’ai éprouvé des nausées comme si c’était moi qui étais sur le navire. Non, décidément, être sans visage, avoir le visage de tout le monde est très inconfortable.

photo2fJ’ai donc décidé de me mater dans une glace. De visionner avec patience chaque trait, chaque contour afin de prendre possession au moins de mémoire de ce fameux visage à moi. A force de me regarder, j’ai découvert une multitude de défauts ; une narine légèrement plus grosse que l’autre, un œil légèrement plus petit que l’autre, bref des tas de petites touches disharmonieuses. Mais plus que tout c’est les yeux dans les yeux que j’ai ressentis une gêne. Une gêne paradoxale. Qui était donc caché au fond de ce regard étranger ?

Cet inconnu est un parfait quiproquo. Et Pro quo (en latin : "quelque chose pour quelque chose") me dévisage bien au-delà de tout ce que je suis.

Posté par lacollineauxciga à 18:21 - Commentaires [14] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

0474 - Le temps et l’existence

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Le temps et l’existence se mouche l’un l’autre.

D’abord le temps qui se révolte de ce qu’on fait de lui. Il fait mine d’acquiescer mais ne supporte pas l’arrogance que nous avons à lui faire dire ou lui faire faire ce qu’il ne sait pas être. Foutez-moi la paix, dit-il d’ailleurs, d’un ton hagard et fugace. Je me survie déjà à moi-même et vous aimeriez qu’en plus je rajoute à votre crédit tant d’insoutenables courses que je n’en finirais jamais si je vous écoutais.

… Et l’humain de sa complaisance égoïste cherche à ruser à chaque détour afin que l’heure s’augmente ou se diminue selon la convenance choisie. Mais que nenni, la pendule est maîtresse de son heure. Toutes nos fins sont siennes. Inutile donc de tergiverser. L’absolu du donné c’est elle (lui : le temps). Il faut donc opter pour s’abandonner à lui. Encore que. Utile et infiniment souhaitable de s’arroger l’idée qu’il est fort gouleyant de s’abandonner à soi avant. Avant que son couperet intervienne. Oui, décider dans la contingence de ce radical, d’être soi de tout son prolongement et jusqu’aux extrémités. Laisser libre espace à ce qu’est exister. Qu’importe ensuite le déterminisme de chacun, l’un souhaite exister pour ceci, l’autre pour cela. Mais exister !

De ce reçu, l’instant s’accomplit. Et nous avec. Le temps me rend bien passif, je ne peux le réfuter… Reste à choisir son vivre. La question du pourquoi tournoyant dans le vide, reste le comment. Comment occuper le monde du vivant ?

Les avis divergent évidemment sur ce thème. Cependant un seul m’interpelle réellement. Que vais-je faire de moi ? Vais-je me choisir voleur ou honnête, sûr de mes vérités ou ouvert à d’autres ?

Isigmal m’aurait plu de créer le temps, de le soumettre à mes exigences, à mon bon vouloir. De lui dire, il est l’heure que tu rentres, que tu t’en ailles. Ha, la création, l’invention, l’ennoblissement de soi, quelle témérité !

Hier matin encore, j’ai créé un pet, un joli pet aux formes des guirlandes qu’à Noël on dispose pour décorer. J’y ai donné tout moi. Mon entièreté avait un parfum de roses fétides que mes partenaires du moment on jugé inopportun. J’ai du m’excuser d’avoir lâcher cependant la plus belle des représentations de moi, mon âme et mon corps réunis. Et pour effacer l’acte créatif le plus souverain de ma personne, il me fallu m’effacer de chacune de mes expulsions radieuses. Beaucoup me diront que la liberté de soi s’arrête où commence celle des autres et j’en conviendrais aisément. Cependant, mon cul n’a pas à rougir de ces souffles inventifs que lui seul sait composer avec tant de hardiesse.

Créer pour posséder est une mystification de l’être. Les pyramides n’ont pas retenu le nom de chacun de ses bâtisseurs, elles n’en sont pas moins gigantesques, belles et témoignages du passage des hommes sur cette terre, et il m’importe peu de savoir si c’est Gide qui a écrit les nourritures terrestres, ou quelqu’un d’autre. Son nom est un codification qui permet un repérage dont on ne sait même pas si sans, on pourrait exister. Et pourtant ! J’ai dans l’idée que son texte, long poème déchiré, n’appelle aucune réification, aucune manifestation que celle d’exister. (Même si pour les amateurs une biographie apporte et de beaucoup aux textes dans la compréhension existentielle) (Et c’est d’ailleurs là où je me piège tout seul !! Rire).

Alors vivre ou exister ? Les deux sans aucun doute, mais à quel prix, pour quel témoignage, pour quel bonheur ?

J’ai la même sensation suave lorsque je traverse les allées du Louvre. Certains tableaux attirent davantage mon regard que d’autres. Certains même savent faire naître en moi une émotion gonflée d’un ravissement à faire pâlir d’envies les ours qui cherchent du miel. Il ne m’est pourtant jamais venu à l’idée de savoir de qui était le tableau suspendu au mur. Et même, l’aurais-je su que cela n’aurait en rien ajouté ou discrédité mon émotion. Ce n’est bien que le monde social et aseptisé qui accepte de s’enliser dans une paranoïa propre à divertir plus qu’à féconder. Seul l’individu flatté pourra se targuer tel BHL que ce livre est de lui et de nul autre. Grand bien lui fasse et que l’humanité toute entière sacre encore, les rois n’ont point suffi.

La représentation du réel est libre à tous. L’illusion de se prétendre aussi. (je le concède)

Une création imputée d’un marchandage est cependant la règle depuis presque l’éternité. Seul l’homme des cavernes et parce qu’il n’avait sans doute pas encore inventer l’argent, savait dessiner librement, on trouve par exemple sur la rive droite de la rivière Kouban, près de la ville de Tcherkessk (Russie), dans une grotte devenue inaccessible, de fabuleux dessins rupestres dont bien sûr nous ne connaissons pas les auteurs. leve_soleil

Même si la différence terminologique n’est pas pour toujours fixée, l’existence semble différer de la vie en ce qu’elle ne prend pas appui sur une nature, en ce qu’elle me donne à improviser mon être, au lieu qu’il consiste dans l’accomplissement des fins naturellement fixées. L’existence est donc une négation de la naturalité comme la création est négation de la nature de l’homme. Socialisé et brimé depuis la naissance nous reproduisons ce qu’on nous a inculqué, montré et appris, la part de nous-même appartient comme toujours à l’imaginaire et à nos inconscients dont certains savent mieux jouer que d’autres. Vive Picasso ! Rire. La réification fonctionne.

(Je me doute des foudres venantes…mais je m’abandonne néanmoins définitivement à ce petit pamphlet bien humoristique.)

Posté par lacollineauxciga à 03:29 - Commentaires [16] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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